ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

30-11-12

[DL] Intersexions

Alors que je m'envoie quelques épisodes de Known Gods çà et là (rappelez-vous, on en a parlé il y a à peine 10 jours), je dois admettre que c'est très, très difficile pour cette série sud-africaine de me ravir autant que l'a fait Intersexions (bon, là vous avez une excuse, ça fait quelques semaines). J'aurai peut-être plus de chance quand je tenterai le coup sur le service de VOD Wabona (entre Yizo Yizo et The LAB, il y en aura forcément au moins un pour me chavirer) mais pour le moment, on en est là : les comparaisons avec Intersexions restent cruelles.

Si je continue Known Gods, c'est d'abord parce que ce n'est pas non plus nul, simplement ce n'est pas l'absolu coup de coeur. Ensuite, parce 99% des dialogues sont compréhensibles (le 1% restant, j'arrive pas à définir si c'est moi qui ai des loupés avec l'accent ou si c'est carrément de l'afrikaans) alors tant qu'à faire auant regarder une série étrangère que je comprends sans sous-titres. Et puis, je l'admets sans honte, parce que quand j'ai acheté Known Gods, j'avais aussi commandé le DVD de la série Dryfsand en me disant qu'au pire, si je n'étais pas convaincue par l'une plus que l'autre, j'alternerais les visionnages. Sauf que Kalahari n'est pas clair sur les séries qui ont des sous-titres ou pas, et Dryfsand est en afrikaans et n'en a pas (cruelle découverte que ça a été, d'ailleurs) (si quelqu'un parle l'afrikaans et veut me racheter mon DVD de Dryfsand ?). Ce sont les limites des achats à l'aveugle, dirons-nous, mais tant qu'il sera difficile de trouver des épisodes de séries sud-africaines sur internet, je procèderai ainsi.
Donc du coup, j'avance dans Known Gods un peu plus vite que prévu, quoi. Chais pas si vous suivez la logique mais dans ma tête ça a du sens. Je vous l'accorde, j'ai de la fièvre depuis lundi, bon, bref.

Alors au nom de la nostalgie, j'ai décidé d'uploader le générique d'Intersexions, ce soir. Parce que je l'ai rippé depuis mon DVD alors autant que ça serve au plus grand nombre. Vous me connaissez, je suis comme ça. Et puis, surtout, parce que la saison 2 n'est pas encore diffusée en Afrique du Sud, alors le DVD, vous pensez... il faut donc que je prenne mon mal en patience.
Patientez donc avec moi, on se tiendra compagnie !

Intersexions
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

J'adore le thème musical d'Intersexions. Ce petit air au piano est super simple, mais il entre dans la tête comme rien. Il sert aussi pour le menu des DVD et, à force d'écrire mes posts en ayant le DVD qui tourne dans le salon pendant que je suis à l'ordinateur, eh bien, il m'est devenu très naturel, ce petit air, c'est le genre de musique qu'on identifie facilement à un univers de fiction et auquel on s'attache. On connait tous ça.
C'est une mélodie légère, qui est très éloignée, si on y réfléchit, du sujet assez difficile qui est celui de la série. J'aime ce choix, très éloigné de ce à quoi on pouvait s'attendre pour une série s'attaquant à un thème si sérieux ; il reflète bien, finalement, le parti-pris de toute la série, qui est de ne pas faire de la simple pédagogie mais de travailler sur une véritable oeuvre de fiction qui, en dépit de son angle sérieux (et effectivement subventionné par des organismes prenant la question très au sérieux, qui espèrent ainsi attirer l'attention du spectateur sur des problèmes de santé et de société), est bien décidé à offrir quelque chose qui soit accessible, agréable, et qui s'autorise un univers de fiction, et pas juste de jouer aux messages de prévention.

C'est aussi ce que disent les images de ce générique.

Et puis, avec ce générique, j'ai appris quelque chose, figurez-vous, alors j'en profite pour partager.
En fouinant dans le générique de fin, j'ai découvert que le générique d'Intersexions était dû à une société indépendante de la production de la série ; j'avoue avoir été surprise parce que je ne pensais pas qu'il y ait là-bas, comme aux Etats-Unis, un pan de l'industrie télévisuelle dédié à l'effort autour des génériques. Il y a plein de pays qui n'ont pas recours à ce genre de prestataires, j'ignorais que l'Afrique du Sud faisait partie de ceux qui déploient autant d'efforts pour leurs génériques, et ça fait plaisir à apprendre ! C'était une donnée intéressante à prendre en compte sur le fonctionnement de l'industrie locale, en tous cas.
Il faudra que je pense à vérifier ce qu'il en est pour Known Gods, d'ailleurs. Mais avec son côté légèrement Game of Thrones (pas au sens où il y a une immense mappemonde en 3D, mais parce que ça m'a rappelé la façon dont les maisons sont un thème si fort de l'univers de la série), ça ne m'étonnerait pas que la conception vienne également d'un tiers. Bon, du coup, si vous voulez voir le générique de Known Gods, vous savez à qui demander.

Et surtout, si vous voulez voir le pilote d'Intersexions, vous savez aussi quoi faire : j'avais dit que si j'avais 5 commentaires de volontaires sous le post du pilote, je le mettrais en ligne... et il y a 4 commentaires actuellement qui disent être intéressés.

Posté par ladyteruki à 23:48 - Médicament générique - Permalien [#]

29-11-12

Every. Single. Week.

En un début de saison qui a vu apparaître très peu de séries solides, Go On se démarque du lot de nouveautés, non seulement parce qu'elle a pris un départ anticipé mais aussi, et surtout, parce que la série fait preuve de qualités incroyables depuis lors.
De façon systématique.

Difficilement classable comme une comédie, et plutôt héritière des dramédies du câble, dont la fonction est d'émouvoir puis de faire passer la pilule avec un humour absurde et/ou un sens aiguisé de la surenchère, mais taillée pour un network, Go On a, au bout de 10 épisodes à l'heure actuelle, l'honneur d'être la seule nouveauté de la saison à avoir fait un parcours sans faute absolument chaque semaine, permettant au spectateur qui accroche à son ton et son sujet (ce n'est évidemment pas pour tout le monde ; dans un monde parfait, aucune série n'est prévue pour être pour tout le monde) de retrouver à chaque épisode, sans coup férir, tous les ingrédients qui font que le précédent a fonctionné.

GoOn-GroupHug

Sérieusement, faites le calcul : combien de séries sont capables de ça ?
L'autre jour, j'avais une conversation sur Twitter avec Nicolas sur les séries de network, ces dernières années, se montrant d'une qualité indéniable, réellement impressionnantes, et qui peuvent se permettre de tenir la dragée haute au câble niveau qualité ; pour tout dire notre liste était assez courte. En fait, notre liste commençait par The Good Wife, et se poursuivait essentiellement par des titres suivis de points d'interrogation.
Vous savez quelle est la série que j'aurais dû mentionner, pour l'immense respect qu'elle m'inspire semaine après semaine ? Go On. C'est bien, vous suivez.

La première fois que ça m'a frappée, je venais de finir l'épisode avec quelques larmes sur les joues, et j'ai réalisé que ça m'était arrivé à chaque épisode précédemment diffusé. J'avais sincèrement été émue par quatre ou peut-être 5 épisodes d'affilée. Mais non seulement ça, j'avais aussi sincèrement ri à chacun de ces épisodes. Et tout d'un coup j'ai essayé de réfléchir : combien de séries exactement obtiennent de moi le même résultat semaine après semaine, sans jamais m'ennuyer ni échouer à me surprendre ?
Pour autant que j'aime The Good Wife, pour reprendre cet exemple, même cette série a parfois quelques épisodes moins bons que les autres ; ou plus simplement, certains sont plus tragiques, plus légers, plus ambitieux, plus intelligents, plus haletants que les autres. Go On est chaque semaine à la hauteur de la précédente, et chaque semaine, délivre le même cocktail.

Et pourtant, malgré cette recette dont on pourrait croire qu'elle s'apparente aux techniques des procedurals, pas une fois Go On n'a semblé se répéter, ou s'autoriser à être prévisible.

Ce n'est pas simplement que Go On soit profondément attachante, qu'elle parvienne à parler intimement aux spectateurs ou que son humour barge soit efficace. Enormément de séries sont capables de ça. C'est qu'elle le fasse chaque semaine qui fait toute la différence.
J'ai failli protester contre moi-même qu'il y aurait peut-être Raising Hope, dans ce domaine, pour lui faire de la concurrence, car elle est chaque semaine un véritable bonheur à regarder. Sauf que ce n'est pas simplement la satisfaction qui résulte de son visionnage qui est nécessaire pour s'attirer les mêmes compliments que Go On. Même Raising Hope, depuis son démarrage, a connu des semaines plus ci ou plus ça ; ici plus d'humour, là plus de tendresse, là carrément de la romance. Pour l'instant, Go On semble totalement immunisée contre les irrégularités.

Et je crois qu'en réalité, c'est la raison pour laquelle Go On est absolument la seule série que je suis sans jamais l'oublier, ou reporter son visionnage d'une semaine. Ca m'arrive pour la plupart des séries d'être extrêmement flexible dans ma façon de les suivre, mais j'ai réalisé ce soir que celle-là, c'est une incontournable de ma semaine. Parce qu'elle délivre, invariablement, tout ce qu'elle a promis la semaine précédente.

Imaginez une série qui ne vous déçoive jamais, qui ne vous laisse jamais tomber, qui soit capable de marcher sur le fil comme un équilibriste absolument chaque semaine, et dont vous avez le droit de continuer à tout exiger. Cette série, pour moi, c'est Go On. Non seulement je sais ce que je viens chercher en la regardant, non seulement ce que je viens chercher est un travail d'acrobate insensé, mais je sais que je l'obtiendrai systématiquement.

Voilà une promesse que peu de séries de qualité peuvent se vanter de posséder. Y compris sur le câble. Comme quoi, les networks n'ont pas encore dit leur dernier mot, et heureusement.

Posté par ladyteruki à 23:18 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-11-12

A cheval sur les principes

En Turquie, la production télévisée connaît un énorme boom depuis quelques années (pour un bref historique de la question, vous pouvez lire le début de ce post), et est devenue l'un des arguments du rayonnement culturel de la Turquie dans sa région.

