ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-06-13

Aveu d'impuissance

Le #pilotmarathon touche progressivement à sa fin, et il est clair maintenant que je n'aurai pas de temps pour tous les pilotes que je voulais voir aujourd'hui. Et j'avais pourtant fait du tri. Mais je soupçonnais que The Fosters me mettrait du baume au coeur, et ai préservé sa place dans mon planning. Résultat ? Eh bah résultat, c'était une bonne idée... enfin, peut-être pas pour vous qui allez devoir lire cette review à présent.

TheFosters

Depuis ce matin que le #pilotmarathon a commencé, j'ai plaisanté, j'ai décortiqué, j'ai râlé... mais je n'avais pas encore pleuré. Grâce à The Fosters, c'est désormais chose faite, et à vrai dire je ne sais pas si la série méritait tant que ça que je m'épanche. The Fosters n'a pas vraiment les atouts d'une grande. Mais voilà, c'est une série familiale sur la famille.

Depuis quelques mois, c'est quelque chose de douloureux pour moi. Je ne voulais pas en parler, et pour tout dire, je ne voulais pas en parler avec moi-même. Pendant un temps, ça m'a même détournée des séries, je ne pouvais plus rien regarder, avec ou sans histoires de famille. Approcher une série a, pendant plusieurs semaines, été absolument impossible. Et alors qu'aujourd'hui je regarde tant de pilotes, je sais aussi que j'en laisse passer énormément depuis le printemps, où les choses n'ont vraiment pas été faciles pour moi. La reprise avec l'univers des séries a été très difficile.
Très lente aussi. Pendant un moment j'ai vaguement tenté de reprendre les séries que j'avais mises en pause, les marathons que j'avais commencés, mais la vérité c'est que même ça, c'était au-dessus de mes forces. Je me suis réfugiée, avec énergie, dans des marathons Brothers & Sisters et The Cosby Show, pourtant. Paradoxalement, les thèmes qui m'avaient détournés de la télévision, qui me faisaient mal, me permettaient d'y revenir quelques mois plus tard.
C'est laborieux, encore. Il y a des jours où je regarde plusieurs épisodes du Cosby Show avec une irrationnelle jalousie. Mais j'en regarde tout de même plusieurs. Parce que la famille fait partie de ces thèmes, pour moi, qui sont à la fois pénibles et incontournables. Une famille, on en a tous une ; quand bien même elle ne fait pas forcément partie de notre vie, et de la même façon, les séries familiales, même quand je voudrais ne pas en voir, je suis attirée par elles.
En ce moment, Brothers & Sisters m'offre une famille de papier glacé, soapesque mais délurée, dont les dispute quasi-systématiques se font toujours en dérapage contrôlé. Et à côté de ça, la tendresse, la patience, l'intelligence de The Cosby Show, c'est mon family porn à moi, comme d'autres raffolent de food porn.

Je suis une victime facile pour une série centrée sur une famille. Les familles dysfonctionnelles me fascinent : ne dit-on pas que chaque famille malheureuse l'est à sa façon ?
Mais je suis encore plus une cible facile à atteindre quand la série porte sur une famille aimante. Je me fiche que les personnages suintent de bons sentiments ; j'ai quand même regardé, au plus fort de ma dépression il y a quelques années, les 5 premières saisons de 7 à la Maison exactement pour cette raison. C'est ma science-fiction à moi. Je me repais dans ses scénarios improbables. Dans ces scènes qui, il y a encore peu, me semblaient impossibles. Plus inimaginable que des phasers aux yeux de l'adolescente que j'ai été ? Un dîner pendant lequel personne ne pleure. Il m'arrive encore parfois, même plus de 15 ans après, d'être surprise par la façon dont un parent de télévision réagit sans violence (voir aussi : la batte de baseball), et pourtant, je suis plutôt fonctionnelle, comme adulte, aujourd'hui. Même en sachant qu'il y a des tas de familles plus équilibrées que la mienne de par le monde, j'ai toujours cette fascination pour les fois où les parents vont se comporter gentillement. Et je me gave de ces images, régulièrement. Je suis fâchée avec elles, mais j'en ai un tel besoin. Ca compense pour les cauchemars et les flashbacks ; un peu. Quelques minutes.

Alors devant la douceur de The Fosters, je plie une fois une plus. Je peux me vanter d'être quelqu'un d'un peu exigeant téléphagiquement, de temps à autres ; mais devant une série sur une famille pleine de bonnes intentions comme The Fosters, tout esprit critique s'envole.
The Fosters a le charme supplémentaire d'avoir pensé à m'inclure, comme l'avait fait The OC il y a quelques années (qu'est-ce que j'avais aimé les premiers épisodes de The OC, avant qu'elle ne me lâche et se détourne progressivement des troubles de Ryan pour s'orienter vers ses affaires de coeur). Un personnage qui ne connait pas les dîners où on ne pleure pas se trouve dans ce décor un peu trop joli, un peu trop beau pour y croire. Je ne sais pas comment ce personnage est perçu par la plupart des gens qui regardent ces séries ; pour moi, c'est la plus sûre façon d'entrer dans la série et de m'y glisser comme sous un duvet chaud, l'exact même procédé qui fait que le Dr Carter nous fait entrer aux Urgences. Mon avatar dans un monde impossible. Et quand ce personnage se craquèle, laisse échapper une larme ou simplement une petite émotion qui dit qu'il est touché par cette famille qui l'accueille et lui montre qu'on n'a pas toujours à avoir peur de la maison, je ne sais pas résister. Je ne sais pas non plus garder les joue sèches.

Je n'ai aucune force pour avoir du recul devant une série comme The Fosters. J'ai envie de dire que je l'apprécie alors qu'honnêtement, je ne sais pas si elle le mérite, avec son intrigue en coton et ses personnages super gentils. Mais je m'en fiche !
Est-ce que je regarde toujours la télévision pour de bonnes raisons ? Sans doute pas. Je la regarde pour plein de raisons, et l'une d'entre elles, l'une des premières d'entre elles, c'est que je cherche dans mes séries une catharsis. A la fois appuyer sur la plaie qui n'en finit pas de me faire savoir qu'elle ne veut pas cicatriser, et soulager un peu la douleur ; temporairement, artisanalement.

