ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

21-09-12

Incitation au célibat

Pendant que whisperintherain fourbit ses armes sur le pilote de Ben & Kate, je poursuis mon exploration de la rentrée québécoise, un peu aidée par le fait que le deuxième épisode de Tu m'aimes-tu ? est un véritable ravissement, au même titre que le premier. Outre Les Bobos, une autre comédie dont on avait déjà eu l'occasion de parler, cet automne, est Adam et Eve, une série au pitch original...

AdametEve

Je crois que le but de Claude Meunier, scénariste d'Adam et Eve, c'est de réduire le nombre de divorces chaque année.
En diminuant le nombre de mariages.

Si vous venez de vous mettre en couple, il n'y a pas plus affreux que regarder qu'Adam et Eve ; c'est un coup à se séparer tout de suite. A quoi bon ? La façon dont est écrite le couple mis en scène dans cette comédie a de quoi vous écoeurer à vie des relations amoureuses : au début, c'est la passion, ensuite, l'envie de se séparer, et puis finalement on reste ensemble sans trop savoir pourquoi, probablement pour ne pas vivre ses vieux jours tout seul. Voilà, les 50 prochaines années de votre vie sont écrites, vous pouvez rentrer chez vous, il n'y a plus rien à voir.
Bon moi je m'en fiche, ce premier épisode n'a rien dit que je ne soupçonnais déjà, mais franchement, pour ceux qui croient encore que la vie à deux peut être une belle aventure, ça doit être déprimant.

Pour rappel, Adam et Eve, c'est l'histoire d'un même couple à différents âges de la vie : lors de leur recontre, alors qu'ils ont 25 ans ; alors qu'ils sont mariés depuis un bon moment, à 45 ans ; et puis, quand ils sont âgés, à 80 ans. On suit donc, à travers de petites seynettes, différentes anecdotes sur leur vie, à la nuance près que, par commodité scénaristique (entre autres), elle se déroule toujours en 2012. Ca évite d'avoir à remettre les choses dans un contexte historique ou social, et de vraiment se focaliser sur ce couple, et juste lui. Qui plus est, le couple est incarné, à ces trois âges, par les mêmes acteurs, Pierre-François Legendre et Sophie Cadieux, qui vont donc se grimer pour paraitre un peu plus jeunes ou beaucoup plus vieux.
En fait, c'est en apprenant ce dernier point que j'aurais dû commencer à me méfier. Quand des acteurs se font passer pour vieux, à plus forte raison dans une comédie, le résultat est rarement probant. Et ça ne loupe pas ici, où le 3e âge est caricaturé à l'extrême et, du coup, ressemble à un mauvais sketch des Vamps. Les Vamps ! C'est vous dire si on a un problème. Mais même quand ils sont plus jeunes, les personnages sonnent terriblement faux, tout simplement parce que les acteurs (et en particulier Sophie Cadieux) surjouent énormément. Impossible, du coup, d'essayer d'apprécier le contenu des dialogues, quand ils sont récités avec pareils tics.

Mais même quand on se penche dessus, le résultat n'est pas brillant. Non que les textes d'Adam et Eve soient mauvais, mais ils semblent n'avoir qu'un objectif, faire de la relation amoureuse entre Adam et Eve une sorte de bombe à retardement, dont le tic tac nous rappelle que l'échec n'est pas loin. Non seulement des scènes de la vie de tous les jours le soulignent, mais l'épisode en remet encore une couche avec le recours à une thérapie de couple, consultée par les héros à au moins deux époques de leur vie, et qui nous rappelle combien tout est voué à se faner.
Le fait que les personnages aient décidé (on ne sait pas encore comment, ce sera probablement l'affaire des épisodes suivants) de ne finalement pas se séparer alors qu'ils sont en pleine crise à 45 ans, reste incrompréhensible pour le spectateur, tant on peut voir les personnages peu attachés l'un à l'autre une fois vieux. On ne ressent pas vraiment de tendresse, ce qui aurait été le minimum. L'impression d'assister à une déconfiture inéluctable est vraiment constante. A ce tarif-là, c'est même moins déprimant de regarder Fred de Tu m'aimes-tu ? pleurer pendant tout un épisode, que de voir le couple d'Adam et Eve rester ensemble.
Si vous préférez conserver un minimum de foi en ce qui concerne votre futur amoureux, épargnez-vous tout simplement le visionnage d'Adam et Eve. Surtout que, par le choix-même de leurs noms, les personnages s'imposent comme des absolus de la vie de couple ; ils sont là pour montrer que c'est la règle, pas pour se poser en exceptions ou, au moins, en héros dont le destin va légèrement varier de cette courbe prévisible.

Du coup, l'humour de ce premier épisode est bien mis à mal par une intention qui ne se réalise pas : suivre ce couple à trois âges différents est, évidemment, une façon d'opérer des comparaisons (c'est la raison pour laquelle la série rappelle tant Scènes de ménage), mais ce que ces comparaisons disent de la vie de couple empêche de vraiment sourire. Ca, et le fait que l'interprétation n'est pas top.