On a eu l'occasion par le passé de mentionner, notamment, l'énorme succès de la série historique Muhtesem Yüzyil (dont le pilote a été reviewé ici), qui raconte les amours du sultan Süleyman 1er et de son harem. Vendue dans près d'une cinquantaine de pays dans le monde, et bientôt adaptée dans au moins un, elle fait aussi l'objet de fansubs dans plusieurs pays, et ce le lendemain de son apparition sur les écrans de SHOW TV, la chaîne turque qui héberge cet énorme succès depuis maintenant 3 saisons (retenez bien ce chiffre). Muhtesem Yüzyil, c'est l'une des raisons qui font que de plus en plus d'Européens de l'Est et de Grecs apprennent le turc, ou, encore plus fort, l'assimilent sans même essayer. Oh, et naturellement, sans avoir à sortir de ses frontières, la série est et reste l'un des plus gros succès télévisés de son pays, ramenant le genre historique sur le devant de la scène.
Et ça, ce n'est que pour une série : pas mal d'autres suivent, dans une légèrement moindre mesure, son exemple. En tout, en 2011, on estime que l'exportations des séries turques a rapporté environ 60 millions de dollars (US) à l'économie nationale, et je commence à lire des chiffres pour 2012 qui annoncent 100 millions... Pas trop trop mal, j'ai envie de dire !

En fait, la dimension culturelle de l'exportation des fictions turques est si forte qu'elle a pris le pas sur la dimension financière : il y a un mois, le ministère de la Culture et du Tourisme turc a décidé d'encourager les séries turques à être "vendues gratuitement" à des chaînes étrangères pour favoriser l'implantation de certaines séries dans des pays où le ministère estime que le rayonnement culturel de la Turquie peut jouer un rôle important. Parce qu'à choisir entre de la thune, le pognon, le flouze ou le rayonnement culturel, eh bien, les Turcs, ils ont choisi le rayonnement culturel.

Alors dans un contexte pareil, où on pourrait penser que rien ne ferait plus plaisir à l'Etat turc que d'encourager sa belle industrie télévisuelle florissante à, eh bien, fleurir encore plus, on attend du chef du Gouvernement des propos, au mieux, dithyrambiques, au pires, mesurés...

MuhtesemYuzyil-Amours

Bah pas nécessairement. Et Tayyip Erdoğan, Premier ministre de Turquie depuis bientôt 10 ans (retenez bien ce chiffre aussi), a déclaré il y a quelques jours dans un discours, en parlant des spectateurs dans d'autres pays musulmans : "Ils connaissent nos pères et nos ancêtres via Muhtesem Yüzyil, mais nous ne connaissons pas ce Süleyman. Il a passé 30 ans à dos de cheval à mener la guerre et conquérir des cités, pas dans son palais, ce n'est pas ce qu'on voit dans la série".
...Consternation.

Bon, avant tout, laissez-moi réfléchir : ça a dû être sacrément épineux à expliquer à Süleyman 1er, quand il est rentré une fois tous les 30 ans au palais, et qu'il a découvert qu'il avait 20 fils et filles, quand même, non ? Tu parles d'un silence gêné de la part de son épouse Hürrem !
Et puis, comment expliquer simplement le concept de fiction à quelqu'un qui ne maîtrise pas bien le sujet ? (cependant, si la conférence de presse d'Ainsi Soient-Ils est un indice, il semble que beaucoup de conservateurs aient ce problème de compréhension, en fait)
Mais surtout, faisons un bref calcul... une série qui est dans sa troisième saison... un Premier ministre en fonction depuis presque toute une décennie... il n'y a pas quelque chose qui cloche, niveau timing, dans la soudaine découverte par Erdoğan du principe-même de la série ? Le Premier ministre a récemment été vivement attaqué sur ses prises de position dans la situation politique des pays musulmans environnants (notamment en Syrie), et réaffirmer son attachement envers des valeurs plus traditionalistes n'est pas un hasard de calendrier.

Soyons très clairs : ce n'est absolument pas la première fois que Muhtesem Yüzyil fait l'objet d'une polémique. Depuis le début de sa diffusion, la série fait régulièrement l'objet d'appels de plainte au RTÜK (Radyo ve Televizyon Üst Kurulu, l'équivalent turc du CSA) de la part de spectateurs conservateurs qui n'apprécient pas, au choix, la profondeur des décolletés, les séquences parfois un peu sexys, ou le simple fait que certains personnages boivent du vin.
Rien que la première semaine de sa diffusion, 75 000 plaintes avaient été enregistrées, et une manifestations avait été organisée (cf. photo ci-dessous) ! Alors ce n'est pas vraiment un scoop : la série ne passe pas auprès de la frange la plus traditionnelle de la population, qui reproche à la série, comme le fait Erdoğan, de présenter des personnages historiques, et notamment quelqu'un d'aussi respecté que Süleyman 1er, comme libidineux. Les évènements qui avaient suivi son lancement avaient conduit à une mise en garde par le RTÜK de la production de la série, et notamment de la créatrice et scénariste, feue Meral Okay (qui dans une vie précédente était engagée en politique, plutôt à gauche...), laquelle avait tenté de protester en expliquant que les sultans ne se reproduisaient pas vraiment par insémination artificielle. Mettant littéralement de l'eau dans son vin, la série était restée sous haute surveillance des autorités : on ne plaisante pas avec l'accusation "d'atteinte à la vie privée" d'une figure historique. Néanmoins, le fait que Süleyman ait bu du vin ou ait fait 20 enfants à Hürrem est documenté dans les livres d'Histoire, ce n'est pas exactement comme si Okay avait tout inventé... Quant au harem, qu'on le veuille ou non, il a vu le jour sous l'empire Ottoman.
Mais malgré tout, le scandale permanent autour de Muhtesem Yüzyil restait mesuré. Et politiquement, si le vice-Premier ministre Bülent Arinç s'était emparé du sujet, le Gouvernement s'était ensuite montré plus compréhensif, probablement à cause de la thune, du pognon et du flouze du rayonnement culturel.

MuhtesemYuzyil-AffichesDechirees

Pourquoi cette fois c'est différent ? Parce que, la bride sur le cou, Erdoğan a expliqué qu'il avait attiré l'attention des autorités compétentes sur cette affaire, et est allé jusqu'à encourager les instances judiciaires à "donner un verdict nécessaire à ce sujet", ce qui n'est rien d'autre qu'un appel à la censure ou au bannissement de la série (s'il y a des experts en droit turc dans le coin, on peut me préciser s'il y a séparation de l'exécutif et du judiciaire là-bas ?). Décidément très en forme, le Premier ministre a également eu quelques mots pour le producteur de la série et même le propriétaire de SHOW TV, qui doivent se sentir particulièrement en sécurité à l'heure qu'il est.
Le ministre de la Culture et du Tourisme ne pouvait pas ne pas réagir ; il a expliqué à pas feutrés que : "Nous avons exporté 10 500 heures de séries en 2011, alors que nous n'avions pas de revenus d'exportation en 2006" et que "la série est regardée par 150 millions de spectateurs dans le monde". Mais les dés sont lancés et la polémique fait rage, plus que jamais.

Vous le comprenez bien, la question dépasse ici celle du caractère scandaleux ou non de Muhtesem Yüzyil.
Cet exemple illustre bien la fracture entre deux populations du pays, deux façons de penser. On a d'une part une Turquie laïque, moins arc-boutée sur des principes religieux, et une autre qui aimerait s'orienter vers une politique plus proche des préceptes musulmans... Évidemment, on n'est pas ici pour parler politique ; mais cela se traduit par un jonglage permanent de la part des autorités responsables de ce qui passe à la télévision, dont la mission est de réussir à contenter tout le monde, ou, de façon plus réaliste, de ne mécontenter personne. Cette balance est maintenue, tant bien que mal (cf. cette capture prise pendant le pilote d'Uçurum alors qu'un personnage vient de se faire crever l'oeil, EmCity-style), jusqu'à ce qu'un déséquilibre se produise, comme ici.

Simplement, rares sont les pays où ces enjeux politiques ont de telles répercussions financières sur une industrie (celle qui nous intéresse sur ce blog, donc) qui a réussi, en une demi-douzaine d'années, à imposer la Turquie sur les écrans de près d'un quart des pays de la planète...

Posté par ladyteruki à 20:46 - Love Actuality - Permalien [#]

27-11-12

Poigne de fer

C'est fou ce que la nostalgie peut faire faire. Ca, et la tentation d'un pilote encore jamais vu, à laquelle nous savons tous que je ne sais pas résister.
Plus tôt ce mois-ci, j'ai repensé, pour la première fois depuis des années (et ptet même une décennie) à Witchblade. J'avais même été surprise de n'avoir jamais eu ne serait-ce que l'idée d'aller jeter un oeil au pilote ; "c'est bizarre que je l'aie totalement zappé, quand même", m'étais-je dit en essayant de recoller les quelques souvenirs flous que j'avais de la lecture de l'unique comics jamais eu en ma possession. Donc évidemment, ça devait arriver, j'ai fini par le cagouler.

Une décennie plus tard, voici donc ma review du pilote de Witchblade, ou plutôt le téléfilm qui sert de pilote, diffusé par TNT pendant l'été 2000. Parce que je le devais quand même un peu à l'adolescente que j'étais et qui avait réussi à acheter UN numéro de Witchblade, et même pas le premier.
Le problème, dans ce genre d'opération, c'est qu'on pense n'avoir que des souvenirs vagues, sauf que plus l'épisode avance, plus il y a des choses qui reviennent à la surface ; or ces choses sont tantôt un élément permettant de mieux comprendre l'intrigue, tantôt des choses qui se passent bien plus tard et qui ne font qu'ajouter à la confusion.

Alors histoire qu'on parte tous du même pied, voilà de quoi parle ce pilote de Witchblade : Sara Pezzini est une femme-flic au caractère bien trempé, mais qui reste particulièrement touchée par la mort brutale de son père il y a plusieurs années ; il était flic, comme elle, et son partenaire est aujourd'hui le chef du precinct où bosse Sara, parce que dans les fictions le monde est toujours petit. Quand l'épisode commence, elle est sur une autre enquête qui la touche de près, et qui en apparence n'a rien à voir : son amie d'enfance, Maria, qui avait un peu mal tourné (drogue, prostitution...) vient d'être retrouvée morte dans une chambre d'hôtel, froidement abattue. Sara est convaincue que la pire crapule de New York, un homme du nom de Tommy Gallo, en est le responsable.
Bon, déjà je sais pas si c'est parce que j'ai de la fièvre et une bronchite de l'Enfer, mais j'ai pas du tout compris comment le nom de Gallo est venu sur le tapis. Pourquoi lui ? Aucune idée. Mais Sara est totalement obsédée par cette idée alors, euh, ok, on te suit ma grande.
Avec son partenaire Danny (le seul qui puisse supporter de bosser avec elle), elle décide donc de prendre Gallo entre quatre z'yeux, et se retrouve, en voulant courser son garde du corps, dans un musée. Et dans ce musée, elle va tomber sur un étrange gant, qui va s'avérer être le fameux witchblade, une arme qui l'a choisie et qui ne va plus la quitter, et qui va, à vrai dire, la sauver, lorsque le garde du corps pète une conduite de gaz et fait exploser l'endroit.

