ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

18-10-12

Sans prendre de gants

Lorsqu'on commence une série, en règle générale, les premières images nous permettent de nous adapter : commencer un pilote, c'est comme se retrouver dans une pièce plongée dans le noir, et progressivement apprendre à deviner les contours des meubles à mesure que les yeux s'habituent. En règle générale, les premières épisodes d'un pilote sont là pour nous expliquer où on est, avec qui ; il peut y avoir de l'action, il peut y avoir de la simple description, il y a très souvent un mélange des deux, mais le point d'orgue, le moment-choc, s'il y en a un, n'intervient pas tout de suite. En règle générale, un pilote attend le générique, ou ce qui lui tient lieu de, pour vous river à votre siège, il estime qu'il a besoin de mettre un contexte avant de faire sa démonstration de force.
En règle générale.

Les premières images de Torka Aldrig Tårar Utan Handskar ("ne pas essuyer de larmes sans porter de gants") sont l'exception qui confirme la règle. La première image est plutôt atroce. Et par "plutôt", je veux dire "absolument". C'est l'image de la souffrance la plus extrême. Et les suivantes ne sont pas plus réconfortantes, autant être tout de suite clair là-dessus.
Pour prendre la mesure de cette ouverture d'épisode très dure, et comme je me doute que vous n'allez pas regarder Torka Aldrig Tårar Utan Handskar dans l'immédiat (même si apparemment d'aucuns bossent sur des sous-titres...), j'ai donc pris sur moi de vous mettre l'extrait en ligne : cliquez sur l'imagette et le lien cherra. Je précise que c'est une séquence dépourvue de dialogues, donc vous pouvez vous passer des sous-titres pour le moment.

TorkaAldrigTårarUtanHandskarPour ceux qui n'aiment pas Uploaded, miroir sur RapidShare.

On peut dire que cette séquence d'ouverture est une véritable profession de foi quant au ton de la série : non, rien ne nous sera épargné.

Je vous rassure, tout l'épisode ne ressemble pas à ça (ni au final de Corky), toutefois. Car le véritable inconvénient de Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, c'est que cette séquence est suivie de flashbacks, car non, non même en Suède, vous n'éviterez pas les flashbacks. Car de cette situation dramatique, nous allons vouloir connaître les origines. Comment en est-on arrivés là ?
Eh bien, laissez-moi vous présenter deux garçons, Benjamin et Rasmus. Ils ont grandi dans les années 70 et les voilà, jeunes adultes, au début des années 80. Tous deux se cherchent, chacun à sa façon : Benjamin vit dans une famille stricte et rigoureuse, Rasmus, un peu moins. Benjamin découvre qu'il est homosexuel parce qu'on le lui révèle à un moment où il faisait tout pour ne pas y penser, Rasmus commence par aller vivre chez sa tante à Stockholm et essayer de fréquenter les lieux "gays" du moment. Benjamin est encore puceau, Rasmus apprend à jouer de son charme pour commencer à trouver des coups d'un soir. Et ils sont tous les deux là, dans la grande ville, et on sait qu'ils vont se rencontrer, et on devine. Mais ça prend du temps parce qu'on veut vous expliquer d'où il viennes et de comment ils en sont arrivés à accepter qui ils sont, dans une Suède qui a 30 ans de moins que celle que nous connaissons (un peu).

