ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

22-09-12

[DL] Ta Gordin

Israël semble avoir le vent en poupe aux USA. Jusque là, peu de projets de remakes US avaient réussi à faire séduire un large public (In Treatment est resté assez confidentiel, The Ex-List et Traffic Light ont été de cuisants échecs...), mais grâce à Homeland, et son buzz retentissant, les lignes sont en train de bouger. D'abord c'est Hatufim qui en a profité, obtenant même une commercialisation en DVD puis une diffusion en Grande-Bretagne ; désormais les vannes sont ouvertes pour plein d'adaptations.

Les Américains choisissent peut-être un peu mieux les projets à adapter, aussi : sont dans les tuyaux des versions américaines pour Asfur, Timrot Ashan (ça fait un bout de temps, mais pendant un moment on n'en entendait plus trop parler) et maintenant Ta Gordin. J'en oublie probablement. Je suppose aussi que Clyde Phillips va déterrer son projet d'adaptation de HaEmet HaEroma dans la foulée, enfouie dans un tiroir de HBO. C'est Ben Silverman qui doit être content, lui qui depuis trois ans fait son marché dans les formats locaux unscripted et parfois scripted...
J'ai l'impression que, de la même façon que les Américains adaptent uniquement des polars scandinaves, ils ont découvert un filon avec Hatufim, celui du thriller, et désormais ils vont s'ingénier à épuiser le filon comme si la télévision israélienne n'avait rien d'autre à proposer. Hey, je ne me plains pas : ça va apporter un éclairage sur la fiction israélienne, peut-être faciliter l'accès à certaines séries du catalogue, et je dis tant mieux. De la même façon que la fiction scandinave est devenue juste un chouilla plus accessible maintenant que les chaînes achètent des séries... même si ce sont quand même souvent les mêmes genres qui reviennent. L'essentiel c'est d'entrouvrir la porte, après tout.

Et puis, pour fréquenter ce blog et m'avoir vue me répandre sur certaines horreurs commises par des remakes, vous le savez : une adaptation, ça se choisit avec précaution, on ne peut pas tout adapter. Et quand bien même, encore faut-il savoir comment l'adapter.
Pour le moment, les comédies ou dramédies israéliennes n'ont pas fait leurs preuves, ce qui tend à indiquer qu'Asfur ou Zanzuri ne sont pas des succès assurés, et peut-être même que ces projets ne verront jamais le jour (dans le cas de Zanzuri, c'est même à espérer parce que nom d'un chien que c'est mauvais). J'ignore où en est le développement du remake de Hahaim Ze Lo Hakol pour CBS, mais l'absence de news depuis plusieurs mois est à mon avis également de cet ordre.
Il y a aussi des séries israéliennes qui sont vraiment incroyables, avec des pitches réellement originaux, mais qui sont impossibles à adapter hors de leurs frontières. On a parlé récemment de Srugim ou de Kathmandu, et ce sont de parfaits exemples de ce problème, avec Yehefim dont il faut que je vous cause à l'occasion ; une grande part de ce qui fait leur intérêt (la question religieuse) est justement ce qui fait que ces séries sont difficilement exportables en tant que formats. En revanche, il y a des dramas qui pourraient très bien faire la transition, comme Nevelot (d'ailleurs on avait vu le générique ici, si vous voulez) ou Blue Natali (c'était en projet à un moment ou j'ai rêvé ça la nuit ?) qui sont les premières à me venir à l'esprit. Peut-être même qu'à la place de Dani Hollywood, la CW devrait essayer d'adapter HaNephilim, aussi.
Cependant, si Timrot Ashan (dont la qualité de l'original est indiscutable) et/ou Ta Gordin réussissent leur implantation aux USA, on pourra considérer que l'essai est transformé, et d'autres s'engouffreront alors peut-être dans la brèche...

Du coup, pour célébrer cette perspective réjouissante, aujourd'hui je vous propose le générique de Ta Gordin, un bon petit thriller d'espionnage où, encore une fois, se pose la question du patriotisme : entre trahir ou servir la Nation, il faudra choisir. Comme je vous le disais, les projets US jouent la carte de la sécurité après Homeland...