C'est là qu'enfin les choses démarrent vraiment. Car Sara est très vite troublée par d'étranges rêves, des visions perturbantes, et tout un tas d'autres manifestations qui ne font rien pour la rendre plus cohérente que d'habitude. Elle est également suivie par un homme mystérieux (dont on apprendra en cours de pilote qu'il s'appelle Nottingham, et qu'il bosse pour un encore plus énigmatique milliardaire du nom de Kenneth Irons, très intéressé par le gantelet), qui ne s'exprime que par énigmes sibyllines, semblant en savoir long sur le witchblade, mais bien décidé à ne lâcher que le strict nécessaire, et encore.
Bien que pas tout-à-fait dans son état normal, et on la comprend, Sara décide d'embarquer Danny dans une filture aux abords du Rialto, un ancien théâtre désaffecté où elle est convaincue de trouver un moyen de lier Gallo au meurtre de Maria. Bonne pioche : Gallo lui-même se montre, et alors qu'ils s'infiltrent dans le bâtiment dans l'espoir de trouver quelque chose qui incriminera le gangster, Danny et Sara sont découverts. S'en suit une fusillade pendant laquelle Danny est tué, mais Sara, grâce au witchblade, survit. C'est donc un nouveau deuil pour notre héroïne, et là, elle est sûre de péter une durite ; elle se voit même parler au fantôme de Danny après l'enterrement ! Mais quand, suivant le conseil du fantôme qu'elle croit être une hallucination, elle demande à l'ex-partenaire de son père (accessoirement son boss, si vous avez suivi) s'il n'y aurait pas des fois un secret qu'il lui cache, elle découvre... qu'elle a été adoptée. Cela aurait-il un rapport avec le witchblade (qui lui permet donc apparemment de parler aux morts aussi) ? Pas le temps de se poser de questions, car l'affrontement final avec Gallo l'attend...

Witchblade

Wow ! Tout ça.
Et pourtant, même si le scenario est assez simpliste, et en dépit de quelques longueurs, je vous le concède, j'ai trouvé ce pilote diablement efficace. Vraiment, j'étais emballée, et ce en dépit de la longueur (1h34, ce qui à une époque n'était pas ahurissant, mais on a perdu l'habitude des pilotes à durée double).
Il faut aussi se remettre dans le contexte : on est à mi-chemin entre la fin des années 90 (l'héroïne est en jeans trop grands, en cuir, et/ou en vinyle 90% du temps, la musique rock est partout, de tics de réalisation venus de l'univers du clip, etc...) et le début des années 2000 (avec ce que cela comporte d'effets à la Matrix, de montage poussé à son paroxysme, et ainsi de suite). Et on a, en matière de réalisation, quelque chose que je n'hésiterai pas à qualifier de meilleur des deux mondes. Sans compter qu'on était en pleine vague de séries surnaturelles, avec énormément de mystères et de secrets, et que ménager ses effets, on savait faire, on était en pleine vague X-Files après tout ; là encore, Witchblade s'inscrit profondément dans cette tendance.
Pour moi qui ai passé plusieurs années de mon adolescence devant The Crow, par exemple (oui, ma mère était fan, on regardait toutes les rediffs), on est un peu dans le même esprit, visuellement, pour vous donner un point de comparaison. Il y a quelques vrais moments de bravoure, même si certains effets (au stroboscope, notamment) vieillissent un peu mal, mais clairement, pour un téléfilm/backdoor pilot, il y a eu de la recherche esthétique, du travail au storyboard, et énormément de temps passé à trouver LE plan qui va faire un effet de folie.
Résultat, ce pilote est incroyablement bien fichu, et on oublie la majorité de ses petites bévues lorsqu'on voit ce que ça donne.

Ce n'est pas tant que la forme permette de faire oublier les aléas du fond, d'ailleurs. C'est simplement que, d'une part, il y a énormément de choses à raconter en une heure et demie, et que ça implique quelques raccourcis (l'enquête policière est un peu reléguée au second plan, mais depuis quand c'est le genre de choses dont je me plains ?), et surtout que, d'autre part, il y a une vaste mythologie à mettre en place, mais que les mecs, ils font un backdoor pilot, et ils ne veulent rien lâcher. Ce sont les règles du jeu.
Alors au lieu de ça, on va passer énormément de temps avec notre personnage central. Sara Pezzini étant une plaie béante, on a largement de quoi s'occuper. Loin de la caricature du personnage dur qui ne s'en laisse pas compter, on sent que c'est surtout une nana qui a méchamment morflé, et qui d'ailleurs n'a pas fini. La mort de sa meilleure amie, puis de Danny, les souvenirs agités par son boss, sans compter cette histoire de gantelet aux pouvoirs surnaturels, ça n'est pas très bon pour sa santé mentale. On va donc vivre ces traumatismes les uns après les autres à ses côtés ; même si on comprend un peu plus vite qu'elle c'est qu'est le witchblade, en tous cas dans les grandes lignes, on ne peut qu'apprécier la façon dont se déroulent ses cauchemars, ou les diverses manifestations du pouvoir de cette arme unique, capable de voir dans le passé, par exemple. Et le plus beau c'est que, même si ça semble super utile pour un policier, l'arme est très peu tournée vers le bénéfice professionnel de Sara ; elle ne s'en sert que lorsqu'elle est poussée dans ses retranchements, et physiquement attaquée. C'est fort sympathique parce que sinon elle aurait vite fait de résoudre toutes les enquêtes du precinct et ce ne serait plus marrant du tout.

Au final, le witchblade est avant tout une malédiction. Car à cause de lui, et des bouleversements que ce gantelet a occasionné, toute la vie de Sara est fichue par terre. Elle ne sait pas qui elle est, elle possède un pouvoir qui la dépasse, et par-dessus le marché, de temps à autres, le witchblade lui impose SA volonté, SON instinct de tuer, quelque chose que, plus que les pouvoirs eux-mêmes, il faudra que Sara contrôle, ce qui n'est évidemment pas sa plus grande qualité. Le witchblade peut-il "dévorer" Sara ? Que se passera-t-il si c'est l'arme qui finit par manipuler la guerrière ? Et dans tout ça, Sara fera-t-elle une dépression, ou a-t-elle une chance de trouver, un jour, le repos ? Va-t-elle totalement péter les plombs ? Et si elle le fait, qui sera en mesure de l'arrêter ?
C'est là que le pilote voulait nous amener, à ressentir le désarroi d'un personnage qui pourtant en a vu d'autres, et qui désormais peut basculer, une sorte d'animal paniqué qui a désormais de sacrées griffes ! Les éléments mythologiques ont dont plutôt une belle vocation dramatique, dressant un portrait tout en souffrances plus que d'une histoire de pouvoirs magiques millénaires. Et forcément, moi, ça me parle, ce genre de choix.

Witchblade-Comics

Malgré tout, quelques bémols. Et vous allez voir que, oui, même quand on a lu un malheureux numéro il y a près de 15 ans, on peut faire la chieuse et jouer à la puriste du dimanche.

D'abord, l'un des intérêts de Witchblade, ne nous mentons pas, était... l'esthétisme. Oui, voilà : formulons-ça comme ça !
Dans la version dessinée, comme vous pouvez le voir ci-dessus, Sara Pezzini est caliente de chez caliente, elle ne porte que des tenues minuscules et/ou moulantes, et il faut bien le dire, elle est un peu exhib' sur les bords. Pour notre plus grand bonheur. Dans la version télé, Yancy Butler est, euh... rha, comment le dire de façon diplomatique ? Un peu... distante. Sèche. Froide. Aussi bandante qu'un réfrigérateur. Pardon je m'emporte. Mais pas loin. En tous cas certainement pas pupleuse, disons ça. Et surtout elle reste habillée au maximum, ce qui est quasiment contre nature, vu que dans la version dessinée, dés que le witchblade se manifeste, Sara souffre de brucebannerite aiguë et ses vêtements implosent (et pas uniquement parce qu'ils sont trois tailles trop petits, mais on va y revenir).
Mais il faut le dire, personne ne fait beaucoup d'efforts de toute façon ; bon, il y a bien David Chokachi qui tente de se mettre torse-nu à un moment, mais l'héroïne s'endort séance tenante, c'est vous dire le degré d'érotisme de la chose. Et pourtant, Chokachi est le seul à ressembler à peu près à son alter ego dessiné (il faut dire qu'il n'est à peu près embauché que pour ça vu la teneur du rôle ; si jamais vous regardez le pilote, il faudra qu'on discute de la scène au club, par exemple !). Nottingham, qui est supposé être une énorme montagne de muscles ténébreuse, est ici planqué dans un manteau quadruple épaisseur (Toronto en février, c'est pas chaud, je le reconnais) et jette des regards de temps à autres par-dessous son bonnet, inutile de dire qu'on ne la sent pas trop, la chaleur avec Sara... Quant à Irons, c'est une vaste plaisanterie, l'acteur est maigrichon et n'impressionne personne. Déception, vous dis-je.

Bon, mais plus sérieusement, il y a un vrai problème à mes yeux : l'apparence du witchblade. Alors je comprends bien, la postprod, ça coûte un bras (ah ah), mais un vulgaire truc de métal, ça fait un peu miteux. Je crois que l'une des images les plus fortes que j'avais mémorisées de Witchblade, c'était celle ci-dessus (je me suis mise en chasse pour l'occasion, pas peu fière d'avoir mis la main dessus...). Le witchblade est dans la bande-dessinée une arme quasi-végétale, comme des ronces qui émergent du corps de Sara et qui la recouvrent, faisant péter ses vêtements au passage (et la faisant saigner aussi, si je me souviens bien ; un peu comme Wolverine, pour ceux qui suivent). Bon, ok, je le redis : c'est pas facile à faire, j'en conviens. Mais pourquoi opter pour une sorte de "tout l'un ou tout l'autre", et se retrouver avec un truc métallique ? On perdu une donnée importante du witchblade au passage ; car dans la version télé, cela ressemble surtout à une armure. Et une armure, c'est bien. Alors qu'une plante mutante qui vous pousse dans le corps, c'est plus ambivalent, quand même, ça vous blesse autant que ça vous protège... bon, moi je suis déçue qu'on perde une partie de cette dimension, quand même, voilà.

