ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

17-09-12

Curés à la bonne

Que mon frère whisperintherain me pardonne : j'ai énormément de mal à contenir mon enthousiasme sur la série de ce soir. Au point que je publie mon post bien que sachant pertinemment qu'il n'en fera pas de même avant quelques semaines, dans le cadre de notre petit défi de la saison.
C'est pas très classe, je vous l'accorde, mais vous me connaissez : quand un pilote me plaît, j'ai du mal à me mettre en pause, il faut que je vous en parle. Mais dés qu'il le fera, promis, le lien au bas de ce post vous conduira directement à sa critique de l'épisode. En attendant, je vais vous choquer, mais le pilote dont je brûle de vous parler est... français. Je sais, à moi aussi ça fait un choc.

AinsiSoientsIls-Promoarte

Il est assez rare que j'éprouve de l'anticipation pour une série française. J'ai beau essayer de me réconcilier avec notre bonne vieille fiction nationale, c'est encore assez difficile pour moi de m'enflammer pour une nouveauté, la notion de réconciliation primant en général sur le reste. Et puis en toute franchise, assez peu d'idées me semblent originales (ajoutez à cela mon allergie au poulet et vous avez tout compris).
Il y a donc encore beaucoup à faire avant que je ne cesse d'avoir un a priori négatif sur les séries françaises...

Avec Ainsi Soient-Ils, pour la première fois, il en est autrement. Déjà parce que je trouve l'histoire foncièrement différente de celles qu'on nous propose en général, et que le souci qui semble avoir occupé ses scénaristes n'a pas semblé déterminé par la facilité ; au contraire, il semble qu'ils aient été inspirés par l'envie de créer une vraie série dramatique originale, en trouvant un contexte riche et plein de potentiel. Et puis, à cette première sensation, s'est ajouté évidemment le buzz autour de la série (critiques élogieuses, récompense, renouvellement...), qui m'a plutôt conforté dans l'idée qu'on tenait peut-être là une vraie bonne série pour laquelle on ne regretterait pas de s'être enthousiasmés.
Pour finir, il faut évidemment admettre que j'ai passé une bonne partie du mois de septembre à réfléchir aux questions de religion, grâce à Srugim, par un hasard du calendrier, et que je suis donc dans la période idéale pour regarder des séries touchant de près ou de loin à la spiritualité, mais ne doutez pas qu'on va bientôt en reparler.
Du coup, je peux le dire : j'étais impatiente de voir le pilote d'Ainsi Soient-Ils. Voeu exaucé grâce à la machine promotionnelle d'arte qui n'a jamais semblé si bien huilée.

Bon, après tout ça, encore fallait-il qu'Ainsi Soient-Ils ne soit pas une magistrale déception. Avouez que ça l'aurait foutu mal !
Eh bien pas du tout. Bien qu'un peu longuet et doté d'un cast maladroit (surtout niveau diction, mais j'ai toujours un soucis avec 90% des acteurs français à ce niveau-là, alors c'est sans doute moi), ce premier épisode nous offre très exactement l'exposition qu'on était en droit d'attendre d'une série dramatique solide.

Ainsi, quatre jeunes gens sont reçus au séminaire des Capucins, apparemment la crème de la crème catholique, afin de faire leurs classes pour accéder à la prêtrise. Un cinquième, au parcours plus chaotique, tente également de rejoindre le séminaire. Comme c'est son boulot, le pilote s'attache à nous montrer les différentes personnalités de ces jeunes hommes qui s'engagent dans une voie qui, les avertit-on, n'est pas encore certaine d'être la leur : on prendra la mesure de leur engagement pendant cet apprentissage, justement.
Le discours prononcé à l'occasion de leur arrivée, en ouverture du pilote, est, je l'espère, représentatif de ce que nous pourrons attendre de la série : il s'agira pour chacun d'éprouver sa foi, d'en tester les ressources, et de s'interroger sur sa vocation. Le séminaire équivaut à une longue signature du contrat avec Dieu, et les jeunes protagonistes sont ici pour prendre le temps de lire les clauses en petits caractères, et de bien vérifier s'ils sont prêts à faire certains sacrifices.