La maladie n'entre pas tout de suite dans leur vie. Ou si elle le fait, ils ne la voient pas (on aura à ce sujet une séquence qui tord le coeur, alors que Rasmus se donne à un type dont il ne s'effraye même pas qu'il ait des plaques sur le corps). Et c'est normal, c'est l'époque qui veut ça. J'ai lu que le premier Suédois à avoir succombé au SIDA était mort en 1983, la première personnalité suédoise à avoir admis avoir le SIDA l'avait fait en 1987 (rappelons que Rock Hudson est mort en 1985, et encore, les USA c'est loin), vous voyez le tableau.
Mais justement la série nous replonge dans le climat d'ignorance de l'époque, et le mot AIDS ne sera, sauf erreur de ma part, pas prononcé de tout l'épisode. Pas même dans la scène d'ouverture. C'est, à bien des égards, une période d'insouciance, et Torka Aldrig Tårar Utan Handskar va justement en profiter pour nous montrer qui sont les deux héros, comment ils se découvrent, se vivent, s'acceptent, l'un avec plus de mal que l'autre, avec ce que cela comporte de joies et de nervosité, mais jamais d'inquiétude. Ils sont jeunes et pensent avoir toute la vie devant eux, une vie dans laquelle ils cherchent leur équilibre...
C'est de cela dont il sera essentiellement question dans le premier épisode de la série. Le procédé a ses bons côtés, mais aussi ses lenteurs un peu bavardes, et j'avoue que même une adepte de la VOSTM (et une débutante en Suédois) comme moi a parfois dû faire une pause pour essayer de comprendre ce qui venait de se dire : les sous-titres seront vraiment les bienvenus.

Si la mini-série reprend la structure des romans de Jonas Gardell dont elle est l'adaptation, et apparemment c'est ce qui est prévu, le deuxième épisode devrait être autrement plus explicite sur le sujet de la maladie, et le troisième alors, n'en parlons pas. Pour le moment c'est difficile à définir, d'une part parce que la trilogie de romans n'est pas intégralement sortie (le premier opus est paru cet été, le second est prévu pour début 2013 et le troisième au printemps), et d'autre part, parce qu'elle n'est pas traduite. C'est d'ailleurs assez incroyable que SVT lui ait commandé à l'auteur une adaptation de sa propre trilogie alors que celle-ci n'est pas encore commercialisée en intégralité.

En tous cas il ne fait aucun doute que le sujet, bien que difficile, est bien traité. Même si on peut se dire que certaines choses sont un peu cliché (sauf que justement, si on se remet dans le contexte, elles ne l'étaient pas !), on reste dans une série dramatique puissante, réussie, et extrêmement touchante. Il faut aussi souligner la performance d'Adam Pålsson (Rasmus), qui est absolument fascinant, et mérite tous les Kristallen possibles et imaginables : rendez-vous est pris pour la prochaine cérémonie.

Mais, alors que deux de ses trois épisodes ont été diffusés à l'heure actuelle en Suède, je trouve que ce qui entoure la série est au moins aussi intéressant que la mini-série elle-même.
Songez donc : les scores d'audience des deux premiers épisodes sont presque aussi bons que ceux de l'autre succès suédois de 2012, je veux bien-sûr parler de 30° i Februari, puisque le premier épisode de Torka Aldrig Tårar Utan Handskar, diffusé le 8 octobre au soir, a réuni 1,24 million de spectateurs, et que l'épisode de ce lundi 15 n'a pas perdu grand monde, avec 1,21 million de fidèles. Ce qui signifie que ce premier épisodes n'a pas rebuté beaucoup de monde, a priori. Pour comparaison, le premier épisode de 30° grader i Februari avait démarré avec 1,45 million, finissant la saison pour 1,2 million également... mais avec un sujet bien plus mainstream. Rappelons que la Suède compte environ 9 millions d'habitants seulement !
Le plus surprenant, c'est donc que la série n'est pourtant pas à mettre devant toutes les paires d'yeux : on peut entre autres voir rien que dans ce pilote (certes brièvement, mais clairement) un penis en érection au cours de ce premier épisode, une scène de sexe (bon, planquée sous les couvertures), des séquences de racolage limite prostitution, plus bien-sûr la scène ci-dessus... et c'est du primetime ! Torka Aldrig Tårar Utan Handskar est diffusée le lundi à 21h !
Oui, en Suède, une série sur l'homosexualité peut faire aussi bien qu'un drama familial, sur une chaîne publique, et en primetime. Et toc. Je trouve que c'est une donnée très intéressante, qui présente un saisissant contraste avec les séries aux USA dont le thème est l'homosexualité, et qui, généralement, se contentent de raconter leurs histoires sur le câble, comme ça, discrètement, entre soi ; par exemple, il est difficile d'éviter la comparaison avec Angels in America, mais qui imagine Angels in America sur un network ? Certainement pas moi.
Avec tout ça, je suis d'ailleurs étonnée de n'avoir pas du tout vu la presse gay parler de ce phénomène (le site de Tetu, par exemple, ne sort aucun résultat ni pour le titre de la série, ni même pour l'écrivain et scénariste Jonas Gardell).