Mais au juste, je ne sais pas trop ce que le pitch d'Adam et Eve aurait pu accomplir, en fait. Comme c'est une comédie, c'était finalement assez inévitable de se trouver face à un couple dont la relation amoureuse s'érode avec le temps, car c'est là-dessus que repose le ressort comique. Evidemment ça aurait été moins cliché que cette érosion ne se produise pas, mais dans ce cas, que dire ? Pour un drama, ça aurait pu fonctionner, il y aurait eu un côté chronique, attachant, pour comparer la vie de ces deux personnes à plusieurs années d'intervalle. Mais pour une comédie, il n'y avait pas 712 possibilités.
Le problème vient aussi du fait que ce premier épisode choisit justement "la passion" comme sujet. Peut-être qu'en ayant choisi un autre angle, la série semblerait moins défaitiste. L'éducation des enfants, par exemple, aurait été un axe moins défaitiste. Mais il semble que la série ait réellement pour objet de regarder ce couple se détricoter, et tenter d'en rire. Je ne vois pas comment ça peut marcher, mais admettons.

Peut-être aussi que je suis trop cynique pour apprécier la tentative d'humour d'Adam & Eve. La série a 13 épisodes au total pour prouver qu'elle a quelque chose à dire. Mais ce quelque chose sera-t-il drôle, original ou attendrissant ? De mon point de vue, il y a peu de chances, mais rien n'est impossible. Pour ma part, au rayon comédies québécoises, cette saison, je me contenterai probablement des Bobos.

La bonne nouvelle en revanche, c'est qu'à l'instar d'Un Gars, Une Fille, le format est facilement franchisable. Tout n'est donc pas perdu pour Claude Meunier...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 22:17 - Review vers le futur - Permalien [#]

Choices, choices

On continue le défi que whisperintherain et moi-même nous nous sommes fixés, et cette fois, retour aux USA, avec The Mob Doctor, diffusée en début de semaine sur FOX, pendant ce que j'oserai appeler une période "creuse" de la rentrée.
Comme toujours, si vous ou l'un de vos agents... pardon, je voulais dire : comme toujours, la critique de whisper sera mise en lien au bas de ce post sitôt qu'elle sera rédigée. Sera-t-il plus clément, ou au contraire plus intransigeant que moi à son sujet ? Mystère, suspense...

TheMobDoctor

Il est temps d'établir une fois pour toute la différence entre une mauvaise série et une série qui n'est pas bonne. La mauvaise série, c'est celle qui, quand vous en découvrez le pilote, vous donne des remontées acides, l'envie de brûler votre disque dur et de changer de hobby pour vous mettre à la fabrication artisanale de faisselle à base de lait de brebis. On a tous en tête des exemples de mauvaise série, à un point même que chacun développe son expression fétiche sur le sujet, incluant les termes de "sombre navet", "grosse merde" ou "odieuse bouse", et toutes les variantes colorées auxquelles vous pouvez penser. Quand une série est vraiment mauvaise, elle révolte le téléphage ; elle l'écoeure, lui donne envie de vomir le plus de venin possible à son propos dés que l'occasion s'en présente. Quand vous dites qu'une série est mauvaise, c'est avec autant de passion que vous clamez qu'une série est excellente, il n'y a pas de place pour la tiédeur.
La série qui n'est pas bonne ne vous met pas dans tous vos états. La série qui n'est pas bonne vous donne un petit hoquet embarrassé, parce que vous n'avez pas la possibilité de l'écorcher vive dans une review, mais que d'un autre côté, lui trouver des excuses ne vous satisfait pas vraiment non plus. Son seul vrai problème, c'est de n'avoir pas même su effleurer l'excellence, d'avoir fait son job sans grand entrain et avec encore moins d'imagination, et de ne pas avoir su vous emporter dans un tourbillon d'enthousiasme... mais elle ne vous a pas soulevé le coeur, non plus.

Le problème c'est que l'exercice imposé par la rentrée (c'est-à-dire un arrivage quasi-constant de pilotes) nous conduit parfois à adopter un comportement un peu binaire. Si le premier épisode d'une série n'est pas excellent et enthousiasmant et fascinant et tout ce que vous voulez, alors ce premier épisode est mauvais. Il faut bien trouver un moyen de déterminer ce qu'on va regarder pendant l'année ! Et les journées ne sont pas extensibles. Alors c'est plus pratique de disposer les pilotes dans deux cases : "bon", ou "mauvais". Alors "pas bon" se traduit systématiquement en mauvais.
Nous avons chacun nos critères, chacun nos besoins vitaux qui ont besoin d'être satisfaits. Certains auront une boîte "bon" plus grande, où fourrer plus de pilotes en attendant de se faire un avis plus informé, au bout de quelques épisodes ou même toute une saison, se réservant le droit de transférer une série dans la boîte "mauvais" à tout moment. D'autres sont plus sélectifs et, s'ils n'ont pas été convaincus d'entrée de jeu par le pilote d'une série "pas bonne", vont directement le jeter dans la boîte "mauvais". A chacun son système pour déterminer à quoi ressemblera le planning du reste de la saison.