Tous nos jeunes héros, justement, ne sont pas égaux devant le scénario.
Yann, le Breton pieu de la tête aux pieds, a droit à un meilleur développement, de par les moqueries dont il lui arrive de faire l'objet, ou tout simplement parce que la camera prend le temps de s'isoler avec lui. Ce sera moins le cas de ses trois compagnons Emmanuel, Guillaume et Raphaël, lesquels, bien qu'ayant droit à un rapide passage en revue de leur background, n'ont pas encore la chance de nous sembler très émouvants. C'est différent pour José qui, de par son cas un peu particulier (il sort de prison et rejoindre le séminaire est pour lui l'opération de la dernière chance), a droit également à une exposition plus détaillée. Ca s'arrangera sûrement par la suite pour les autres laissés pour compte, ce serait étonnant que certaines pistes aient été lancées sans qu'on ait l'opportunité de les exploiter ensuite.

C'est d'ailleurs assez caractéristique de cet épisode inaugural ; le premier épisode pose des bases de façon assez classique, je dirais même de façon superficielle si je voulais être sévère. Lorsqu'on aborde ce premier épisode, Ainsi Soient-Ils apparaît comme un peu manichéenne pour son autre intrigue : le gentil directeur du séminaire pauvre comme Job face à l'arriviste et revanchard président des évêques dépensant des fortunes pour sa communication, c'est un peu gros, il faut l'admettre. Pour relativiser, je me dis que cette vision un peu binaire des choses va probablement se complexifier à mesure que la série progressera ; de par son poste de supervision des séminaristes, le père Fromenger, en particulier, aura peut-être l'occasion de nous montrer un visage plus sombre. Peut-être.
Pour être honnête, ce n'est certainement pas l'intrigue qui me captive le plus dans Ainsi Soient-Ils, je crains qu'elle ne polarise un peu les positions des personnages (et/ou des critiques...), au détriment de ce qui fait la richesse de l'idée d'origine.

En revanche, dés ce pilote, on sent bien le poids des traditions, ce qui me semble essentiel quand on parle d'une série sur la religion, on l'a vu avec Srugim. Pour le moment la religion dans Ainsi Soient-Ils semble être plutôt quelque chose qui se vit en commun, de par des cérémonies au sein du séminaire, ou d'une hiérarchie à une plus grande échelle. En tant qu'athée, j'ai hâte que les personnages nous invitent aussi, à titre plus individuel, à partager leur foi autant que leurs doutes (en fait c'est à celle seule condition que je comprendrai la valeur de leurs doutes, justement). Il ne faudrait pas que les personnages vivent leur foi comme une évidence ou une habitude, ce serait contradictoire avec la problématique de leur engagement. C'est vraiment ce qui m'importe le plus dans la série, pour être honnête.

En espérant que les bonnes résolutions du pilote allaient tenir, j'ai lancé le suivant... Bon, il y a quelques défauts, c'est net, et on en reparlera à l'occasion du bilan de saison. Mais jamais je n'avais eu l'impression de ressentir ce genre de potentiel pour une série française. Quoi que je pense à l'avenir de la série, on ne pourra jamais m'enlever ça, cette satisfaction de regarder un pilote français plaisant...

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 21:54 - Review vers le futur - Permalien [#]

First world problems

Pour le défi de la saison que whisperintherain et moi avons décidé de relever, direction cette fois le Québec ! Parmi tous les pilotes que nous allons regarder et reviewer cette année, on compte en effet Les Bobos, lancée vendredi soir...
Comme d'habitude, sitôt que whisper aura rédigé sa critique, vous trouverez au bas de ce post un lien qui vous y conduira. Mais depuis qu'on a commencé ce challenge, j'ose espérer que vous connaissez le chemin, quand même !

LesBobos

Peut-on regarder une série écrite par Marc Brunet, avec Marc Labrèche et Anne Dorval dans les rôles principaux, sans que le spectre de Le Coeur a ses raisons ne plane au-dessus de nos écrans ? Hélas non. Et quand cette fine équipe a annoncé son nouveau projet, au printemps dernier, ça nous semblait alors être une bonne nouvelle, à plus forte raison parce qu'on sentait un potentiel parodique proche du Coeur a ses raisons, et qu'on espérait secrètement avoir affaire à une spin-off qui ne dirait pas son nom.
Aujourd'hui il est temps de regarder la vérité en face : quiconque espère trouver ici une copie-carbone de la fameuse comédie québécoise court au-devant d'une grave déception. Les Bobos, c'est le savoir-faire d'un trio qui nous a déjà comblés, mais c'est un projet bien à part qu'il faut savoir prendre comme une série nouvelle, sans nostalgie. Or, une série qu'on attend avec impatience est, par définition, difficile à appréhender de façon objective. Tâchons de faire de notre mieux avec Les Bobos, malgré tout.