Cette mini-série, diffusée qui plus est à l'automne alors que généralement, les mini-séries de SVT sont diffusées au coeur de l'hiver (c'était par exemple le cas d'une autre série historique l'an dernier, Hinsehäxan), était un absolu pari. De A à Z. Et au final, malgré ses légers défauts, elle s'avère être immense.

La fiction scandinave a encore frappé, et c'est un méchant crochet du droit dans la mâchoire, avec ça.

Posté par ladyteruki à 19:36 - Review vers le futur - Permalien [#]

Des tweets et du poulet

C'est une affaire entendue : whisperintherain et moi faisons le possible pour remporter le pari de cette saison, regarder et reviewer chaque pilote. Une mission qui a ses hauts et ses bas, on a pu le voir ensemble depuis deux mois et quelques que nous avons commencé, mais qui apporte aussi d'excellentes surprises (comme en témoigne mon planning téléphagique personnel, colonne "Canada"). Mais certains jours, il convient de se faire rappeler à l'ordre. C'est le cas de l'ami Toeman, qui m'a relancée au sujet de la mise à jour du Pilot Watch (je sais, je sais, je suis en-dessous de tout !) qui date d'il y a un bon mois, et qui ne prend pas en compte des dates pourtant mentionnées dans mes posts ou dans mes commentaires. Exemple : . Alors gloire en soit rendue, aujourd'hui, à Toeman, car si j'ai vu le pilote de The Strange Calls rapidement après sa diffusion, c'est en grande partie grâce à lui (il m'a même dit où le trouver). Et il l'a reviewé à la vitesse de l'éclair par-dessus le marché !
Voilà, lisez-moi ça, et puis moi pendant ce temps, je retourne me fouetter pour n'avoir pas encore écrit la review de Puberty Blues alors que la première saison est finie, ou de House Husbands alors que la saison touche à sa fin dimanche. Bad, bad lady !

TheStrangeCalls

The Strange Calls, mise en chantier pour la chaîne publique ABC2, est en effet un petit... ovni. La série fantastique est en effet conçue pour être multiplateforme, prenant avantage des réseaux sociaux et créant un univers sur le net qui offre un complément vis-à-vis des épisodes diffusés ; qui plus est, même si seulement 6 épisodes sont prévus pour la télévision, des webisodes sont apparemment également prévus.

Alors, au fait, ça parle de quoi ? Eh bien d'une petite bourgade bien tranquille, appelée Coolum, dans laquelle l'officier Banks (incarné par Toby Truslove, héros d'Outland un peu plus tôt cette année, qui a donc remplacé l'univers de la SF par le fantastique) est muté à son corps défendant à l'initiative de son père, haut gradé. Banks sera en charge, désormais, de la permanence nocturne de la police locale, dont les bureaux sont installés dans une vieille caravane (accessoirement c'est aussi là qu'il va être hébergé). Coolum a toutes les apparences du trou paumé, ce qui est difficile à avaler pour notre héros, mais quand vient la nuit, des évènements étranges s'y produisent. C'est en tous cas ce qui lui affirme un vieil homme qui s'est autoproclamé gardien des nuits de la ville, et qui a décidé d'emblée que Toby allait le suivre dans les passionnantes aventures qu'il vit en se lançant sur la piste des appels étranges reçus à la permanence.