Mais surtout, et là je vais être totalement et absolument sérieuse... le pilote a beau être efficace et plutôt réussi, eh bien, je ne sais pas si j'ai envie de voir les 23 épisodes qui suivent. En fait, je crois qu'en regardant le pilote de Witchblade et en essayant de m'imaginer regarder ça pendant quelques semaines (ouais, c'est pas tout ça, mais j'ai mon marathon Scrubs à finir, en plus, vous savez, de tout le reste), c'est que ça doit sembler un peu répétitif et/ou longuet. Paradoxalement.
Et alors que j'essayais, plus tôt ce mois-ci, d'imaginer ce que donnerait une série "live" des X-Men, notamment parce que le livre X-Men and Philosophy laissait entrevoir des thématiques fascinantes qui ne pourraient jamais être approfondies dans un film comme elles pourraient l'être dans une série, soudain je me suis dit que, ouais, mais non. Parce que si on y réfléchit, des superhéros sans scènes de baston, c'est rare (et d'ailleurs le pilote de Witchblade en contient une ou deux qui ne m'ont pas captivée, fidèle à mon habitude). Or ça donnerait un tour très répétitif à notre affaire. C'est aussi pour ça que je suis contente d'en avoir fini avec les années 90, d'ailleurs, parce que mon Dieu, qu'est-ce qu'on en a bouffé des scènes d'action de tous poils...

Reste que pour une raison qui m'échappe, visionner ce pilote, qui n'a pourtant pas vieilli tant que ça visuellement (vraiment sur des détails, c'est promis), m'a fait opérer un voyage dans le passé. J'ai repensé à plein de séries que je regardais alors (au rayon séries fantastiques, mais aussi à Brooklyn South du fait de la présence de Yancy Butler ; et puis, David Chokachi est, dans l'esprit de tous les téléphages ayant connu les années 90, associé à Alerte à Malibu), des comics que j'avais tenté de lire, tout ça tout ça, et c'était assez sympa de faire ce voyage.
Dans ma fuite en avant pour voir toujours plus de pilotes (soit très exotiques, soit très anciens), j'en oublie parfois qu'il y a à peine 10/12 ans, on faisait des choses pas trop mal. Je crois d'ailleurs qu'on l'oublie tous assez facilement, dans l'ensemble, ces séries qui ne sont pourtant pas si vieilles ; elles ont la malédiction de n'être pas assez datées pour être des classiques, et pas assez récentes pour être mentionnées de temps à autres. C'est chose faite pour Witchblade, au moins. C'est déjà ça.
Bon, mais maintenant, je me demande si je vais pas me remater le pilote de The Crow, dites donc...

Et tout ça à cause d'un visionnage de la trilogie X-Men...

Posté par ladyteruki à 22:11 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

26-11-12

Heureux le grain de sable

En tant que téléphages ayant roulé notre bosse, on a tous l'impression, je pense, cycliquement, d'avoir atteint un degré d' "expertise" qui nous permette de prédire avec exactitude quelle série va trouver le succès, et surtout, quelle série est vouée à disparaitre dans les limbes, quelques semaines après le début de sa diffusion, sans laisser de trace... Et ce, bien souvent, avant même que les choses ne commencent factuellement à sentir le roussi.
A chacun ses outils pour le faire : certains analysent les grilles des chaînes, d'autres se réfèrent aux personnes impliquées devant ou derrière la camera, d'autres encore jugent sur pièce une fois qu'ils ont vu le pilote. Quelle que soit votre méthode... vous êtes surs de ne jamais avoir un taux de 100% d'exactitude.

Il n'y a jamais d'évidence en la matière. La qualité d'une série ne présume ni de sa réussite, ni de son échec, et inversement. Il n'y a même pas de séries pour lesquelles c'est tellement évident que c'est tout vu, parce que certaines merdes se ramassent quand d'autres continuent de brasser des fortunes 400 vanity cards plus tard. Parce que certaines réussites sombrent dans le néant, et d'autres parviennent à trouver leur public (trop fréquemment injustement taxé d'incapacité à regarder de "bonnes" séries).
Il n'y a que des cas particuliers.

Même lorsqu'on a son système et qu'on le pense infaillible (parce que plus le téléphage est expérimenté, plus il fait l'erreur de croire qu'il maîtrise son sujet), on se retrouve toujours comme deux ronds de flan à assister à l'annulation d'une série que rien ne prédestinait à être boudée par le public. C'est parfois à un tel point qu'on croirait que le sort s'acharne juste pour nous prouver qu'on s'était crus incollables sur l'industrie de la télévision !
Et le pire, c'est que pareil contexte est similaire quel que soit le pays ! (pourvu que ce pays pratique l'annulation, ce qui n'est par exemple pas le cas du Japon, exceptions mises à part, par définition)
Quand bien même une série a toutes les cartes en main pour fonctionner... parfois, elle ne fonctionne simplement pas.

Veda

C'est par exemple le cas de la série turque Veda, annulée la semaine dernière.
Ce weekend, me demandant ce qui avait pu ne pas coller, je me suis mise en quête du pilote... Je n'ai trouvé que les premières minutes (tous les fichiers sur lesquels je suis tombée s'obstinaient à être corrompus, mais je n'ai pas encore dit mon dernier mot et j'insisterai le weekend prochain), mais Veda a toutes les apparences d'une série qui aurait pu, qui aurait dû trouver son public.

Dans un contexte télévisuel où les séries historiques tiennent le haut du pavé (vais-je mentionner une fois de plus Muhtesem Yüzyil ?), à plus forte raison parce qu'il parle d'un passé dont les spectateurs turcs sont supposés tirer une grande fierté (l'empire Ottoman ; voir aussi : Muhtesem Yüzyil), et montrant des bouleversements du plus haut romanesque (j'ai pas les chiffres sous la main, mais avec le nombre de soaps que la Turquie a produits et même exportés ces dernières années, on peut s'autoriser à penser que les spectatrices aiment ça), c'était gagné d'avance. Pire encore, Veda était l'adaptation d'un roman à succès... bien-sûr à succès, comme si on adaptait souvent les autres pour du primetime !

Vous allez me dire : "ok, sur le papier, d'accord. Sur le papier, Last Resort était génialissime, après tout. Mais une fois qu'on voit ce que ça donne, on obtient quoi ?"... Eh bien un résultat drôlement décent, figurez-vous !
Une intrigue pas trop mal fichue (après tout, il y a un bouquin derrière), pour commencer, ce qui n'est pas négligeable. Niveau thématiques, on retrouve des questions de classes (limite Downton Abbey par moments), une romance impossible (rapport aux questions de classes), et de grands changements sociaux et politiques auxquels s'identifier. Ajoutez à cela des acteurs plutôt solides dans l'ensemble, les brebis égarées n'étant pas à un niveau qui pousse au suicide ; une réalisation réussie et aussi soignée que les plus gros hits du moment ; et surtout une reconstitution filmée de façon superbe (décors, costumes, la totale : les années 20 à Istambul, on s'y croirait), et très franchement tout est là. Tout ça, plus de très jolies filles dans de jolis vêtements avec de jolis bijoux. Bon, la musique est légèrement too much, mais c'est le cas de Muhtesem Yüzyil aussi. Non mais vraiment, qu'est-ce qui fait que la série n'a pas fonctionné ? Et quand la production a reçu l'ordre de Kanal D de faire des ajustements pour essayer d'attirer un peu plus le public, ça n'a pas plus marché non plus, pourquoi ?
Alors à qui la faute ? Aux grilles ? Peut-être ; je suis pas encore experte en grilles des chaînes turques après tout, mais si c'est le cas, clairement, une production aussi réussie (et probablement coûteuse) méritait d'être déplacée pour être sauvée.
Dans tous les cas, le petit bug, le minuscule incident, le grain de sable dans une horlogerie si bien huilée, a causé son annulation...

Mais il ne s'agit pas ici, pas vraiment, de parler spécifiquement de Veda. C'est sans doute plus facile de parler de l'annulation d'une série à laquelle je n'ai jamais eu l'occasion de m'attacher, aussi.
Simplement, ce genre d'aventure me rappelle combien le sort d'une série n'est jamais joué d'avance. Intellectuellement, je crois que nous le savons tous ; les chaînes et networks eux-mêmes le savent bien, qui parfois semblent commander des séries en dépit du bon sens, juste pour faire un pari sur l'avenir, de jouer leur case horaire à pile ou face.
Parfois, ce pari est perdu. Mais personne ne peut s'enorgueillir de toujours savoir de quel côté la pièce retombera.
Je trouve l'aventure de Veda, comme tant d'autres, nous fait faire l'expérience d'une forme d'humilité, à nous qui passons peut-être juste un peu trop de temps à essayer de comprendre comment cette industrie fonctionne. Peut-être qu'à un moment, une fois de temps en temps, il faut se souvenir que personne n'en maîtrise réellement les rouages ; que tous les livres, les sites, les news, soigneusement potassés et/ou mémorisés, ne changeront rien au caractère ponctuellement imprévisible de cette industrie.

Et quelque part, même si je trouve ça triste pour ces bonnes séries qui sont annulées (et triste pour toutes ces mauvaises séries qui survivent, quand même, un peu, dans le fond), j'ai l'impression que cette imprévisibilité me ramène à quelque chose d'appréciable dans ma façon d'appréhender l'industrie des séries, au sens où l'effet de surprise ne disparait jamais vraiment. Au sens où parfois, j'arrive à trouver ce court moment pendant lequel je me dis que je ne peux être blasée, jamais, du fonctionnement du milieu télévisuel. Et au sens où, l'espace d'une seconde, j'arrive à me retrouver dans la peau de la lady d'il y a 15 ans, qui avait l'impression de ne rien savoir et d'avoir un océan de choses à apprendre et à comprendre sur l'univers de la télévision.
C'était, paradoxalement, très appréciable, d'être cette spectatrice ; je ne rendrais tous mes bouquins spécialisés et ma collection de favoris sur internet pour rien au monde, mais je suis contente de la retrouver de temps en temps, cette spectatrice, et de ressentir avec elle l'émerveillement d'une vaste mécanique dont on ne connaîtra jamais le secret de chaque rouage.