Car Les Bobos, bien que n'ayant pas la flamboyance du Coeur a ses raisons, est tout de même solide.
D'abord parce que si on aime les deux comédiens, c'est qu'il y a une bonne raison. Déjà, Labrèche est toujours aussi génial. Il faut le dire, ce mec est un Dieu : sens du timing parfait, expressions toujours justes, c'est un génie. Impossible de ne pas trouver excellent son personnage, son interprétation, ou en fait, les deux. Dorval, comme c'est son habitude, est quant à elle un peu plus en retrait, plus sobre, mais c'est aussi la raison pour laquelle leur tandem a toujours bien marché, après tout. Ils se connaissent sur le bout des doigts, ont une excellente alchimie, se complètent parfaitement : bref, une équipe Labrèche/Dorval, ça fonctionne quoi qu'il arrive. Ici, au lieu de compter sur de l'humour visuel ou même les dialogues comme c'était le cas dans Le Coeur a ses raisons, la série fonctionne essentiellement sur leur diction de mitraillette. Ca fonctionne en diable ! Beaucoup mieux que les passages les plus hystériques, à vrai dire ("ciao, Mario !").

Sur le plan des scénarios c'est un peu différent. Déjà parce qu'ici on est dans une sorte de mockumentary, et que vous savez combien j'ai du mal avec ce genre. Ensuite parce que, pour un premier épisode, le concept des Bobos n'est pas très clair : Etienne et Sandrine Maxou semblent présenter une émission, ou parfois être pris sur le vif, on n'est jamais trop sûrs. Les Maxou ont une sorte de chronique, ils introduisent également certains passages de l'épisode, et à certains moments, ils sont supposés être filmés presque à leur insu... et vraiment c'est assez perturbant qu'il n'y ait pas eu un choix plus net du style à donner à l'épisode. En fait cela fausse même le propos : s'ils animent une émission "culturelle", comme certains passages le laissent penser, il est moins étonnant qu'ils se mettent un peu en scène. Et du coup la critique tombe à l'eau.
Car vous l'aurez deviné au ton péjoratif de son titre, Les Bobos est une comédie qui a décidé d'égratigner les fameux "bourgeois bohème" pompeux qui pensent être proches du peuple et qui font en fait partie d'une pseudo-élite intellectuelle ridicule, aux goûts de luxe et aux préoccupations superficielles.
L'autre souci des Bobos, c'est que ce premier épisode n'est pas franchement révolutionnaire dans son choix de situations. Il y a une sorte de "gag suivi" sur le fait que nos deux bobos ont un don hors du commun pour donner des indications totalement inutiles pour se reprérer dans les rues du Plateau-Mont-Royal ; c'est très cliché et on s'attendrait presque à entendre les rires enregistrés de Juste pour rire. Certains passages ont aussi de bonnes idées, mais leur réalisation est lourde, à l'instar de la visite de l'épicerie italienne.

La série parvient à éviter l'écueil de la redite avec Portlandia, qu'on aurait pu craindre. Le fait que les personnages soient toujours les mêmes aide, déjà. Et ensuite, contrairement à Portlandia qui décrit une ville entière de hipsters, les Maxou ont un peu l'air d'être les seuls bobos de la série, passant d'autant plus pour des extraterrestres ridicules.
L'une de mes séquences préférée est celle qui accueille un guest de choix : Xavier Dolan. Etienne et Sandrine se réjouissent en effet de pouvoir se vanter à voix haute de recevoir Xavier Dolan à dîner ; ils s'appellent les uns les autres pendant de longues minutes, se laissant des messages contradictoires en permanence tout en abusant du name-dropping, et ça marche très bien. De la même façon, le passage sur le café est très efficace, et absolument hilarant. Dans ces séquences-là, aucune rupture de rythme, mais surtout, le propos n'est jamais perdu de vu, écorchant en permanence les personnages et leur ego hypertrophié, et soulignant leur forme si particulière de bêtise. C'est quand même ça qu'on cherche !

Ce premier épisode n'est clairement pas parfait ; cependant, il comporte des ingrédients délicieux qui font que je place de grands espoirs dans la série. J'ai ri à plusieurs reprises, après tout, je suis toujours aussi admirative de l'évidente symbiose entre Marc Labrèche et Anne Dorval, et j'avoue que j'ai très envie de voir la suite, malgré les petits loupés de ce premier épisode. Clairement, l'intention est là, les idées aussi, il faut peut-être un peu de temps pour que tout se mette en place correctement pour Les Bobos. Je serai au rendez-vous pour le vérifier. Après tout, on a 26 épisodes devant nous...
Oh et avant que j'oublie, faites-moi penser à vous parler du générique !

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 12:23 - Review vers le futur - Permalien [#]