Je me demande comment la version américaine (apparemment baptisée M.I.C.E.) va gérer le problème de la langue russe dans les épisodes ; dans la série originale, les dialogues en russe sont fréquents, assez longs, et les spectateurs israéliens peuvent les suivre avec des sous-titres (cela étant, je n'ai encore jamais vu un épisode de série israélienne diffusé sans sous-titres, donc les spectateurs sont habitués...), mais j'imagine mal ça dans une série américaine, pourtant il semble difficile, vu le pitch, d'y couper.
Cela dépendra peut-être de la chaîne qui achètera le projet puisque pour le moment cette information m'a échappée ou est tout simplement inconnue ; une chaîne du câble pourra envisager une série réellement bilingue, un network, ça semble très difficile. Mais de toute façon, le pilote de la série est bien trop bavard pour un network.

Bon, je vois que je m'étends sur le sujet, faut m'excuser, c'est l'enthousiasme... mais on avait dit qu'on parlait du générique de Ta Gordin, hein ! Alors on y va.

TaGordin
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !


Très sincèrement, ce n'est pas le générique préféré de ma collection. Essentiellement parce qu'il est assez opaque sur l'esprit de la série. On peut y piocher quelques indices sur ce qui se dit dans Ta Gordin, en matière d'espionnage, mais très franchement, ça reste très difficile d'accès tant le générique couvre des choses très variées et parfois même contradictoires en apparence.

En revanche j'aime beaucoup la musique. C'est le genre de titre un peu hybride qui reste en tête, qui est un peu électronique, un peu mystique, et qui fonctionne incroyablement bien. Ca reste bien en tête (mais c'est impossible à fredonner), aussi. Je trouve ça efficace en diable. D'ailleurs ça me rappelle un peu, dans un style musical différent, ce qui est accompli à première vue par le générique de Homeland (si l'on omet le fait que le générique de Homeland a aussi pour fonction de nous faire entrer dans la tête de Carrie), assez brouillon mais entêtant quand même.

Alors, de la même façon que Ta Gordin pourrait prochainement être repris sur les écrans américains parce que, tout d'un coup, d'autres ont envie de dupliquer le modèle qui a réussi pour Homeland, on n'est pas vraiment dans la surprise avec ce générique, pas plus qu'on ne l'est, à vrai dire, avec la série elle-même. Pour autant, puisque les USA se sont décidés à piocher dans le catalogue israélien pendant quelques temps (ça durera le temps de la période de grâce de Homeland, je présume), c'est quand même bien sympa d'entendre un peu parler des originaux.

D'ailleurs je me suis souvenue cette semaine que j'avais promis à Livia de mettre le premier épisode de Mesudarim (avec sous-titres) à sa disposition... Et dés que j'ai fini Srugim, je fais un sort à mon DVD d'Avoda Aravit, aussi. Alors, vous le voyez, on n'a pas fini de parler de séries israéliennes dans le coin !

Posté par ladyteruki à 16:24 - Médicament générique - Permalien [#]

I drink to that

Pourquoi n'avais-je pas regardé plus d'une saison de Cheers, déjà ? Je ne me souviens absolument pas de ce qui m'avait arrêtée. Mais cet été, quand j'ai émergé après avoir été privée de connexion à internet pendant près d'un mois, j'ai eu une sorte de mini coup de coeur pour Sullivan & Son.

Le pilote de la série était incroyablement chaleureux, et ses personnages étaient formidablement bien exposés. Il y avait des trésors dedans, comme si la série tentait d'ajouter de bonnes idées à son pitch de départ pour éviter, justement, la comparaison avec Cheers. Et ça fonctionnait incroyablement bien : le héros avocat qui change de vie pour aller reprendre le bar de son père à Pittsburgh, le couple mixte formé par son irlandais de père et sa coréenne de mère, la petite romance avec son béguin de toujours... Plein d'idées qui permettaient d'aller plus loin que la vie au pub, en somme, même si les personnages hauts en couleur qui le fréquentent peuvent, sur le papier, suffire.
Alors, Sullivan & Son, en dépit du fait que ce soit diffusé une série de TBS et que rien n'est, d'ordinaire, very funny sur TBS, est devenu mon sitcom de l'été. Entre autres parce qu'il n'y a pas beaucoup de sitcoms l'été.

SullivanandSon-Spitting

Car il faut bien l'admettre : tout cela ne vole pas bien haut. Le principe est celui d'avoir une bande de personnages et de les retrouver faire les zouaves chaque semaine, accoundés au bar, et pas vraiment d'avoir de l'humour de haut vol. Comme je l'ai dit, c'est une série de TBS, et à l'impossible nul n'est tenu. Mais ça fonctionne quand on s'attache aux personnages, et c'est le cas ici.