Posté par ladyteruki à 23:45 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

25-11-12

Citizen Jamais

Comme chacun sait, la téléphagie a horreur du vide. Grande est la tentation, lorsqu'on finit une série d'un certain genre, de vouloir la remplacer dans notre programme par une série ayant des points communs. Et comme je lis peu de littérature sur mes séries anglophones avant de les commencer, ce point commun peut parfois être extrêmement ténu.
Maintenant que la saison 2 de Threesome est terminée, je voulais donc me lancer dans une nouvelle comédie britannique. Je m'étais tournée vers Citizen Khan. whisperintherain, dans le cadre de notre défi, devra s'y coller aussi... et j'espère qu'il n'est pas trop tard pour tenter de l'en décourager, avant que l'irréparable ne se produise.

CitizenKhan

La principale raison pour laquelle je regarde des séries, à plus forte raison dans le cadre de ce défi qui consiste à ne pas en laisser de côté, c'est parce que j'aime imaginer ce que c'est que de vivre une vie totalement différente de la mienne. Essayer de marcher, pendant quelques pas, dans les chaussures de quelqu'un d'autre, puis réintégrer les miennes au bout de 25mn à 1 heure, parce qu'elles sont à ma taille ; mais avec une compréhension du monde un tout petit peu, je l'espère, élargie.
Alors faisons ça, voulez-vous ? Glissons-nous dans les chaussures de quelqu'un d'autre.

J'aimerais savoir ce que ça fait d'incarner le rôle principal de Citizen Khan. De l'avoir, également, créé et co-développé.
Ce que ça fait de créer un personnage dont on sait qu'il n'est pas bien épais, parce qu'on connait bien le temps qu'on a passé à s'imaginer son background comparé au nombre d'heures passées à imaginer son accent et ses mimiques devant le miroir de la salle de bains.
Ce que ça fait d'écrire un texte dont on connaît et on assume (du moins l'imagine-t-on) chaque gag, chaque plaisanterie.
Ce que ça fait de répéter le texte avec ses partenaires et de commencer à avoir une idée assez précise de la façon dont tout cela va sonner.
Ce que ça fait de se lever un matin pour aller au studio, de prendre sa voiture en, peut-être, essayant de réciter quelques lignes de dialogues qu'on craint d'avoir mal mémorisées, et d'aller enregistrer un pilote ; de refaire la check-list dans sa tête : le costume, c'est bon, les décors, normalement c'est bon.. Est-ce quand dans sa voiture, que je présume être tout-à-fait "normale" et pas nécessairement un modèle comparable à celui du personnage, Adil Ray a essayé de repenser à la façon dont il en était arrivé là ? Ou s'est-il dit qu'il pouvait peut-être prendre le temps de s'arrêter faire le plein, même si ça ferait un peu juste en cas de bouchons ?

Est-ce que c'est un projet auquel Adil croyait vraiment ? Ou bien voulait-il juste vendre un projet à une chaîne, et advienne que pourra ?
Ressent-il Citizen Khan comme un défi créatif ? Y a-t-il des moments où, pendant l'écriture, il se relit et pense sincèrement qu'il doit faire mieux ? D'ailleurs combien de drafts jetés dans la corbeille de son Mac, jugés par lui insuffisants ou pas assez drôles ?
Quand il dîne avec ses amis, Adil leur tape-t-il dans le dos d'un air ravi en leur disant "eh bah, mate, on dirait bien que ça y est, j'ai réussi à avoir ma propre série !" ou bien leur reverse-t-il un verre en ricanant "t'avais parié que personne m'achèterait mon script, allez je suis beau joueur, le vin est pour moi ce soir !".
Quand il essaye de tomber une fille, et qu'il dit qu'il travaille à la télévision (où effectivement, sous la barbe factice, il est méconnaissable), Adil raconte-t-il avec quelle série il a réussi à se rendre célèbre ? Et si c'est le cas, dit-il cela avec un ton fier, ou préfère-t-il opter pour l'auto-dérision histoire de ne pas rentrer tout seul ce soir ?

Et plus tard, bien plus tard, lorsqu'il a vu le résultat final, puis lorsque son pilote a été montré pendant un showcase apparemment consacré aux sitcoms, Adil s'est senti fier de Citizen Khan ? Quand la polémique a fait rage, a-t-il trouvé que les gens exagéraient, réagissaient totalement à côté de la plaque, passant à côté de ce qui le rendait satisfait d'avoir travaillé sur ce projet, ou a-t-il secrètement convenu qu'il n'avait pas franchement fait un boulot épatant ?
Quand une deuxième saison a été commandée, a-t-il simplement décidé d'appeler un entrepreneur pour refaire la cuisine, ou s'est-il dit qu'il avait réellement réussi quelque chose d'un point de vue artistique ?

Je peux croire, et je peux même admettre, qu'on travaille dans un milieu artistique (ou à peu près) de façon alimentaire. Par exemple, je doute qu'Alan Cumming compte The High Life parmi ses plus grandes fiertés à ce jour. Mais à quel point est-ce fait de façon consciente ? A quel point les premiers concernés sont-ils dans la confidence que leur série est absolument ridicule ?

Autant de questions, je suppose, auxquelles je n'aurai jamais la réponse. C'est la limite de l'art de marcher dans les chaussures de quelqu'un d'autre, j'imagine... on peut le faire pour les personnages, pas pour ceux qui les créent. Aucune interview, aucune autobiographie, même, ne répondra jamais à ces interrogations, que les créateurs, j'en suis convaincue, gardent jusque sur leur lit de mort.
Mais dans le cas de Citizen Khan, j'ai quand même de fortes présomptions d'avoir sauté à pieds joints dans de la merde.


Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:38 - Review vers le futur - Permalien [#]

24-11-12

Ah, si j'avais les tripes...

Halloween, c'était il y a près d'un mois. A ce moment-là, il était fort opportun de parler de bestioles dégueulasses un peu partout ; pour ma part, j'ai sorti ma carabine et tiré au gros sel sur plusieurs d'entre eux depuis mon balcon (eh, pas de jugement, chacun s'amuse comme il peut ce soir-là), c'était de saison. Hélas pour moi, certains monstres occupent ma vie même le reste de l'année.

Lorsque The Walking Dead a débuté, c'était à l'occasion de Halloween (on avait fait un SeriesLive Show spécial sur les horreurs diverses et variées, zombies, vampires, CW, etc., je m'en souviens comme si c'était hier, ce genre de traumatisme ne s'oublie pas), et quand vient Halloween, depuis, il m'est impossible de ne pas penser au moins une fois à cette série. Peut-être avec une bonne thérapie et un hypnotiseur de talent, je pourrais me débarrasser de ce réflexe, mais en attendant, ça fait deux années de suite que ça me le fait. Je lis également les réactions des uns sur Twitter, quelques articles çà et là, enfin grosso-modo, il m'est très difficile d'oublier que The Walking Dead existe.
Au bout d'un moment, à force de lire des retours, d'entendre dire que des fois il se passe même des trucs pas trop mal (apparemment, le personnage de Carl a l'air d'avoir de bons moments par exemple, ce qui me surprend vu le souvenir que j'en ai), alors je me dis : tant qu'à y penser, ce qui semble de toute façon incontournable, autant regarder. Ca se trouve, on sait pas, cette terreur stupide des zombies pourrait me passer.

Pourtant je devrais savoir que non.
J'ai quand même regardé une saison entière de The Walking Dead, et même le season premiere de la saison 2, et je sais bien, de par le nombre d'heures que j'ai passé dans mon lit, les yeux sur la porte, à guêter le moindre bruissement dans le couloir, aux nombre de fois où je suis passée devant la porte d'entrée et où je me suis demandé si un zombie m'entendrait passer s'il était de l'autre côté, au nombre de fois où j'ai essayé de calculer combien de temps je tiendrais si j'étais enfermée dans mon appart et que je devais vivre uniquement avec mes réserves ; à ces détails et mille autres, je sais bien que non, non regarder The Walking Dead ne crève absolument pas l'abcès : ça entretient ma peur ridicule et infondée des semi-humains qui mangent d'autres humains. Mon Dieu, rien que de l'écrire...

Sijavaisdestripes

Pourtant parfois, je me dis que j'aimerais bien regarder une série comme celle-là, ça me changerait de ce que j'ai d'ordinaire dans mon programme téléphagique, qui actuellement n'est composé que de comédies et de dramas.
Et puis ça doit être cool d'avoir dans son programme plusieurs séries qui durent plus de deux saisons. Là, j'ai pas trop l'habitude, en-dehors de The Good Wife et Raising Hope. D'ordinaire mes séries préférées se font annuler bien avant ça. C'est d'ailleurs une malédiction qui fait un peu peur aussi, mais différemment.
Sans parler du fait qu'il y a des gens qui regardent la série dans ma timeline et que ça serait sympa d'avoir un nouveau sujet de conversation avec eux. Je regarde quand même très peu de séries à vocation "sociale", et le fantastique et la SF restent les genres qui s'y prêtent le mieux, faut pas se leurrer. Ou alors il faut m'indiquer où se trouvent les comptes Twitter où l'on peut disserter à n'en plus finir des épisodes de Nashville !
Et puis peut-être aussi que je me dis que, si d'autres arrivent regarder cette série sans passer le reste de la nuit avec les yeux écarquillés dans le noir, bah j'aimerais bien aussi en faire l'expérience, à mon tour, de ce concept de se faire peur devant une fiction POUR SE MARRER (les gens sont fous). Moi... je me marre jamais quand je vois ces abominations-là ! Je voudrais bien voir ce que ça fait.
Ah, si je n'étais pas une chochotte...

Bon allez, c'est pas grave. En matière de morts vivants, je pourrai toujours me tourner vers Les Revenants. Et puis là, pas sûr qu'ils boustiffaillent des humains, en prime.