De vous à moi, je crois que je sais très bien que The Fosters n'est pas une grande série, n'est même pas spécialement une bonne série. Mais elle a fonctionné sur moi parce qu'elle m'a saisie par mon talon d'Achille.
Et je suis supposée vous en écrire une critique ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:03 - Review vers le futur - Permalien [#]

Monsters are not born, they're made

Pardonnez-moi, mon père, parce que je n'ai pas tout regardé. Je sais, c'est péché. Mais entre nous, regarder le pilote d'une série australienne de 692 épisodes, c'est un peu tenter le Diable, quand même ! Sans compter que je ne pense pas avoir déjà regardé de séries australiennes datant des années 70 et qu'il vaut peut-être mieux tenter les années 90 ou 80 avant, histoire d'y aller progressivement. Alors du coup, non, je n'ai jamais vu Prisoner, la série carcérale qui est à l'origine de la naissance de Wentworth (je recommande plus que vivement la lecture de mon petit post historique sur le sujet, d'ailleurs).
Alors, vous me pardonnez, mon père ? Promis, je réciterai trois "Je vous salue Mary Tyler Moore pleine de grâce" pour faire amende honorable.

Wentworth

Parfois la téléphage s'effraie de toujours regarder un peu la même chose. 
Pour vous donner un exemple : quand on me dit "la série met en scène un flic qui...", eh bah ça y est, mon cerveau se met en mode autopilote, je me laisse gagner par l'ennui, alors que finalement ça ne veut rien dire, il y a de bonnes séries avec des flics. Je crois. Bon là je vois pas d'exemple, mais c'est principalement par mauvaise foi. Ca doit forcément exister.
Toujours est-il que parfois, certains sujets peuvent nous inciter à nous tenir à l'écart d'une série, simplement par peur de la redite.
Alors, quand Wentworth dit vouloir accompagner les débuts d'un personnage (fut-il emblématique de Prisoner) dans une prison pour femmes, pardon, mais la téléphage a tendance à réprimer un baillement voire même carrément se braquer. Déjà que, quand la téléphage a tenté Unité 9, la téléphage a été surprise de ne pas y voir une redite de Capadocia... faut ptet voir à pas trop tenter le sort.

Et finalement, même avec énormément de points communs, Wentworth finit par faire vivre une expérience assez différente de celle qu'offre Unité 9.
Ne vous laissez pas abuser par le fait que les choses commencent de façon similaire ; le fait que Bea Smith, comme Marie Lamontagne, soit envoyée en prison, dans un bloc où vivent en commun plusieurs prisonnières, au sein d'un univers dont elle ne connait rien et qu'elle observe avec de grands yeux effarés, n'est que le point de départ à partir duquel les deux séries vont pas mal diverger.
D'abord parce qu'on ne ressent pas du tout l'humanité d'Unité 9, sa prison moderne où les prisonnières se comportent en groupe de façon à peu près civilisée. Ensuite parce qu'on n'est que très peu dans l'exposition ; là où Unité 9 prenait son temps pour parler des premières heures de détention (il avait fallu attendre le 2e épisode, après tout, pour entrer dans le vif du sujet), détaillant la honte, la peur et l'humiliation par le menu, Wentworth s'active afin de présenter sommairement le contexte. L'incontournable séquence de fouille sera en effet présente dans le pilote, mais elle n'a pas du tout les mêmes effets que dans le glacial second épisode d'Unité 9.

Mais surtout, la violence de Wentworth, sans atteindre les sommets d'un Capadocia (ou d'un Oz, pour parler aussi du pendant masculin), est bien plus présente que dans la série québécoise. On s'y sent oppressé, ébloui, désorienté en permanence ; la réalisation se donne du mal pour ça, il faut le dire, jouant sur les éclairages comme les couleurs, ainsi qu'en s'appuyant sur des musiques efficaces en diable, là où Unité 9 se contentait d'un réalisme finalement un peu tristounet par comparaison.
Dans ce monde forcément effrayant, Bea va donc vivre des premières heures bien loin de celles que lui connaissent les spectateurs australiens qui ont gardé d'elle le souvenir d'une meneuse, d'une battante ; elle est le mouton qui vient se faire manger la laine sur le dos par celles qui savent, celles qui maîtrisent les codes.

Le fait que Wentworth soit un "prequel moderne" (comme c'était le cas pour Bates Motel qu'on a pu évoquer plus tôt cet après-midi, d'ailleurs) finit par avoir un sens en soi, en fait : montrer comment, de pauvre victime déphasée, Bea Smith va devenir la chef officieuse de la prison, est déjà un témoignage en soi. C'est comme si les scénaristes disaient : vous savez ce qu'elle va devenir, le rôle de Wentworth est donc non seulement de vous dire comment elle va le devenir, mais aussi, à travers cette évolution, de vous indiquer qu'elle va devoir faire le deuil d'une part d'humanité. Prendre de l'influence ne se fera pas en un jour, et pas sans y laisser des plumes ; le seul pilote, déjà, montre combien Bea est soumise aux influences, aux manipulations, aux punitions, aux accusations. Vu la tournure que prend la fin de cet épisode inaugural, ça ne va pas s'arranger de si tôt ! Et c'est finalement le tragique message de Wentworth, qu'une série carcérale sans l'aspect "prequel" ne pourrait pas dire de la même façon, et en tous cas certainement pas si vite : on n'entre pas en prison en ayant la carrure pour mener les autres prisonnière. Cela s'apprend. Et chaque étape de cet apprentissage coûte.
Bien-sûr, Oz nous dit parfois ce genre de choses, mais jamais de façon aussi nette et crue, et certainement pas de façon aussi définitive. Le fait que Wentworth s'inscrive dans une narration qui la précède de trois décennies lui donne tout son sens, souligne toute sa cruauté.