Mais reprenons depuis le début : Sullivan & Son commence alors que Steve, un avocat d'affaires travaillant à Wall Street, revient à Pittsburgh fêter l'anniversaire de son père, Jack, un Irlandais typique. Ce dernier tient, avec son épouse coréenne, un pub traditionnel très apprécié dans le coin, qui bien-sûr regorge d'habitués qu'on connait depuis toujours.
Parmi eux, Hank, un vieux ronchon raciste mais pas mauvais bougre dans le fond (on va y revenir), Carol, une mère célibataire dans la cinquantaine et connue pour être une vraie croqueuse d'hommes, Owen, le fils de Carol, le benêt du coin, Melanie, un beau brin de fille aujourd'hui devenue ambulancière, et quelques autres plus mineurs, comme Ahmed et Roy, des amis d'enfance de Steve. Notre héros a également une petite soeur, Susan, qui le jalouse depuis toujours et n'est pas franchement enchantée de le voir.
Steve réalise, en voyant à quel point son père est aimé par ceux qui fréquentent le bar, que sa vie techniquement réussie à New York ne le satisfait pas. Alors, quand pendant la soirée, son père annonce qu'il veut vendre le bar pour prendre sa retraite, Steve décide de le lui racheter, mettant au désespoir sa mère qui était si fière de sa carrière d'avocat.

L'épisode avait donc tout pour plaire, puisque cette fête d'anniversaire était idéale pour montrer l'ambiance dans le pub, et souligner les rapports chaleureux des personnages entre eux. Qui plus est, le passage pendant lequel plusieurs personnages portent un toast en l'honneur de Jack permettait d'en mettre plusieurs en lumière, comme Hank ou Carol. Ces personnages, s'ils ne sortent pas vraiment des sentiers battus et restent parfaitement dans leur cliché, n'en sont pas moins efficaces.

Le pilote était donc bon. Hélas, toutes ses promesses n'ont pas été tenues.
Par exemple, l'un des arguments avancés pour que Steve reprenne le bar de son père, c'est qu'il pouvait continuer à être un avocat en se mettant au service des habitués. Ce ne sera pas un outil très utilisé dans les épisodes suivants, où Steve n'interviendra que de façon mineure, ou, quand ce sera un axe important d'un épisode, ce sera traité de façon pas drôle du tout, comme dans l'épisode où il représente Steve. Donc déjà, voilà un angle qui sera vite oublié. De la même façon, la romance avec Melanie va être presque totalement éclipsée. C'est pas que je courre après les romances, comprenons-nous, mais c'est quand même dommage de laisser tomber cet aspect.
En fait, alors que Steve était au centre du pilote, avec son changement de vie et toute cette sorte de choses, il devient un personnage secondaire, et même si j'en apprécie plusieurs, et si certaines dynamiques qui en ressortent sont assez sympa, ça reste très regrettable que le héros d'une série (et le comédien de stand-up qui a inspiré son pitch, soit dit en passant) soit ainsi relégué en arrière-plan, ponctuant certaines scènes et étant simple témoin de la plupart des autres (avec un personnage très "clown blanc" qui, cela étant, fonctionne plutôt bien au milieu des autres gugusses).