Posté par ladyteruki à 23:08 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

23-11-12

Let's work it out

Il s'en est fallu de peu. On est passés à ça de la catastrophe. Pour être sincère avec vous, j'ai bien cru que j'allais écrire une critique négative de la deuxième saison de Threesome. Heureusement, il n'en est rien, mais hélas la review de la nouvelle saison de la petite comédie britannique sera bien moins extatique que celle de la première, autant vous prévenir...
Ah, et évidemment, je ne devrais pas avoir à vous le dire, mais quand on lit un bilan, à plus forte raison sur la deuxième saison d'une série... il faut s'attendre à quelques spoilers.

Threesome-Baby

Mitch, Alice et Richie revenaient donc pour un second round, après un absolu sans faute l'an dernier, ou en tous cas, quelque chose qui y ressemblait fortement. C'était d'ailleurs pour cette raison que Threesome comptait parmi mes coups de coeur de l'automne dernier, et accessoirement, l'un de mes deux coups de coeur britanniques de toute l'année 2011 (avec The Café, qui d'ailleurs ne reviendra pas avant février environ ; pire encore, la sortie des DVD a été repoussée).
La saison 1 s'était achevée assez logiquement avec l'accouchement d'Alice, dans un épisode absolument parfait, au rythme impeccable, et capable de jongler avec une agilité folle entre comédie et tendresse. Mon Dieu que j'avais aimé ce final ! Il augurait du meilleur pour la suite. En quelques épisodes, l'univers de la série, ses personnages, son humour et ses mécanismes avaient parfaitement été établis. S'amuser dans ce cadre de jeu comme des enfants dans un parc en plastique serait à n'en pas douter une corne d'abondance téléphagique.

Mon tort a contraire été de revoir la 1e saison à l'occasion du début de la diffusion de la 2e, en fait. Car c'est avec le season premiere de toute l'histoire des season premieres que Threesome fait son retour. Je ne m'explique tout simplement pas comment on en est arrivés là : pas de Lilly, un Mitch qui tout d'un coup (pour une raison qui ne nous sera jamais expliquée et qui n'a certainement d'origine cohérente nulle part) veut devenir prof et doit donc retourner au lycée pour avoir une bonne note au bac en maths, et des séquences interminables en milieu adolescent, avec notamment un élève dont on ne comprend pas un seul instant pourquoi la série lui consacre autant de temps (il s'avère qu'il débarque ensuite dans Cuckoo, ceci expliquant peut-être cela ?). Si encore Threesome avait décidé de faire ce genre de choses en cours de saison, j'aurais grincé des dents, mais j'aurais compris. Mais dés le début de la saison, c'est ridicule, on ne retrouve ni les personnages ni la dynamique qu'on aime, le contexte a changé, on dirait en gros que quelqu'un a fait tout son possible pour tuer la poule aux oeufs d'or. On ne saura jamais ce qui s'est passé dans la tête de l'équipe de production, je suppose, mais c'est le genre de cas qui se règle sur un divan de psychiatre ou même dans une chambre capitonnée, parce que des tendances suicidaires à ce point, c'est inquiétant.
Le deuxième épisode nous tirera de ce guêpier... pour nous fourrer dans un autre. Cette fois, c'est la vie professionnelle de Richie qui nous intéresse ; on a affaire pour changer à une espèce de comédie de bureau où l'assistant impossible de Richie accumule les pitreries et les étrangetés, la colère de Richie progressant à peu près au même rythme que celle du spectateur. Le seul avantage de cet épisode par rapport au précédent, c'est que quelques séquences à la maison jalonnent l'épisode : il s'agit de celles montrant Mitch et Alice qui, devenu passant plus de temps à la maison, font une petite crise de nerfs commune (de type "comment ça, je ne travaille pas vraiment ?" qui fonctionne plutôt bien). Mais ça reste quand même assez dur à avaler que de devoir courrir après ce genre de petits moments.

Les choses vont progressivement s'arranger, à mesure que la saison avancera. Ainsi, certains épisodes seront un peu plus sympathiques que d'autres ; avec quelques bonnes idées, il est arrivé que de bonnes idées soient mises sur le tapis, sources de quelques rires véritables, mais rares.
Cependant, sur une saison qui compte 7 épisodes, il faudra véritablement attendre, accrochez-vous... le 5e épisode, pour que la série retrouve son rythme ! C'est incompréhensible ! Comment au passage a-t-on échoué au lycée, au bureau de Richie et, oh horreur, au centre commercial, je ne me l'expliquerai jamais, surtout alors que la première saison avait su trouver ses marques presqu'instantannément ! Ca dépasse l'entendement.

Les trois derniers épisodes de la saison seront, fort heureusement, fidèles au délire des débuts. L'esprit de répartie, de rythmpe, de métaphore, et de cohésion des personnages redevient tangible ; on sort moins de la maison, on cherche plus à s'intéresser à la façon dont le trio s'organise et vit en bonne harmonie, et c'est exactement ce qu'il fallait, retrouver ces séquences où les trois acteurs principaux peuvent faire ce qu'ils savent faire, plutôt que de tenter à tout crin d'élargir leur univers de façon surréaliste et/ou téléphonée.

Bien qu'ayant adoré l'épisode concluant cette nouvelle saison, je dois dire qu'il est symptômatique de tout ce qui a cloché dans cette nouvelle fournée. Souvenez-vous : dans le pilote, Mitch avait demandé Alice en mariage en apprenant qu'elle était enceinte du bébé de Richie... mais depuis, de mariage, il n'avait plus du tout été question ! Au contraire, la saison commence comme si ça n'avait jamais été à l'ordre du jour. Le simple fait que cet oubli ne soit pas réparé avant le season finale démontre qu'il y a vraiment eu un couac : ce qui manquait à cette saison, c'était un fil rouge, comme la grossesse d'Alice l'avait fait l'an passé ; à travers un objectif clair, les trois amis auraient pu affronter des challenges autrement plus divers que devoir prendre des photos dans un centre commercial, mettant réellement en perspective leurs personnalité et le fonctionnement de leur ménage à trois. C'était la formule gagnante ! Au lieu de ça, errant sans but, les intrigues se succèdent et conduisent soudainement à un mariage qui, évidemment, n'est pas aussi simple que prévu. Le revirement de situation est un peu énorme, mais il permet tant de petites répliques croustillantes et tant de tendresse, que ça fonctionne ; cependant, si le problème avait été soulevé plus tôt dans la saison, on aurait moins l'impression que ce revirement a été pêché au dernier moment dans un chapeau contenant des prétextes ridicules pour empêcher un mariage. Que ce mariage revienne sur le tapis rapidement, même si au final l'épisode est plutôt bon, est la preuve des carences de cette saison.

La deuxième saison de Threesome aura donc été très inégale, et encore, c'est un euphémisme. Mais au meilleur de sa forme (comme pendant le huis clos dans le boxe, un grand moment d'anthologie, fidèle à l'identité de la série), la série prouve qu'elle a encore bien des choses à dire et à faire, et que la naissance de Lilly ne sonnait pas la fin du concept.
Seulement, il fallait accepter l'identité de la série, plutôt que de vouloir absolument changer d'horizon ou de formule pour une raison qui m'est encore, à l'heure actuelle, totalement inconnue. Si l'épisode 5 fonctionne si bien, c'est parce qu'il met le trio face à : son petit délire encore un peu enfantin, ses choix d'adultes (qui d'ailleurs ouvrent la porte à une troisième saison, même si les épisodes 6 et 7 n'y feront plus allusion), et l'un de ses démons, en la personne de la mère d'Alice (qui d'ailleurs dans le season finale, où elle revient pour mon plus grand bonheur, elle aura encore de petites surprises à nous montrer, comme elle avait su le faire dans le final de la saison 1). Sans compter que comme par hasard, la réalisation revient au top en fin de saison en même temps que les scénarios, et ceux-ci se truffent à nouveau d'auto-références riches qui faisaient de la première saison une gourmandise. Comme un déclic...

Quand on connait son boulot, ses personnages, son cast, et toute la mécanique formidablement bien huilée qui fait que ça marche, pourquoi se perdre de cette façon en saison 2 ? Ca reste un grand mystère. Ce n'est même pas comme si la série avait voulu ajouter une dimension avec cette nouvelle salve d'épisodes ; c'est plutôt comme si on avait voulu en ajouter plein mais qu'on ne savait pas quoi choisir au final, et qu'on s'était autorisé à aller dans toutes les directions, un épisode à la fois, avant de se raviser et revenir à ce qui fait l'âme de la série.

Pour une comédie qui a des saisons si courtes, ce genre de bévues peut être très dommageable. Mais grâce à son rattrappage dans la dernière ligne droite, Threesome tient toujours une grande place dans mon coeur, et si la série est renouvelée pour une troisième aventure, je la suivrai avec plaisir. Parce que dans ses meilleures heures, je sais ce dont elle est capable. Mais j'avoue être tout de même un peu triste de ne pas quitter Mitch, Alice, Richie et Lilly avec le même enthousiasme qu'il y a un an de ça...

Posté par ladyteruki à 22:41 - Review vers le futur - Permalien [#]

22-11-12

X-posé

Il est extrêmement rare que je parle des livres que je lis ou des films que je regarde, et, quand je le fais, il est encore plus rare que je fasse un follow-up. Mais après avoir parlé de la franchise cinématographique X-Men (pour ceux qui l'auraient loupé, ce post est ici), j'ai acheté le seul ouvrage que j'avais trouvé sur le sujet, et je voulais vous en toucher deux mots.

Ce livre, c'est "X-Men and Philosophy : astonishing insight and uncanny argument in the mutant X-verse" (I see what you did there...), et c'était ma lecture de la semaine.

Et meeerde, on est jeudi soir, qu'est-ce que je vais lire demain, ça va fausser toute ma belle organisation de lecture hebdomadaire ?!

XMenandPhilosophy

Vu que mes interrogations au début du mois portaient sur l'absence de littérature permettant au néophyte d'entrer dans le monde très touffu de l'univers X-Men, où un glouton ne retrouverait pas ses petits. Quand on n'a pas la chance de lire les comics depuis les années 60 et qu'on veut aller plus loin que les films, comment procéder, sachant que tout le monde n'a pas le temps (ni le budget) de s'envoyer plus de 500 tomes de comic books ? Voyons cela en quelques questions.