Dans tout ça, quelques regrets tout de même. D'abord, la façon dont, peut-être, la violence est peut-être trop rapidement présente dans cet épisode ; pardonnez que je me répète, mais les derniètes minutes de cet épisode inaugural sont très éprouvantes, non seulement parce que le téléphage est tenu en haleine, mais aussi, voire surtout, parce que sa confusion est entretenue. Ensuite parce que cela devient peut-être un peu trop rapidement, justement, une question de pouvoir : en-dehors de Bea, les personnages seront assez peu fouillés. Certains, comme Franky Doyle, n'ont pas besoin de l'être beaucoup : les spectateurs australiens qui connaissent leurs classiques savent bien qui est Franky, un autre personnage important de la mythologie Prisoner. Mais c'est beaucoup plus dommage pour la plupart des autres, réduits à quelques passages un peu stéréotypés (comme la petite vieille qui s'est mis en tête de rétablir la paix dans le bloc H, ou la mère qui vit là avec sa petite fille en bas âge...). Evidemment, cela n'empêche nullement ces personnages de se développer progressivement : on parle bel et bien d'un pilote ici, tout n'est pas joué. Mais il ressort une impression de superficialité, voire peut-être même de gratuité, qui ne donne pas envie. Dans un registre similaire, Capadocia donnait plus de substance à ses héroïnes.
Enfin, et il faut le noter (je vais aller lire quelques reviews maintenant que j'ai vu le pilote, je pense que plusieurs critiques australiens doivent l'avoir relevé), il y a une certaine victimisation de Bea Smith ; les raisons de son incarcération ont changé, et ce n'est pas innocent. Au lieu, comme dans Prisoner, d'avoir étranglé la maîtresse de son mari et abattu celui-ci, Bea s'est ici rebiffée contre un mari violent qu'elle a cherché à empoisonner au gaz de pot d'échappement. Une fois, juste une fois, j'aimerais qu'on essaye de m'inciter à me mettre dans la peau d'une vraie criminelle, pas d'une criminelle avec des circonstances atténuantes qui justifieraient presque le spectateur plaide pour qu'on relâche la pauvre femme.

L'expérience Wentworth vaut donc la peine, même si, comme moi, vous n'avez pas fait l'effort de regarder la série originale Prisoner. Il ne faut cependant pas vous attendre à une claque, ou en tous cas, pas une claque durable : les effets de ce pilote s'autodétruisent quelques minutes après son visionnage, vous laissant, à la place du souffle coupé qui était le vôtre au terme du pilote, avec une curieuse impression de vide. La vérité se situe sûrement quelque part au milieu...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 21:39 - Review vers le futur - Permalien [#]

Sans honte aucune

On ne peut quand même pas tester des pilotes de chefs d'oeuvre tout le temps. Et tant mieux ! Après tout, qui voudrait sans cesse tomber sous le charme d'une nouvelle série ? Bon, si, oui, sûrement que dans les premiers temps ce serait chouette. Mais après ? Après ça deviendrait lassant. Après on se plaindrait qu'on ne peut plus mitrailler un pilote en plein vol. Après ça serait tellement toujours bon qu'on finirait par s'ennuyer. Un peu comme moi devant la deuxième saison de Game of Thrones, par exemple, tiens.
Je sais pas pourquoi je parle de Game of Thrones parce que, comme vous allez voir, avec cette nouvelle série du #pilotmarathon, on est un peu à des années-lumière...

HittheFloor

Il y a deux étés de ça, ce qui ne nous rajeunit pas, je vous parlais avec emphase et joie du pilote de Single Ladies.
Attendez, non. Je suis en train de réécrire l'histoire, là. La vérité c'est en tous cas que je vous en parlais. Juste un peu. Bon d'accord, beaucoup. Pas à la folie, mais presque. Et plus je regardais, plus je me marrais comme une petite folle devant les répliques de Keisha, perpétuellement over the top. Le sens de la formule qui atterrira dans un gif sur tumblr dans quelques heures : c'est ça, le génie d'une série originale de VH1. Et à partir du moment où on le sait, pourquoi pas ?

Hit the Floor va en réalité plus loin que Single Ladies. Là où cette dernière se contentait d'allumer gentillement avec quelques scènes légèrement sensuelles (en tous cas, en début de première saison, ça s'est ensuite pas mal assagi), Hit the Floor montre des filles qui se trémoussent en short minuscule et ultra-moulant.
Quand une série circule avec les feux d'allumage en mode plein phare, on se doute qu'elle ne va pas faire dans la dentelle ; Hit the Floor ne prétend pas avoir inventer la weave à couper le beurre. C'est tellement assumé qu'on ne voit pas de raison de bouder son plaisir. Et surtout, les performances sont quand même suffisamment à la hauteur pour qu'on n'ait pas l'impression d'assister à un spectacle de danse exotique ; techniquement, c'est même vachement impressionnant par moments, même si clairement, certaines actrices sont visiblement des danseuses de formation, et pas d'autre (et encore, certaines sont plus ballet, d'autres plus hip hop). Ca donne un spectacle qui a de la gueule, voilà la vérité.
Et après tout, si elles sont contentes de se trémousser en short minuscule et ultra-moulant, qui suis-je pour leur contester ce droit ?

Alors, après, je confesse bien volontiers que j'ai vu A Chorus Line trois fois depuis dimancher dernier (pendant l'un de ces visionnages, ma soeur a gentillement glissé un "et pourquoi t'avais arrêté la danse, déjà ?", c'est ça, remue le couteau dans la plaie), que je suis un peu en manque de Single Ladies parce que je n'ai toujours pas trouvé de date pour la diffusion de la saison 3 (en fait Hit the Floor a l'air d'avoir récupéré la case cet été, ça pue méchamment), et toutes sortes d'autres raisons qui font que le pilote avait ses chances de fonctionner sur moi. Plus les phrases over the top, genre celle-ci. Un régal pour votre serviteur !