Une grande partie de l'humour de Sullivan & Son repose sur des stéréotypes raciaux ; Steve, qui a du sang irlandais et du sang coréen, donc, va ainsi souvent être renvoyé à son appartenance à l'un ou à l'autre ("Mom, all my life I've been a perfect Korean kid. What if I'm really just... Irish ?"). De la même façon, sa mère est une Coréenne froide, sévère et exigeante, composant ainsi le portrait d'une Tiger Mom assez classique ; à l'inverse, Jack est le type le plus jovial et facile à vivre du monde.
Le fait que le personnage de Hank soit un raciste est, dans ce contexte, plutôt amusant : il fréquente un bar tenu par un couple mixte, il y retrouve chaque jour des personnages d'éthnies variées (Roy est black, Ahmed est... je vous fais pas un dessin), et pourtant, pour "les autres", les étrangers qu'il ne connait pas, il a des termes très cassants et caricaturaux à l'extrême.
Ce n'est probablement pas très politiquement correct, mais ça m'a fait rire de voir tous ces clichés être tournés en ridicule dans le pilote (et les épisodes suivant) par les premiers concernés. De la même façon que son statut de femme facile est totalement assumé par Carol, les personnages ne s'excusent pas d'être ce qu'ils sont, et personne ne sermonne vraiment Hank pour ses sorties racistes (son toast du pilote est truffé de propos de ce genre, mais tout le monde en rigole). Peu importe, dans le fond : sa façon de penser ne l'empêche pas d'être un type sympa au quotidien. Alors il peut bien penser ce qu'il veut, personne n'est blessé et, au contraire, on le prend comme une sorte d'attraction, "aha, notre Hank va encore sortir un truc sur les Mexicains". J'ai beau jeu de ne pas me choquer, puisque je suis blanche (comme le dirait Hank, "technically, Italians are white people too"), mais je trouve que cela permet de relativiser, de se dire qu'un propos raciste, s'il n'est pas pris au sérieux, ne fait de mal à personne, que ce sont les actes qui comptent. C'est d'ailleurs un peu ce qui ressortira du procès de Hank.

SullivanandSon

Mais parmi les vraies réussites de Sullivan & Son, il y a deux éléments qui ne déçoivent jamais.
D'abord, le couple Carol/Owen. Autant Christine Ebersole ne fait que confirmer qu'elle est géniale, autant pour moi, Owen Benjamin est un petit nouveau totalement inconnu ; mais ensemble ils font des étincelles. Ils sont aussi hilarants qu'ils peuvent être attendrissants. C'est un tandem qui fonctionne très bien, et qui apporte très souvent de vrais passages drôles, du genre à me faire m'esclaffer tant il peut être absurde que le fils encourage sa mère à avoir des aventures d'un soir ou que tous les deux forment un duo musical ambigu. C'est là encore parfois de mauvais goût, mais ça fonctionne.
Et puis, l'autre grande réussite, c'est justement le rôle de la mère de Steve, Ok Cha, qui capitalise à elle seule 80% des meilleures répliques de la série. Non seulement l'actrice, Jodi Long, est absolument parfaite (et incarne son personnage avec suffisamment de doigté pour ne pas le rendre totalement prévisible), mais en plus le personnage est systématiquement hilarant. C'est l'avantage des personnages sarcastiques, ils ont souvent le beau rôle, comme Niles le maître d'hôtel l'a appris à une génération de téléphages. Encore faut-il qu'ils soient bien écrits, et c'est ici le cas, sans conteste. Impossible de ne pas jubiler devant certaines de ses répliques.

Pour finir, cette première saison de Sullivan & Son aura vu défiler pas mal de guests venus de l'univers des sitcoms, comme Billy Gardell (Mike & Molly), John Michael Higgins (Happily Divorced), Ted McGinley (Mariés, Deux Enfants), ou encore Chris d'Elia (Whitney), sûrement le plus tordant de tous les guests... voire peut-être de tous les épisodes. Et il s'avère que, dans un sitcom, les guests, eh bah... j'aime ça, voilà. Ca fonctionne et ils sont ici toujours très bien utilisés (à l'exception peut-être de Gardell... qui de toute façon n'est pas un grand génie de l'humour), et ne sont pas juste là pour montrer leur tête et faire un peu de promo (parce que soyons honnêtes, ça pourrait y ressembler) mais bien pour enrichir l'épisode et participer à l'ambiance de la série. On n'est pas dans le pur name-dropping, en somme, même s'il est certain qu'à un moment je m'attendais à ce que quelqu'un de The Big Bang Theory finisse par passer une tête.

Alors, même si Sullivan & Son n'est pas la plus grande série de tout l'univers, ou même de l'année, ou de l'été d'ailleurs, elle est quand même la plus sympathique de la chaîne (certes, la compétition n'est pas féroce...), et elle a ses bons moments. Même si la première saison était un peu inégale, et si Steve Byrne s'efface un peu trop souvent au profit du reste du cast. La deuxième saison, prévue pour le courant de l'année 2013, devrait lui  donner une opportunité de corriger tout ça.
Et même si elle ne le fait pas, après tout, vous savez quoi ? Je m'en fiche. J'aime bien cette petite bande, et à raison de 10 épisodes par saison, c'est un engagement qui ne mange pas de pain.

Posté par ladyteruki à 02:03 - Review vers le futur - Permalien [#]