- A quoi ressemble ce bouquin ?
A un recueil d'essais. Comme apparemment tous les ouvrages de la collection "...and Philosophy", (oyez, oyez téléphages, il y en a sur Lost, Mad Men, 30 Rock, Dr House ou encore Arrested Development apparemment ; pour ma part je pense m'envoyer celui sur Battlestar Galactica dans un avenir proche), ces ouvrages sont avant tout une compilation de réflexions par des auteurs variés, chacun sur un sujet différent (les sujets sont regroupés par chapitres thématiques plus globaux), et avec un ton qui lui est propre. L'avantage c'est que ce ne sont pas 230 pages de monologue philosophique pompeux, mais que, chacun se sachant limité en espace, et les thèmes étant très diversifiés, on peut sans peine lire un texte, puis un autre un chapitre plus loin, revenir en arrière, etc... Aucune chronologie ni interdépendance entre les essais (tout au plus quelques rares renvois pour creuser une question rapidement soulevée pendant un paragraphe), entre 10 à 15 pages pour chaque texte, sont des ingrédients qui permettent potentiellement une grande liberté de lecture. Je l'ai pris dans l'ordre sans chercher à pinailler, mais je pense que c'est bon de savoir qu'il existe une autre option.

- Est-il malin de lire X-Men and Philosophy quand justement on ne connaît pas grand'chose de l'univers ?
C'est une question que je me suis posée avant l'achat. Le fait qu'il y ait plusieurs textes, de plusieurs auteurs, sur différents thèmes, répond à la question à la normande : parfois oui, parfois non. Mais en-dehors d'un auteur qui se croit suffisamment malin pour fanfaronner, en substance,"et si vous ne connaissez pas cette intrigue, eh bah allez la lire et revenez me voir", tous font preuve d'assez de pédagogie pour nous donner les éléments nécessaires à la compréhension de leur texte, quand bien même des références sur le support d'origine serait manquantes au lecture.

- Les auteurs ont-ils lu les comics ou juste vu les films ?
Là encore ça dépend des auteurs. Certains touchent vraisemblablement leur bille, et maîtrisent les tenants et aboutissants d'intrigues uniquement éditées au format papier pour le moment (je dis pour le moment car Bryan Singer bosse sur une adaptation de Days of the Future Past, d'ailleurs j'ai encore plus envie de voir ce film de la franchise maintenant !), d'autres se sont visiblement contentés de regarder les films, voire, parfois, je le suspecte, juste un ou deux, et pour autant cela fonctionne très bien. Selon votre degré de connaissance de l'univers X-Men, vous vous sentirez probablement plus d'affinités avec certains auteurs que d'autres. C'est tout-à-fait normal, mais avec les autres, l'intérêt de votre lecture n'en sera pas diminué, rapport à l'aspect pédagogique évoqué plus haut notamment.

- Cet ouvrage a-t-il pour objectif de disséquer la philosophie évoquée dans la franchise, ou prend-il le prétexte de parler d'un phénomène de popculture pour en réalité fournir un ouvrage à vocation uniquement philosophique ?
On se rappelle qu'effectivement c'est extrêmement rédhibitoire pour moi que de prendre un support pour prétexte juste pour pouvoir justifier de vendre un ouvrage sur la philosophie. Eh bien, là encore, devinez quoi : ça dépend. Un nombre très restreint d'essais montrent, de par le faible niveau d'implication de l'auteur dans la franchise, les rares références à de vrais éléments (par opposition à un simple name-dropping), et même, une fois, le ton du texte, prouvent que les auteurs sont là pour parler de concepts philosophiques et certainement pas de X-Men. Mais en règle générale, même si c'est à un degré variable, les auteurs se donnent quand même du mal pour tirer leurs questionnements de l'univers, au lieu de simplement utiliser l'univers comme exemple pour leur cheminement de pensée. Et dans ce cas-là, c'est intéressant, mais c'est pas du tout ce que je viens chercher, je l'admet.

- Et euh, je veux pas avoir l'air tout-à-fait intellectuellement paresseux mais... c'est chiant à lire à quel point ?
Ouais, je sais bien ; moi non plus les cours magistraux de philo, c'était pas ma tasse de thé. Et j'ai fait L, alors on en avait pour 8h par semaine à tirer. Je comprends. Bon, je vous rassure, globalement c'est un bouquin fascinant. Alors après, je vais vous refaire une réponse à la normande : parfois, notamment quand les auteurs ne font que semblant de s'intéresser aux X-Men (je donnerai pas de noms, mais yen a un qui vraiment n'y met pas du sien), et qu'il s'agit juste d'écrire un essai prise de tête et complexe sans même faire totalement l'effort de vulgariser les concepts, eh bien, bon, parfois, c'est un peu chaud.
Mais en grande et large majorité, les textes sont intéressants, bien écrits, et pour certains, même, truffés d'humour (il y a deux-trois auteurs qui peuvent légitimement se reconvertir dans le stand-up), rendant la lecture très sympathique. Qui plus est, la variété des auteurs apporte aussi quelque chose de plus inattendu : le sujet choisi. L'un d'entre eux choisit de parler de la façon dont Deadpool a conscience de sa propre existence en tant que héros de comics, et au final, non seulement on a droit à une explication de texte extensive des BD, mais en plus, on a tout simplement un cours sur la narration en matière de bande-dessinée ! Pour un autre, on aura droit à un suivi très linéaire des deux intrigues principales de Layla Miller, avec en fait une explication de texte poussée. Pour un troisième, c'est un renvoi constant entre les problématiques posées par Mister Sinister et ses expérimentations génétiques qui permettra de dresser une sorte d'inventaire des problématiques dans ce domaine. Une autre auteur picorera au contraire des dizaines d'exemples pour parler de la condition féminine dans X-Men. Et ainsi de suite. Chacun son sujet, son angle, son point de vue. Ca donne une lecture toujours pleine de surprise, où la routine ne s'installe jamais, et qui dépasse, surtout, le simple principe de parler de philosophie.
Mais pour ce qui est des concepts eux-mêmes, tels qu'abordés dans le bouquin, bon, c'est sûr que ça change de la lecture de Voici/Voilà/Voilou dans le métro, hein, on va pas se mentir. Pourtant, c'est tellement souvent bien troussé qu'on se laisse facilement embarquer dans des sujets parfois complexes et denses. Certains essais méritent, je vous le dis tout net, de préférer lire un paragraphe ou deux au calme. Mais globalement, je lisais dans le métro et ma compréhension des idées avancées et disséquées n'en était pas altérée (pourtant j'ai la capacité de concentration d'un enfant de 2 ans quand je suis dans le métro, j'entends même les gens mâcher du chewing gum de l'autre côté du wagon).
Et puis, allez, on est entre nous, hein : si un chapitre vous donne mal au crâne, je suppose que vous pouvez le zapper (enfin, euh : y revenir plus tard, bien-sûr, héhé), personne ne le saura ! Pour ma part je n'en ai eu envie qu'une fois, et quand j'ai décidé de ne pas le faire, je ne m'en suis pas portée plus mal.

- Bon mais alors, surtout : peut-on apprendre des choses sur l'univers X-Men en lisant X-Men and Philosophy ?
Oui. Oui, oui, oui et oui. J'ai appris plein de choses sur certaines storylines, comme House of M qui me fascine, ou Days of the Future Past justement. Bon, ça n'a pas l'air non plus d'être les intrigues les plus obscures de l'univers X-Men, mais n'empêche, c'est déjà ça. Ponctuellement, les chapitres les plus ambitieux sur cet angle sont aussi capables d'aborder des personnages absents, ou au mieux totalement secondaires, dans les films, tels qu'Apocalypse, Madrox, Layla Miller, Kitty Pryde, Angel, ou encore Deadpool (bon, pas forcément sur l'angle qui me fascinait le plus, mais c'est pas une raison). Toutefois, ce n'est pas la vocation de ce livre que de vous permettre de parfaire votre connaissance du sujet, c'est plus à prendre comme un copieux bonus non-négligeable.

Alors évidemment, il manque toujours un immense ouvrage qui ne ferait que de l'explication de texte, par exemple. Qui synthétise la timeline des intrigues principales de la série. Qui décide de tout simplement proposer une intrigue inédite sous forme de roman (apparemment ça a été le cas dans les années 90 mais d'une part, c'était une période si faste pour la franchise que je doute qu'un néophyte puisse commencer par là, et puis d'autre part, bonne chance pour mettre la main dessus, ça doit être méchamment collector). Je n'ai pas encore trouvé l'encyclopédie qui me permettrait de feuilleter quelques pages de temps à autres pour m'impregner de l'univers, ou le recueil de citations qui me servirait à prendre la mesure de certaines profondeurs atteintes au détour d'un comics, comme j'ai pu le faire pour Star Trek (ma façon de découvrir cette franchise reste mon idéal pour appréhender un univers popculturel complexe, je dois dire).

Mais pour autant, si le monde des X-Men vous intéresse, et que vous aimez bien une lecture intelligente en prime, je recommande cet ouvrage. Testé et approuvé.

Voilà et maintenant j'ai rien à lire pour demain, je vais être d'une humeur de chien. Je pourrais le prendre avec philosophie... mais bizarrement, non.

Posté par ladyteruki à 23:25 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

21-11-12

In vino veritas

L'expérience Intersexions avait été un véritable succès (j'espère d'ailleurs que la saison 2, une fois qu'elle sera diffusée, sortira également en DVD), et maintenant que j'avais trouvé un fournisseur pour mes coffrets sud-africains (voir le test de Kalahari.com ici) capable de me procurer des DVD en zone 2 avec plein de séries absolument introuvables autrement, je n'avais pas l'intention de m'arrêter là. Le simple fait que ces séries soient impossible à télécharger, ou même regarder en streaming même si j'ai ça en horreur, fait cependant que commander un coffret sud-africain est sans nul doute devenu une expérience relevant de la roulette russe, étant donné que tout ce que je sais d'une série avant de faire l'acquisition de ses épisodes, c'est son pitch... Or, un pitch peut être trompeur, et surtout, il n'est pas parlant sur les qualités d'une série.
Parmi mes emplettes du mois d'octobre, on comptait donc Known Gods, une série dont je savais uniquement le postulat de départ, sur lequel je vais revenir dans un instant, ainsi que sa longueur : 26 épisodes, diffusés sur la chaîne câblée à subscription M-Net voilà une demi-douzaines d'années. Or, quand on prend des risques, autant ne pas commencer par se lancer dans une série de plus d'une saison : c'est essentiellement là que désormais se placent mes critères lorsque j'achète des DVD à l'aveuglette. Si on m'avait dit ça il y a quelques années, non seulement je ne l'aurais pas cru mais j'aurais fait des démarches pour faciliter l'internement en milieu psychiatrique de mon interlocuteur... c'est fou de voir comment les pratiques peuvent changer sous l'effet de la curiosité.

