ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

31-08-12

C'est un bon chien, ça !

Avant ma coupure d'internet, vous vous rappelez sûrement que je vous avais entretenus d'une série néo-zélandaise, Hounds. C'est pas que la saison soit longue : 6 épisodes. Mais il s'avère que quand j'ai fini par rattraper mon retard, à l'issue duquel j'ai vraiment eu envie d'acquérir le DVD de la série, trois mois déjà s'étaient écoulés depuis mon premier post (et son lancement). Cependant, même en retard, ce qui fut dit, fut fait, et me voilà aujourd'hui devant vous pour chanter les louanges d'une dramédie vraiment pas comme les autres. Et avec, en guise de bonus, un nouveau test de site international pour vous procurer des séries étrangères, c'est cadeau.

A l'époque du pilote, j'avais pu vous dire combien le ton de Hounds n'était pas aux singeries, mais se situait plutôt dans un humour pince-sans-rire et à contretemps du plus bel effet. Cette impression est renforcée par mon visionnage de l'intégrale. Ce qui fait de Hounds une si grande réussite, c'est son goût à la fois de l'absurde, du grossier même, et pourtant, son sens de la subtilité. La série a choisi un contexte rustre, présente plusieurs personnages mal dégrossis, et pourtant, elle parvient à maintenir une certaine finesse. L'équilibre semble instable sur le papier mais les épisodes sont au final très réussis grâce à ce sens de la mesure.

Qui plus est, la série refuse d'aller là où on pourrait s'attendre. Quand, dans le pilote, Will est contraint de revenir dans la vie de sa demi-soeur, plus jeune que lui de près de 20 décennies, et qu'il n'a jamais rencontrée, on s'attend surtout à ce que les personnages se retrouvent confrontés à leurs différences. Avec, d'une part, Lily et l'entraîneur canin Marty, plongés dans l'univers des courses de chien, et de l'autre Will et sa petite amie Amber, un peu snobs. Mais pas du tout. Déjà parce que Will, même si au début il le fait à reculons, cherche vraiment à s'intégrer dans cet univers. On n'est pas dans une logique typique de tant de séries, où l'humour repose sur le fait qu'un personnage extérieur se retrouve plongé dans un monde qui lui semble absurde, fou, ou les deux, mais plutôt dans une série où Will accepte sans manières de devenir un peu absurde et fou.
La série va plusieurs fois, en l'espace d'à peine 6 épisodes, prendre des décisions étranges, sur lesquelles je ne m'avance pas, mais qui se traduisent aussi bien dans la vie sur le champs de course qu'au boulot de Will. Et comme Hounds n'est pas du tout prévisible sur le long terme (et assez peu sur le court terme), ça la rend délicieusement rafraîchissante, forcément.

Mais ce n'est pas tout, car très vite, on comprend que Hounds est aussi et avant tout une histoire de tendresse. Celle, naissante, entre Will et Lily, bien-sûr, à laquelle on pouvait évidemment s'attendre. Mais aussi l'affection que porte Lily à Lundy Dixon Watson, le chien de son défunt père, et à l'entraîneur Marty. Le clan se soude très vite autour de questions qui auraient pu faire débat, de façon à vite former un noeud de personnes qui ne se comprennent pas forcément, mais qui s'acclimatent très vite à la vie ensemble, et l'apprécient.
Lily, en particulier, va s'attacher à Will d'une façon qui a de quoi arraché des petits sourires émus au spectateur. Rappelons que le personnage est celui d'une adolescente plutôt futée (mais, on l'a dit, par irritante ni supérieure), sarcastique, et consciente de ne pas forcément baigner dans un monde où les adultes sont très sérieux. Mais sa rapidité à tenir pour acquise la présence de Will dans sa vie adoucit incroyablement le portrait, et permet de sortir des poncifs sur l'adolescente trop intelligente. Et puis, Lily n'est parfois qu'une jeune ado comme les autres, futée, oui, mais terriblement vulnérable, et capable de ressentir des déceptions, et ainsi, tout en restant la force motrice de bien des intrigues, elle présente une sensibilité qui la fait vraiment sortir du lot des personnages adolescents équivalents. Je n'ai aucune idée de l'âge de l'actrice (difficile de dire si Susana Tang a vraiment l'âge de Lily), mais je l'ai trouvée étonnante.

Mais cette tendresse dont je vous parlais ne s'arrête pas là. Hounds parle de courses de lévriers, et est décidée à en parler avec la plus grande douceur, et une complaisance touchante. Dans cette série, l'adjectif "populaire" n'est pas pris comme un terme péjoratif : les courses de lévriers sont, certes, le loisir d'une certaine catégorie de gens, pas forcément très raffinés, mais ils ont du coeur, non seulement parce qu'ils aiment ce qu'ils font, mais aussi parce qu'ils aiment leurs chiens, et enfin, qu'ils aiment les autres gens qui font comme eux et aiment leurs chiens comme eux.
Et la force de Hounds, au bout du compte, c'est d'apprendre à connaître cette communauté dans laquelle avoir son propre boc au bar du champs de course est un signe extérieur d'importance sociale, où se murger le soir pendant les courses est au moins aussi important qu'entraîner son clébard le reste de la semaine, et où on accueille à bras ouvert quiconque a l'esprit dans la même configuration. Ce n'est pas pour rien qu'on assiste moins souvent, dans la série, à des scènes au bar, qu'à des courses de chiens...
Voir Will ne pas s'opposer à tout cela, se laisser gentillement emporter, même s'il ne comprend pas tout, est vraiment l'oeuvre de cette première saison pleine de charme. Il apprend à aimer les us et coutumes du champs de course ; à parler avec ces gens au lieu de les regarder de haut parce que lui, môssieu, est avocat ; il s'ouvre à une nouvelle expérience qui n'avait rien de super prestigieux, et c'est une jolie aventure à observer.