Au vu des retours que je lisais sur Twitter, je m'étais mentalement un peu préparée, je dois l'admettre, à flanquer The Mob Doctor directement dans la boîte "pas bon". Il faut dire qu'à la base, son pitch n'était pas d'une originalité foudroyante, et je ne ressentais qu'un enthousiasme très modéré vis-à-vis de ce que j'avais cru comprendre de son cast. Comme d'habitude je n'avais pas poussé la curiosité très loin, par principe, et puis très franchement, on n'a pas été beaucoup châtouillés par la promotion faite autour de la série en prévision de son lancement. Quand j'ai lancé le pilote, je me suis dit que j'allais découvrir une nouvelle série et probablement la ranger directement dans la boîte "pas bon", et ne plus en reparler.

Les choses ne sont pas si simples, parce que, si The Mob Doctor n'est, conformément à l'idée que je m'en faisais sans l'avoir vue, pas franchement une bonne série, elle n'est pas non plus mauvaise. Elle ne tient pas du ratage honteux dont on se demande comme un network a pu la commander, comme ça arrive pour certaines séries (le titre d'Animal Practice me vient instinctivement à l'esprit en cette rentrée).
Le premier épisode de The Mob Doctor a ses défauts, de toute évidence. Un univers hospitalier mal défini par exemple (où on consulte les dossiers des patients tantôt sur iPad, tantôt dans un classeur de plusieurs centaines de feuillets), assez froid et impersonnel, pas vraiment un Cook County où la médecine est plus importante que le reste, mais pas non plus un Seattle Grace où les histoires privées sont au premier rang, juste un hôpital parmi tant d'autres, sans substance. Le monde mafieux n'est pas non plus sorti de la caricature dans ce premier épisode (l'interprétation toujours épouvantable de Michael Rappaport n'aidant pas ; les gens qui recrutent Michael Rappaport, qui sont-ils, quels sont leurs réseaux ?), et il faudra attendre la toute fin de l'épisode pour ressentir une lueur d'espoir à ce sujet.

Mais le dilemme dans lequel le personnage central est plongé est intéressant, et puisqu'il a été soulevé dés le pilote, je me demande quelels autres questions elle pourra bien se poser dans le cadre de ses fonctions un peu particulières. Peut-être que j'aurais préféré que sa vie à l'hôpital, ses rapports avec la hiérarchie, ou encore son idylle avec un autre médecin, prennent moins de place, mais c'est un épisode d'exposition et c'est, quelque part, nécessaire d'en passer par là.

On aimerait avoir, tous les jours, un coup de coeur de l'envergure de Tu m'aimes-tu ?, mais ce n'est pas possible. Et après tout, peut-être que nous ne sommes pas en mesure de supporter des coups de coeur quasi-quotidiens en période de rentrée.
Pour autant, tout n'est pas à jeter dans les séries qui, sans atteindre l'excellence, s'en tirent avec un résultat honorable pour leur première heure. Discerner un peu de potentiel, en ce début de saison, n'est pas toujours facile ; pour certaines séries, c'est tout bonnement impossible. Pour The Mob Doctor, je dois admettre que sans être surprise, ou émue, ou captivée, j'ai plusieurs fois trouvé que l'épisode menait bien sa barque. Et pourtant j'attends d'une série qu'elle me surprenne, m'émeuve ou me captive. Allez comprendre.
En tous cas, cette fois, ce que j'ai vu a suffit pour que j'aie envie de lui donner sa chance. Ca ne passera peut-être pas pour le prochain pilote qui, sans être mauvais, ne sera pas bon, mais c'est passé cette fois. Il y a certains facteurs sur lesquels il est difficile de mettre le doigt... peut-être tout simplement le nombre de retours négatifs que j'avais lus, et qui me faisaient envisager le pire ? The Mob Doctor est plus, ici, dans la situation de la série A Gifted Man l'an dernier : un drama pour lequel il vaut peut-être mieux ne pas se faire une opinion définitive avant quelques épisodes tant les lignes peuvent encore bouger.

Mais en tous cas, je vais suivre les aventures de Jordana Spiro pour quelques épisodes encore, et j'aviserai dans quelques semaines. Parce que l'épisode n'était pas aussi mauvais qu'on me l'avait dit. Et parce que parfois, le besoin de faire le tri à la rentrée ne doit pas nous faire oublier que tout n'a pas à se décider maintenant. On a un choix qui s'offre à nous, et un choix à faire, mais il n'est pas nécessaire de le faire maintenant. Un précepte que, je le sais bien, je n'applique pas toujours...
Et si je retiens ça du pilote de The Mob Doctor, c'est déjà pas si mal, comme leçon.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 19:59 - Review vers le futur - Permalien [#]