J'aimerais dire que j'ai honte ; j'aimerais, sincèrement, passer pour une téléphage de bon goût auprès de tous en permanence. Mais en même temps je m'en fiche un peu de votre opinion, parce que je me tape sur les cuisses pendant que des danseuses pas fâcheuses à regarder se regardent en chiens de faïence et s'organisent des dance battle pour un oui, pour un non.
Et puis, ça serait lassant. Dans mon menu, il y a de la place pour du Orphan Black comme du Hit the Floor. D'ailleurs ça ne vous ferait pas de mal, à vous non plus, tiens ! Allez, zut à la fin, c'est l'été après tout. Ne regardez pas par la fenêtre, continuez de me lire. Et l'été, c'est le moment de se détendre un peu, que diable ! Alors Hit the Floor pour cet été ? Adjugé.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:41 - Review vers le futur - Permalien [#]

Héroïne

On respire un grand coup... inspirer... expirer... recommencer l'opération : inspirer... expirer... Il est temps de parler du nouveau pilote de ce #pilotmarathon, Orphan Black. J'ai pensé à dire que j'étais plutôt contente de ce marathon pour le moment ?

OrphanBlack

Je n'ai pas un esprit très scientifique à la base. Les gens qui me parlent de connexions neuronales, de signal électrique qui influe sur mes émotions ou mon comportement, ou Dieu sait quoi d'autres, je les prends rarement au sérieux, avec le sentiment qu'ils passent à côté d'une expérience humaine au nom d'une connaissance scientifique déshumanisante.
Mais là, tout de suite, je suis dans l'un de ces moments où j'aimerais bien être un peu plus rationnelle, plus curieuse du fonctionnement de mon cerveau, et savoir quel est le procédé qui met le téléphage dans cet état.

Quel état ? Mais si, vous savez. Ce moment où vous finissez un épisode et où votre tête est en ébullition, votre coeur bat la chamade, et vos mains agrippent les accoudoirs (si vous êtes vraiment coutumier de la chose, vous devez même avoir creusé des encoches dans votre fauteuil, à force). Sous votre crâne, c'est un peu le 14 juillet, vous pouvez sentir le feu d'artifices partir en un immense bouquet final. La raison ? Vous venez de regarder un épisode épatant. Ca m'arrive souvent avec les pilotes, mais moi je suis pilotovore, il faut dire ; ça peut se produire avec absolument n'importe quel épisode en tous cas. Et en tous ca, en cet instant précis, vous ressentez cette soif de voir plus.
Plus. Plus. Encore plus !

Je n'ai jamais touché aux drogues, Monsieur l'Agent, mais je pense que ça doit ressembler à ça après un bon trip à l'héroïne. Et vu qu'il est plus facile de se procurer des séries que de l'héroïne, je trouve que c'est un bon deal, dans le fond.

Qu'est-ce qui est en jeu à ce moment-là ? D'où vient cette excitation ? Comment le câblage de notre caboche permet-il que nous soyons si désireux de nous plonger dans un nouvel épisode ?
Ce serait intéressant de le savoir, et de comprendre ce qui fait qu'à cet instant le téléphage ne s'appartient plus vraiment. Pendant quelques secondes à quelques minutes, selon plusieurs facteurs (tel que son degré de téléphagie et la qualité de l'épisode en question), il a fusionné avec la série, il ne peut penser à autre chose, tout ce qu'il veut, c'est en voir plus, plus, encore plus !

Ce qui me fait peur, lorsque je vois une série qui me plonge dans cet état, ce n'est pas de ne pas savoir sur quel bouton l'épisode a appuyé pour me plonger dans un océan de délice et d'anticipation. Je suis une victime consentante. Quel que soit le procédé utilisé, je m'en fiche... pourvu qu'on recommence bientôt ! Très bientôt ! Ce qui m'intrigue en revanche, ce qui m'inquiète, ce qui très franchement me rend parfois même anxieuse au plus haut point, c'est de chuter. Que le deuxième épisode soit moins euphorisant que le premier. Que cette envie de plus, plus, encore plus, retombe comme elle est venue. Que peut-être je me sois menti sur l'efficacité de ce premier épisode.

Le pilote d'Orphan Black est bon, sincèrement. Son héroïne est tout de suite très sympathique, son univers se pose à la fois comme accessible et dense, et le personnage faisant office de comic relief fonctionne à merveille, ce qui aurait pu ne pas marcher voire même décrédibiliser une partie de l'univers sombre qu'Orphan Black essaye de construire.
Alors ce premier épisode est bon... Mais est-il fantastique ? Pourquoi lorsqu'il s'est terminé, me suis-je écrié, tout en désincarcérant mes doigts de mes accoudoirs : "nooooon, me laissez pas comme ça" ? Est-ce parce qu'on me l'a vendu comme étant bon que je suis dans cet état ? Je peux être influençable, parfois. Pour bien faire, il faudrait que je vérifie. Peut-être que la seconde fois est moins bonne. Peut-être que le troisième épisode n'est pas aussi efficace.
Ou quand le désir de garder un esprit critique annule toute possibilité d'avoir un esprit critique.
Il faut que j'en voie plus pour me prononcer. PLUS. PLUS ! ENCORE PLUS !

J'ai fini ce pilote il y a presqu'une demi-heure, et je ne redescends pas. Des expériences comme celle-là valent bien tous les bad trips du monde devant Clone Baby.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 18:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

Même pas peur

Il est de notoriété "publique" que je suis facilement impressionnable. Les quelques posts dans lesquels j'ai évoqué The Walking Dead le confirment, en cas de doute. Et du coup, c'était pas trop mon année, entre The Following, Hannibal, Hemlock Grove et autres Bates Motel, sans parler de la nouvelle saison d'American Horror Story, j'avais de grandes chances pour dormir lumières allumées pendant une bonne partie de la saison. Jusque là, en-dehors de The Following (dans laquelle le plus atroce était sûrement le scénario), je ne m'étais pas trop risquée à aller regarder ce qui s'était fait dans le domaine du gore et/ou de l'horreur. Mais à la faveur du #pilotmarathon, j'ai décidé de me prendre en main, et me voilà à toquer à la porte du Bates Motel...