KnownGods

Contrairement à ce que pourrait éventuellement laisser évoquer son titre, Known Gods n'a pas grand'chose à voir avec la religion ou le surnaturel. Il s'agit pourtant d'une série au genre difficilement définissable, voyez plutôt.

Tout commence dans une vallée un peu refermée sur elle-même, qui autrefois accueillait un seul vignoble, et qui aujourd'hui est divisé en quatre domaines : Rossow, Le Fortune des Vins (en Français dans le texte), Smoorberg et Mount Jolley. On y exploite le vin chez les quatre riches propriétaires qui se divisent la terre, mais il ne semble pas y avoir outre mesure de compétitions ou de jalousies (ce qui aurait pu laisser imaginer une parenté involontaire avec l'espagnole Gran Reserva) ; au lieu de ça, quand le pilote commence, plusieurs des figures importantes de la vallée assistent à un concert d'opéra, une tradition depuis bien des années qui se tient dans les bâtiments de Rossow. Malheureusement, lorsque le lendemain, le corps de Deetlef Koen, viticulteur de Rossow, est découvert dans une cuve à vin vide, il semble clair que tout ne va pas si bien au royaume des vignes. Et devinez quoi, il semblerait qu'il ait été tué pendant le récital.

En effet, la micro-société composée par les quatre familles fait illusion en matière de bon voisinnage, mais nous apprenons d'entrée de jeu quels sont les petits secrets de chacun. Pour nous accompagner dans cette revue des troupes, la voix-off d'Hermien Liebenberg, une vieille femme qui est propriétaire du cotage situé sur la propriété de Smoorberg. Je dis "vieille femme", mais on n'est pas ici en présence d'une petite mémère inoffensive ; au contraire, Hermien n'a pas la langue dans sa poche, présente encore plutôt bien pour son âge, et se montre d'une acuité et d'une sensibilité qui font certainement d'elle, au vu de ce pilote, le personnage le plus complexe de Known Gods. C'est aussi, de toute évidence, l'une des amatrices de ragots du coin, et c'est ce qui lui vaut d'être notre hôte en ce début d'épisode, alors qu'elle assiste au concert et qu'elle nous introduit un grand nombre des personnages, ainsi que leur dynamique, et notamment, qui trompe qui avec qui. Evidemment, ça peut paraitre soapesque, mais comme il apparait très vite qu'un meurtre se déroule à quelque pas du récital, vous vous doutez bien que ces relations secrètes (ou présumées telles par les premiers concernés, puisque nous sommes dans le secret) vont avoir de l'importance.
C'est l'inspecteur Mickey Steadman qui va être mis sur le coup. Mais on n'a pas franchement affaire à une lumière, ou si c'est le cas, il fait incroyablement bien illusion. Steadman a écopé de l'affaire mais son patron ne croit pas trop en lui (il ponctue leur venue sur les lieux du crime par un "do your best, adn try not to screw up again" qui met bien en confiance), en raison d'une affaire précédente qu'il n'a pas menée correctement. Il conduit ses entrevues avec les témoins avec énormément d'hésitation ; en plus, de son propre aveu à Hermien, non seulement il ne connaît pas le coin mais il ne boit même pas de vin, alors c'est vous dire. Par-dessus le marché, Steadman a une vie personnelle très brouillonne, puisqu'il a divorcé mais qu'il habite toujours son logement de fonction avec son ex-femme championne du monde d'agressivité passive, ainsi que leur petite fille, ce qui ne peut pas vraiment aider à booster la confiance de notre inspecteur.

A travers ces deux personnages, nous rencontrons donc une bonne dizaine de visages les plus importants parmi les 200 âmes environ qui peuplent cette petite vallée cossue vivant en autarcie. L'épisode a surtout pour fonction de présenter les différentes personnalités en présence, et pas vraiment de faire avancer l'enquête, bien que celle-ci serve de fil rouge pour rencontrer les protagonistes.
Ainsi, dans la demeure Le Fortune des Vins, vivent les Jansen ; Kas a épousé en secondes noces la belle Nina, une superbe créature plus jeune que lui et à peine plus âgée que sa propre fille. Le soir du meurtre, Nina n'était pas vraiment branchée musique puisqu'elle s'envoyait Alain du Vinage, une sorte d'outsider qui vit dans ce milieu mais n'est associé à aucun crû en particulier.
Du côté de Mount Jolly, on trouve également une jeune femme désireuse de mener sa vie affective comme elle l'entend, Octavia, une lesbienne qui va avoir recours à un stratagème pour réussir à attirer une femme qu'elle convoite dans sa chambre dans des vêtements trempés de boue (la scène se concluera par un "tu peux prendre une douche ici et m'emprunter des vêtements si tu veux" de la plus grande subtilité), au nez et à la barbe de son père, un homme vieillissant à la gâchette un peu facile.
Du côté de chez Rossow, où s'est déroulé le drame, les choses sont un peu plus compliquées, puisque Lohmeyer, le propriétaire du domaine, est en Allemagne pendant une bonne partie de l'épisode et ne peut donc pas témoigner de grand'chose ; Grace Foster, qui travaille avec lui, sympathise avec Steadman en essayant de l'aider, tandis que l'autre viticultrice du domaine, Nana Soci (qui ambitionne de devenir la première femme noire propriétaire d'un vignoble en Afrique du Sud) semble avoir les dents qui rayent les tonneaux.
Ces détails ne sont, en définitive, connus que de nous, de Hermien, et en partie de Steadman, mais qui permettent de prendre la mesure des parties en présence.

Le plus étonnant, c'est qu'à mesure que le pilote avance, on réalise que l'intention de Known Gods n'est pas du tout de s'intéresser à l'enquête. Et Dieux merci ! Car ç'aurait été assez chiant de suivre une sorte de Columbo durant 26 épisodes, avec un inspecteur Steadman se faisant balader dans les vignobles en attendant une conclusion. Pas du tout : on saura qui a tué Koen à la fin du pilote ! Bon, certes, Steadman n'a pas encore cette information, mais on est habitués à avoir une longueur d'avance sur lui de toute façon. Et, je vous l'accorde, il y a toujours la possibilité que cette déclaration soit du chiqué. Mais j'ai revu la scène, et moi j'y crois.
En tous cas, clairement, l'intention n'est pas d'avoir une simple intrigue policière, ou un simple primetime soap, mais plutôt un mélange des deux, ce qui donne finalement un résultat hybride tout-à-fait regardable même pour qui n'aime ni l'un ni l'autre de ces genres. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance !

Au niveau du ton, l'épisode parvient en plus à ménager des séquences un peu over the top (la manip d'Octavia, par exemple), d'autres simplement légères et pétillantes (quand Hermien retrouve ses deux vieilles amies Pearl et Anesca pour cancanner), intéressantes d'un point de vue social (le speech de Nana à l'inspecteur soulève des points intéressants sur la dynamique des vignobles et par extension des milieux aisés d'Afrique du Sud) ou sincèrement émouvantes (comme quand Nina nous explique qu'elle s'envoie Alain pour le fun, mais qu'elle elle est amoureuse de feu Deetlef Koen, et raconte combien elle est déchirée par cette relation qu'elle ne peut pleurer sans éveiller les soupçons de son mari Kas). Il y a vraiment à manger pour tout le monde !

Mais c'est surtout sur un plan esthétique que Known Gods réussit à poser sa patte. Avant même que des séries comme The Wild (née en 2011 et annulée cet été au terme de deux saisons par M-Net) ou Isindingo (forcée de s'y mettre cette année, suite à l'incendie qui a ravagé ses décors au printemps), la série est entièrement tournée on location dans un véritable vignoble, Lourensford Estate, et les prises de vue des côteaux comme des bâtiments donnent, sans aucun doute, un cachet incroyable à la série, et cela, sans en rajouter dans les filtres. La nature domptée des vignes de Known Gods se suffit à elle-même pour souligner à la fois la façon dont cette vallée est coupée du monde, et pourtant extrêmement huppée. La plupart des prises de vue s'accompagnent qui plus est de panneaux fort utiles nous rappelant sur quelle propriété on met les pieds, aidant ainsi à cartographier l'endroit, ou au moins un peu, ce qui donne l'impression que ces images de cartes postales ne sont pas là juste pour faire joli, mais que tout a un but et une élégance à la fois.
Je dois d'ailleurs préciser que, n'ayant jamais mis les pieds en Afrique du Sud, et après avoir vu les paysages d'Intersexions, ce n'était pas vraiment le décor que je m'attendais à voir pour la série ; franchement à certains moments, j'avais l'impression d'être dans les forêts canadiennes ou des vallons français... Rien que pour l'effet de dépaysement, ça valait le coup d'oeil !

Une vue de Smoorberg Le hall de Rossow Le Fortune des Vins qui visiblement n'a pas volé son appellation Hermien explique à Steadman l'organisation de la vallée

Alors au final, même si par moments le pilote flirte avec des genres qui sont loin d'avoir ma préférence, le panachage de tous ces ingrédients donne au contraire un épisode sympathique à suivre ; ce n'est probablement pas aussi touchant et profond qu'Intersexions (il faudra que j'essaye d'arrêter de tout comparer à Intersexions, ça ne va pas me rendre service, cette série est juste magnifique), mais c'est une série tout-à-fait divertissante et sympathique, assez bien équilibrée, à laquelle on a affaire ici.
Disons si vous le voulez bien que Known Gods n'est pas un grand crû, mais elle n'a pas volé son label. A déguster sans modération...
...en attendant que je tente Wabona, le service de VOD africaine qui a ouvert il y a quelques jours et qui propose, joie parmi les joies, les épisodes de Yizo Yizo et The LAB (entre autres), deux séries que j'ai dans mon viseur depuis un bout de temps (j'ai d'ailleurs raconté la genèse de l'expérience télévisuelle et sociale Yizo Yizo dans un post précédent) et que je suis infichue de trouver en DVD. Si j'arrive à trouver un moyen de conserver les épisodes, je m'achète l'intégrale sur le site de Wabona, ya pas photo ! Moi, payer pour de la VOD africaine, la vie téléphagique est décidément pleine de surprises !

Posté par ladyteruki à 22:58 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]