Le pilote rappelle la structure et le ton de séries comme Eerie, Indiana, à la différence près que The Strange Calls ne cible pas uniquement le jeune public. Les évènements qui se déroulent à Coolum sont bizarres, cocasses, limite ridicules, mais totalement assumés en tant que tels.
C'est grâce aux deux personnages principaux que le pilote de The Strange Calls conserve en fait sa crédibilité. D'une part, on a Toby, qui outre le fait qu'il débarque à Coolum, a aussi une vie personnelle compliquée (sa copine n'est même pas venue lui faire ses adieux avant son départ pour sa nouvelle affectation, c'est son père qui l'a muté...), et qui endosse le costume de sceptique de la série. Il est plongé dans ce monde débile, et il le sait, que c'est absurde. Et il le dit. Cela évite du coup au spectateur de le faire, et ses excès (comme sa petite colère en cours d'épisode) permettent même de mettre cela sur le compte de son tempérament grognon, quand bien même on puisse comprendre que son nouveau poste ne l'enchante guère. Mais surtout, c'est le vieux Gregor qui donne à The Strange Calls toute sa saveur. Au terme du seul pilote, difficile de déterminer si ce vieux filou est réellement convaincu qu'il se passe des choses incroyables à Coolum... ou si tout simplement, il est en quête d'aventure et d'excitation. Ce vieil homme survolté (qui prétend avoir 47 ans, alors qu'il en fait 80 selon ce pisse-froid de Toby, et 65 selon moi qui suis nulle pour deviner l'âge des gens) est tout simplement ravi d'avoir un jeu ET un compagnon de jeu, les mystères de la vie nocturne de Coolum n'étant visiblement qu'un prétexte pour lui.
Et du coup, comme lui non plus ne prend pas vraiment tout cela au sérieux (point ici de dynamique Mulder et Scully), The Strange Calls ne se fait pas passer pour ce qu'elle n'est pas, et on s'amuse pendant une petite demi-heure des étrangetés de Coolum.

Alors, et côté interactivité, me direz-vous ? Eh bien, The Strange Calls se défend très bien.
D'abord parce qu'il y a un véritable parti-pris : celui de faire en sorte que ce qui se passe sur internet semble être le fait de Gregor. Ainsi, le site supposé officiel de la série est en fait son site personnel : la page "About" parle de lui, pas de la série, on y trouve un vlog qui est en fait une façon de regrouper les webisodes, et ainsi de suite.
Mais surtout, c'est le compte Twitter de Gregor qui réussit particulièrement bien cette entreprise, parce que l'utilisation de Twitter est totalement intégrée DANS l'épisode ! A plusieurs reprises, on le verra ainsi prendre des photos, soulignées par l'utilisation d'un petit effet sonore renforçant encore l'absurdité du moment... lesquelles sont postées pendant la diffusion sur le compte Twitter (les doutes de Gregor quant à l'orthographe d'un mot sont mentionnés à un passage de l'épisode ; je ne vous mets pas de lien, c'est spoiler) ; ou encore, dans les scènes où le personnage de Gregor n'apparait pas, on peut le voir interroger ses followers :

Evidemment, pour le public australien, cette interactivité joue beaucoup mieux son rôle que lorsque nous, pauvre téléphages français, devons attendre de cagouler l'épisode puis le regarder, probablement en soirée, en tous cas certainement pas un mardi à 21h30 heure locale ! Reste que cette initiative est fort bien employée, et que la réactivité du compte Twitter est impeccable : il ne s'agit pas juste de tweeter un message à l'heure dite, Gregor nous répond, nous follow, bref, il existe !
La dimension supplémentaire de ce compte Twitter est aussi que, le reste du temps, entre deux épisodes donc, Gregor solliloque sur diverses bizarreries qui piquent sa curiosité, permettant ainsi d'approfondir le personnage, ou en tous cas, d'aller plus loin dans la connaissance de ses centres d'intérêt ou son humour, sur lequel repose énormément la série, après tout.

Alors, si du point de vue de l'histoire à proprement parler, The Strange Calls n'a pas inventé la poule la poudre, et que son étrange intrigue fantastico-policière ne donne pas nécessairement dans un registre propre à provoquer le moindre frisson (et pourtant, je suis une grande peureuse), quand on regarde globalement ce qui se passe autour de la série, on finit par avoir un petit évènement bien de saison même si Halloween, en Australie, ça tombe... au printemps, divertissant et bien troussé.
The Strange Calls ne sera pas la série de l'année, donc, mais on s'en fiche : ça ne durera que 6 épisodes !

Allez hop, un pilote australien de fait. Plus que Puberty Blues, House Husbands, Jack Irish et... ouh, j'ai la tête qui tourne.


Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 11:53 - Review vers le futur - Permalien [#]