BatesMotel

C'EST TOUT CE QUE T'AS, NORMAN BATES ?
Evidemment, je m'attendais à bien pire : c'est le propre des petites natures. On commence à nous dire que quelque chose est malsain, on nous le vend comme sûrement un peu choquant, et on nous rappelle que c'est prequel d'un célèbre film d'épouvante (que je ne me suis, pour les mêmes raisons, pas amusée à regarder ; déjà pas courageuse, alors téméraire...), et tout de suite on se fait des idées. On prend des précautions. On programme une touche d'appel rapide pour les urgences. On pose des miroirs autour du bureau pour garder un oeil sur la porte d'entrée. On camoufle un ours en peluche près de l'écran de l'ordinateur. Ce genre de menus détails auxquels on reconnaît les chochottes comme moi, quoi.
...Et finalement, en-dehors, attention au spoiler après la virgule, d'une scène de viol insoutenable (j'aime à penser que c'est le propre d'une scène de viol, à la rigueur), vraiment ça s'est très bien passé.
Fin du spoiler.

Ah, je ne dis pas qu'on s'éclate, dans Bates Motel. Faut ptet quand même pas pousser. Mais enfin, même la relation mère-fils malsaine, finalement, on s'y fait. C'est atroce à dire, mais une fois qu'on a compris la dynamique entre les deux personnages, on ne voit même plus qu'à moitié le problème.
D'ailleurs, maintenant qu'on en parle, je crois que ma tolérance aux familles profondément dysfonctionnelles est inversement proportionnelle à ma tolérance aux scènes de violence, à la réflexion. Pas encore décidé de ce qui était pire...

Mais enfin, voilà, finalement, en-dehors d'une scène un peu difficile (et je doute qu'il s'en passe une comme ça à chaque épisode, en plus), j'avoue mal comprendre l'intérêt de Bates Motel. Encore une fois, je n'ai pas vu le film, et ça m'aiderait sans doute à saisir des enjeux que je ne vois pas pour l'instant (sans même parler des références qui apparemment pullulent dans ce premier épisode, d'après ce que j'ai cru lire çà et là), mais sans avoir vu le film, je me dis que je ne comprends pas le soucis.
Peut-être que le soucis devrait venir d'une séparation entre Norman et Norma, d'une fissure, d'une rupture brutale. Mais comme ceux-ci passent leur temps à se réaffirmer leur tendre romance mère-fils, bon, non, je les trouve finalement plutôt pépères.

Ah ah ah, c'est tout ce que t'as, Norman Bates ? Si c'est comme ça, je commence Hannibal !
...Arrêtez-moi, je vais me faire du mal.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 16:44 - Review vers le futur - Permalien [#]

J'aurais dû écouter ma mère

Il y a des choses immuables dans la vie : le soleil se lève tous les matins, les grilles nippones se renouvellent tous les trois mois, et les séries japonaises mettent l'emphase sur le respect des traditions. Impossible de se tromper, on peut miser sa chemise dessus, ces choses-là ne changeront jamais.
Alors quand Kamo, Kyoto he Iku., la nouvelle série de ce #pilotmarathon, a commencé, j'avoue que j'ai soudain commencé à ressentir un peu d'espoir.

Un peu seulement. Car sur la forme, Kamo, Kyoto he Iku. n'est pas exactement révolutionnaire, loin de là. On est clairement dans une fiction très grand public (inversement proportionnel au budget, ai-je envie de dire), filmée sans trop de recherche, avec un montage haché, un casting peu enthousiasmant (seule l'héroïne Kamo, incarnée par Nao Matsushita, fait preuve d'un relatif charisme), et une histoire cousue de fil blanc, dans laquelle une jeune femme moderne hérite en 5mn d'épisode, montre en main, d'une auberge traditionnelle (ou ryokan) qu'elle veut à tout prix changer de la cave au grenier (bon, sauf que comme la plupart des demeures traditionnelles japonaises, elle n'a ni cave ni grenier, mais vous saisissez l'idée). Résultat, pas de quoi grimper aux rideaux. Qui, euh, là non plus, n'existent pas. Bref.
Et encore ! Je ne vous ai pas encore parlé de l'horrible habillage musical, du générique de début jusque dans la musique de fond de la plupart des scènes, qui confine au grotesque et garantit une migraine à coup sûr.

Alors, quand le message habituel du "les traditions c'est bien, il ne faut rien changer" a tardé à être véhiculé par le pilote de Kamo, Kyoto he Iku., je le reconnais, j'ai été assez enthousiaste. Enfin une série qui a envie de dire autre chose !!! De l'espoir !
...Ce n'est pas que j'aie une dent contre les traditions, mais si toutes les séries répètent toujours la même leçon, ça ne sert à rien d'en sortir une nouvelle tous les trois mois, pas vrai ?

KamoKyotoheIku

Mais hélas il y a quelques choses immuables dans la vie, parmi lesquelles le soleil qui se lève tous les matins, les grilles nippones qui se renouvellent tous les trois mois, et les séries japonaises qui mettent l'emphase sur le respect des traditions.

Les enjeux de Kamo, Kyoto he Iku. devront donc être ailleurs. Du moins faut-il l'espérer. En introduisant une relation houleuse avec la défunte mère de l'héroïne, le pilote tente légèrement de pousser dans cette direction, à l'aide de quelques flashbacks grossièrement amenés. On peut saluer l'effort (pour une fois dans un dorama qu'une mère n'apparait pas comme maléfique si elle n'est pas nourricière...), mais pas vraiment la méthode. Pire encore, l'émotion est totalement absente du résultat, la froideur de Kamo n'aidant pas à partager son traumatisme.
Pire encore, en donnant raison, bien que post-mortem, à feue la mère de Kamo, Kamo, Kyoto he Iku. perpétue l'idée que les parents ont toujours raison, même quand ils ont cent fois tort, rendant presque effronté le fait que Kamo n'ait pas que du bien à dire de sa mère. Ah, heureusement qu'elle va se réconcilier avec celle-ci par-delà la mort ! La morale est sauve ! Mon mal de crâne, lui, ne s'arrange pas.

Que reste-t-il dans tout ça ? La conviction d'avoir affaire à une sorte de sous-dinner, dans laquelle un business familial doit absolument être sauvé de la faillite alors qu'il repose sur des traditions qui doivent à la fois être remises en questions... et préservées. On n'en est pas à un paradoxe près. Là où dinner mettait l'accent sur son cadre particulier, ses personnages hauts en couleurs et l'amour du travail bien fait, toutefois, Kamo, Kyoto he Iku. semble n'avoir retenu que le désir de promouvoir des traditions rigides, un peu étouffantes, et dont on comprend mal comment elles sont supposées survivre à une crise financière. La métaphore est intéressante, mais je doute qu'elle aille beaucoup plus loin tant Kamo, Kyoto he Iku. est dans la simplification. D'autant que les personnages secondaires sont d'une transparence à faire peur (en-dehors de quelques piques subtiles d'un personnage qui de toute façon se fait virer avant la fin du pilote en raison des coupes budgétaires), là où ceux de dinner permettaient de donner un peu de piquant dans le sauvetage de l'entreprise (parfois en détournant même les scénaristes de leur mission autour du restaurant, mais un jour je finirai bien par vous écrire cette review de la saison de dinner et on y reviendra plus en détail). En particulier, le méchant consultant de Kamo, Kyoto he Iku., qui veut à tout prix reprendre le ryokan et espère que Kamo va se planter en beauté, est aussi subtil qu'un Iznogoud en costard-cravate.

C'est fou quand même : j'ai failli espérer quelque chose de Kamo, Kyoto he Iku., je devrais savoir pourtant, qu'il y a des choses immuables, comme le...
Oh pardon, je me répète ? Pour ma défense, certaines séries japonaises aussi.

Posté par ladyteruki à 15:29 - Dorama Chick - Permalien [#]

180 degrés de séparation

Le #pilotmarathon continue avec cette fois une série britannique. J'ai l'impression que ça fait des lustres que je n'ai pas regardé de pilote de série britannique ; je ne sais pas trop pourquoi, au juste, j'ai tant de mal avec les séries de ce pays, quand j'en compte plusieurs parmi celles que je suis avec plaisir. Mais me mettre devant une série britannique, la première fois, reste quelque chose d'assez peu naturel. Voyons donc si nous pouvons arranger ça à la lumière de cette journée spéciale !

LoveandMarriage-ITV

On m'avait vendu Love & Marriage comme une comédie. En tous cas, tout ce que j'en avais vu semblait crier que la série britannique serait, sinon une comédie, à la limite une dramédie. Et pendant une solide demi-heure, c'était vrai. Sauf que ce pilote durait en réalité trois quarts d'heure...

Love & Marriage commence comme une version toute britannique de Modern Family, tournant autour de la dynastie des Paradise, une famille de la middle class on ne peut plus normale. Autour du couple central des parents, formé par Pauline et Ken, gravitent les couples de leurs enfants. La comparaison avec Modern Family se fait essentiellement parce que la série opte pour un format de pseudo-mockumentary, les personnages se présentant à l'écran, sur un canapé, pour parler de leur couple (il y a fort à parier toutefois que l'angle varie pendant les 5 autres épisodes de la série). Si cela facilite l'exposition, et permette de présenter à la fois les personnages et leurs dynamiques de façon efficace, on ne peut pas dire qu'on hurle à l'originalité devant ce procédé éculé.
Et pendant les minutes qui suivent, alors que les couples se succèdent et, forcément, ne se ressemble pas, il est difficile de s'ôter de l'idée que Love & Marriage a trouvé le moyen de parler de familles modernes sans forcément en faire des privilégiés aux préoccupations irréalistes (c'était l'un de mes griefs avec Modern Family). Le ton reste celui de la comédie, même quand les personnages semblent mal à l'aise dans leur vie, à l'instar de Pauline qui vit une grosse journée : c'est la dernière fois qu'elle va au travail, elle sera à la retraite le soir-même, et ne trouve aucun soutien de la part de son mari qui ne semble même pas avoir percuté. Après avoir fait son pot de départ, elle rentre ensuite chez elle où elle a pour mission non seulement d'aider ses enfants, pourtant adultes, à organiser leur vie, mais où elle officie également en tant que traiteur en préparant les petits fours pour le baptême de l'une de ses petites filles le lendemain. Et s'il apparait clairement que le personnage est contrarié, Love & Marriage le traite plutôt à la légère pendant, donc, les deux tiers de l'épisode.

Même si on a plus ou moins vu arriver l'élément perturbateur qui vient mettre fin à ce joyeux bazar, bien malin pourtant celui qui prétendra avoir vu venir le virage à 180° qu'opère le pilote suite à cet évènement.
Ce n'est pas simplement la goutte d'eau, c'est une véritable prise de conscience que le pilote va s'ingénier à dépeindre à la suite de cette scène dramatique (et sincèrement glaçante, le rire du spectateur devenant un hoquet nerveux), avec une intelligence qu'en toute honnêteté on ne soupçonnait pas la série de déployer. Devant incroyablement dramatique, Love & Marriage se décide alors, une bonne fois pour toutes, à prendre Pauline au sérieux, et les spectateurs aussi du coup. Ce qui se produit par la suite, ma foi, est plutôt prévisible aussi, mais c'est avant tout réussi ; Pauline décide de tout plaquer et de s'occuper d'elle. Elle emménage donc avec sa soeur, plantant son mari que rien n'a l'air de vraiment toucher, mais aussi ses enfants. "I'm not going to be a daughter, or a wife, or a mom anymore", décrète notre retraitée avec beaucoup de cran. Le volte-face est peut-être un peu gros, mais il fonctionne, parce que sur le ton de la rigolade, on a eu tout le temps de mesurer à quel point Pauline était une étrangère pour sa propre famille.

Non, Love & Marriage ne veut pas simplement parler des couples de plusieurs générations. Même si le pilote en fait le choix tardivement, la série semble tendre vers quelque chose de plus fin, de plus intéressant : le parcours d'une femme qui veut tout simplement apprendre à se connaître, à apprécier sa vie, pour elle-même. C'est forcément touchant, à défaut d'être, je le répète, original.
Reste que le brutal changement de ton laisse assez difficilement imaginer ce à quoi il faut s'attendre par la suite. Love & Marriage ne compte pour le moment que 6 épisodes, de toute façon ; ça ne devrait pas être très dur de vérifier ce que la série finit par accomplir.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 13:48 - Review vers le futur - Permalien [#]

Down Under Abbey

Changement de registre, et accessoirement de continent, avec un nouveau pilote qui nous vient cette fois d'Australie : A Place to Call Home, dont vous vous souvenez peut-être que nous l'évoquions depuis plusieurs mois parmi les projets australiens. Alors que la série était initialement prévue pour la fin 2012, la voilà qui a finalement commencé en avril. Avec un peu de chance, voilà qui remontera le niveau du #pilotmarathon...

APlacetoCallHome

Parfois on a l'impression de pouvoir deviner ce qui s'est dit dans les bureaux des exécutifs d'un network. C'est tellement évident.
Par exemple, chez Seven Network, en Australie, on a regardé les ventes des droits de Downton Abbey, les récompenses ramassées un peu partout, bref, on a regardé le phénomène Downton Abbey, et on s'est dit : "hey, pourquoi yen a toujours que pour les Britanniques ? Nous aussi on pourrait faire ce genre de série !". Un petit coup de fil à Bevan Lee, créateur des succès Packed to the Rafters et Winners & Losers, et voilà, l'affaire était entendue. Par un curieux hasard, car ce ne peut être qu'un hasard, la série a été lancée dans la case précédemment occupée par... Downton Abbey.

Cela ne signifie pas que le résultat, A Place to Call Home, soit une vulgaire copie. De la même façon que de nombreuses séries japonaises savent s'inspirer du meilleur de la télévision étrangère sans pour autant perdre de vue leur identité ou leur tradition télévisuelle, A Place to Call Home s'inspire profondément des recettes de Downton Abbey, mais ne la copie pas ; en piochant quelques idées ailleurs (un côté "médecine de proximité" vu dans Call the Midwife, par exemple), mais surtout en trouvant un contexte et un esprit ancrés dans l'identité australienne, A Place to Call Home trouve un parfait juste milieu. La seule chose qui semble lui manquer, vous l'aurez compris, est le goût du risque, mais la prise de risque est loin d'être un prérequis pour une série.

Mais au fait, de quoi parle cette série ? D'une infirmière, Sarah Adams, qui revient en Australie après 20 ans d'absence. Ces deux décennies sont assez brumeuses pour le spectateur au début du pilote (le voile est levé progressivement sur le passé de Sarah, mais de façon, reconnaissons-le, un peu brouillonne et confuse, cherchant à créer du mystère de façon peut-être un peu trop visible), mais visiblement, le personnage est blessé, et il devient rapidement clair que Sarah se dédie toute entière à sa profession dans l'espoir de penser le moins possible à son passé. Sarah fait la connaissance, dans le bateau de croisière qui l'amène chez elle, et où elle officie comme infirmière (étant entendu qu'elle ne pourrait s'offrir la croisière par ses propres moyens), de la famille Bligh, plus qu'aisée, qui rejoint sa cossue demeure en Nouvelles Galles du Sud.
Elizabeth, la matriarche de la famille Bligh ayant la santé un peu fragile, et le caractère robuste de façon inversement proportionnelle, Sarah a l'occasion de se distinguer par sa capacité à tenir tête à la têtue vieille femme, ce qui rend Sarah immédiatement sympathique aux yeux de George Bligh, son fils aîné. Lorsqu'à son retour à Sydney, auprès de sa mère, Sarah ne rencontre pas le succès escompté, elle contacte George qui lui offre donc de venir travailler dans l'hôpital que sa famille a fait construire, et qui est gérée par le docteur Duncan. Voilà donc Sarah plongée dans la vie des Bligh, espérant pouvoir commencer la sienne et ainsi tourner une nouvelle page.

Ce qui donne énormément d'intérêt à A Place to Call Home, c'est l'apparente légèreté de beaucoup de scènes, pas seulement au niveau du ton mais aussi de la narration, offrant un rude contraste avec la densité des personnages. Au stade du pilote, on ne connaît que rarement les vraies raisons de leurs tourments, mais ces personnages sont tous rongés par quelque chose, leur complexité est palpable en dépit des dialogues badins. Cela donne immédiatement l'impression non pas vraiment qu'ils cachent de lourds secrets, mais qu'il s'offrent tous, plutôt, un visage plaisant, gardant leurs souffrances pour eux-mêmes. C'est une façon intéressante et fine d'écrire les personnages d'une série qui, sans ce genre de nuances, virerait au primetime soap raté à la Deception.
Sarah, par exemple, se présente d'abord comme une infirmière, puis une nonne, puis une ex-nonne. On apprend au cours du pilote qu'elle a abandonné la religion catholique toute entière pour se convertir au judaïsme (une problématique intéressante, et à ma connaissance inédite dans une série dramatique ; contredisez-moi en commentaires). Il manque plusieurs années de sa vie sur son CV, également. Pour autant, elle ne semble pas avoir quelque chose à cacher, elle le cache plus à elle-même qu'aux autres ; la nuance est de taille. D'autres personnages, tel l'autre fils d'Elizabeth, le torturé James, vivent une situation similaire, par exemple. Ils veulent aller de l'avant mais ne le peuvent pas, parce que ce qui encombre leur âme les retient ; pour une série qui se suit de façon plutôt légère, A Place to Call Home fait donc un brillant travail pour ne pas vider ses héros de leur substance.

Le pilote de A Place to Call Home, à mesure qu'il progresse, tire de plus en plus partie des grands espaces, sortant de l'asphyxie claustrophobe qui est parfois celle de Downton Abbey pour nous montrer une Australie à la fois domptée et encore un peu sauvage, parfaite métaphore des transitions que vivent les personnages. La comparaison peut sembler redondante, mais il est visible (et c'est ce qui participe à l'identité propre de la série) qu'un effort a été fait non seulement pour jouer sur le côté historique, les toilettes, les beaux décors, mais aussi un côté plus naturel, plus libérateur. A Place to Call Home montre des personnages qui se libèrent, lentement, parfois malgré eux, de l'étau des conventions, et avoir choisi pour cela les années 50 est absolument parfait. J'ajoute que musicalement, ça fait aussi énormément de bien !

Bref, sans se consummer d'ambition, A Place to Call Home offre un spectacle peu osé, mais certain d'avoir à offrir plus, bien plus, qu'une pâle copie d'un succès international, avec de l'émotion peut-être rare, car dissimulée sous des échanges polis et des conversations parfois peu profondes, mais authentique.
C'est pour ça que le #pilotmarathon existe, voyez-vous. Pour rattraper mon retard sur des perles que j'ai laissé échapper ces derniers mois.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 12:36 - Review vers le futur - Permalien [#]

Désignée coupable

Comme promis aujourd'hui je me lance dans un gigantesque #pilotmarathon, histoire de me goinfrer de pilotes jusqu'à atteindre le point où je supplierai ma saison 6 du Cosby Show de cagouler plus vite. On commence donc tranquillement avec quelque chose de pas trop compliqué, histoire de ne pas solliciter le cerveau dés 10h du matin, et tout naturellement, j'ai décidé de lancer une série de Tyler Perry.
C'est triste quand un téléphage en arrive à avoir ce genre de réflexes. Mais peut-être allais-je être détrompée ? Dans le fond, la première saison de For Better or Worse n'était pas si pire...

TheHavesandtheHaveNots

Les reviews de pilotes de soaps sont rares dans les parages ; il faut dire que d'une part, il n'en commence pas non plus tous les matins (un peu par définition !), et d'autre part, je ne parle pas l'espagnol et ne me rue donc pas sur les pilotes de telenovela, ce qui autrement aurait été une option. Mais quand le network flambant neuf de nulle autre qu'Oprah lance des séries, il semble important d'être au rendez-vous et de voir de quelle façon la chaîne commence ses affaires. Voilà donc The Haves and the Have Nots, qui... ah ? On me dit dans l'oreillette que The Haves and the Have Nots est techniquement un primetime soap, diffusé de façon hebdomadaire. Could have fooled me.

Pour moi qui me plains régulièrement que les Américains ne font pas assez attention à ce qui se passe à l'étranger pour renouveler leur propre paysage télévisuel, nul doute que Tyler Perry me met à l'amende avec The Haves and the Have Nots, qui pioche une grande partie de son inspiration dans les telenovelas. Ou quand un producteur célèbre pour avoir trouvé le succès auprès d'une minorité utilise les recettes populaires auprès d'une seconde minorité...
L'histoire est simpliste : une famille riche (blanche) et une famille pauvre (noire) voient leurs vie s'entremêler lorsque la mère de la famille noire commence à travailler comme bonne pour la famille blanche, parce qu'évidemment. L'autre employée de maison est une latina, pour aller plus loin dans les stéréotypes. Mais, histoire de sortir un peu des clichés (mais vraiment brièvement), la famille blanche a des amis noirs riches également, parce qu'on n'est pas racistes, quand même !
Avec ses faux-airs de Downton Abbey ou Upstairs Downstairs modernes, soulignés d'ailleurs par le "générique" un bien grand mot pour un truc de 5 secondes), The Haves and Have Nots va toutefois faire preuve d'assez peu d'originalité à partir de là, les personnages se conformant tous à la caricature dans laquelle ils ont été enfermés dés leur première seconde d'apparition. Cela permet de désigner rapidement une "méchante" qu'on va passer tout l'épisode à faire passer pour la pire des râclures, quand bien même c'est cette même attitude qui la pousse dans ses retranchements (et alors que finalement, beaucoup de choses, sur le papier, auraient plutôt tendance à en faire la victime) : les personnages de Tyler Perry semblent supplier en silence de ne pas se commettre dans des séquences prévisibles au possible, mais on imagine Perry, une main chargée de biftons, l'autre en train de faire danser les fils de ses marionnettes, s'esclaffer de rire et en remettre une couche dans la nullite et le stéréotype.

Non pas que les acteurs soient spécialement vibrants dans leur interprétation des personnages, ne me faites pas dire des choses pareilles ! Déjà parce que le cast fourmille de personnes dont c'est l'un des rares rôles notables (ceux qui ont un semblant de carrière viennent de soaps comme One Life to Live ou Passion, ça impressionne mon chat), hormis John Schneider qui trouve ici une reconversion après l'annulation de Smallville. Donc comme vous le voyez, il y a du niveau. Et ensuite, parce que la réalisation ne leur en donne vraiment pas l'occasion de briller par leur génie dramatique, avec des plans grossiers du style : "attends, on va filmer un plan où tu fais un clin d'oeil à la personne hors-champs, mais on va le faire durer 5 secondes parce que faut que l'épisode dure 40 minutes". Tout dans la subtilité, on vous dit.
Faut-il noter qu'outre la production et l'écriture, Perry est aussi le réalisateur ? J'hésite à mettre tous ces titres entre guillemets.

Le résultat, c'est un pilote qui a de quoi faire se sentir mieux la production de Plus belle la vie. C'est vous dire si on touche le fond.

J'avais dit sur Twitter que si je ne trouvais rien de positif à dire sur The Haves and the Have Nots, j'aurais pour gage de regarder un deuxième épisode. Mais je vous rassure, j'en ai trouvé un : le seul point positif de ce pilote, c'est que j'en suis venue à bout. Ca compte, hein, dites ?

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 11:14 - Review vers le futur - Permalien [#]