Hounds-Promo

Mais n'allez pas croire que tout n'est que bons sentiments dans Hounds. En dépit de son caractère bon enfant, la série a aussi des passages plus sombres à proposer, et non des moindres ; c'est ce qui l'empêche de se qualifier comme comédie, quand bien même elle en utilise de nombreux ressorts. Qu'en l'espace de 6 épisodes, elle revienne à deux fois sur une question de décès, n'est par exemple pas innocent. Sans parler, à mesure que la série progresse, des questions financières qui commencent à être soulevées...
Hounds a aussi une part plus terre-à-terre, qui finalement colle bien à l'univers populaire qu'elle s'est choisi, et nous ramène à la réalité plusieurs fois. Une certaine réalité, bien-sûr, un peu farfelue, mais réalité quand même.

Et c'est avec cette sincérité étrange, que Hounds accomplit son charme. Ce n'est pas une série qui vous fait vous esclaffer de rire systématiquement (ça arrive, cela dit), il faut vous y préparer, mais c'est une série qui oscille énormément dans le ton qu'elle s'est choisi, et qui réussit quoi qu'il arrive à atteindre son but. Le second décès sera même extrêmement déchirant, ce qui est absolument ridicule quand on connaît la durée de la saison !
Hounds est comme ses chiens : improbables créatures filiformes qui semblent fragiles, mais qui ne demandent qu'à détaler et franchir la ligne d'arrivée avec brio. Ca a été pour moi une très jolie rencontre que cette série au ton particulier.

Comme toujours lorsque je commande à l'étranger sur des sites moins connus qu'Amazon, un petit détour par un magasin en ligne néo-zélandais, Mighty Ape. Bon, niveau navigation, déjà, il faut le dire, tout est limpide ; il y a un rayon séries bien pourvu en séries locales (on aperçoit au moment où je vous parle Outrageous Fortunes, Burying Brian et The Almighty Johnsons en accueil de la rubrique, ce qui nous change des sites qui mettent principalement en avant les séries US, une vraie plaie quand on fait son shopping international). Alors résultat, pour 28,99 dollars néo-zélandais (soit 18,52€), on peut acheter le DVD de Hounds sans complication. Bon, moi j'en ai profité pour acheter une intégrale d'une série canadienne que je ne connaissais pas dans la foulée (Show Me Yours, diffusée par Showcase voilà quelques années), eh bien le total m'est revenu à 58,98 dollars NZ, frais de port inclus, l'équivalent de 39,96€. Autant vous dire que pour trois saisons de séries pas super accessibles, ça valait le coup de mon point de vue.
Il me faut en plus ajouter que la livraison a été d'une rapidité à toute épreuve : la commande a été passée le 23 août au soir, le colis a été mis dans l'avion le 24, et le 31 le DVD était dans ma boîte aux lettres. Franchement, il est arrivé à Amazon France d'être incapable de faire aussi bien ! Donc Mighty Ape, je recommande pour vos envies de séries néo-zélandaises, vraiment. Dans une prochaine édition, je vous raconterai comment éviter un autre fournisseur néo-zélandais bien moins arrangeant. On en reparle quand viendra le moment du bilan de cette autre série.

Alors tout ça pour dire : vous pensez bien, l'expérience Hounds cet été a été couronnée de succès à tous les niveaux.

Et d'ailleurs, en parlant de succès, la production de la série espère actuellement qu'on lui commandera une saison 2 (et j'ai lu plusieurs articles encourageant la chaîne TV3 à aller dans ce sens, dans la presse en ligne néo-zélandaise), donc avec un peu de chance, on reparlera encore de Hounds !

Posté par ladyteruki à 23:52 - Review vers le futur - Permalien [#]

30-08-12

[#Ozmarathon] 5x06, redemption song

Alors, bon. Autant écrire sur l'épisode précédent était une balade dans un parc, autant l'épisode musical d'Oz, c'est une autre paire de manches. Mais ça faisait de nombreuses années que je voulais le voir, cet épisode (je l'avais systématiquement raté jusque là), alors entendu, défi relevé ; je vais faire mon possible pour lui trouver une review adaptée.
Que le spectacle commence !

Ozmarathon-5x06

Mais d'abord, je dois commencer par vous confesser que je m'attendais à un épisode bien différent. Je pensais que les numéros musicaux, sans forcément revêtir une autre forme (même si assister à un grand numéro de claquettes collectif dans la cour centrale d'EmCity aurait eu son charme !), allaient être plus nombreux. Au lieu de ça, l'épisode est relativement classique dans sa construction comme sa mise en scène, si l'on excepte quelques parenthèses narratives musicales.
Les protagonistes de l'épisode passent en effet, un à un, dans la cellule jusque là dévolue aux monologues d'Augustus Hill. Là, de la même façon qu'il pouvait errer philosophiquement ou politiquement, nos nouveaux narrateurs trouvent un espace clos, protégé, sans public, personnalisé, où ils peuvent exprimer leurs sentiments en musique, comme dans des apartés qui n'appartiendraient qu'à eux et nous.

Alors du coup, vous l'aurez peut-être deviné, mais Augustus Hill est justement absent de cet épisode. Suite à ses ennuis de santé, il a donc été envoyé à l'hôpital, et en son absence, non seulement la place de coryphée est occupée, mais au sein même de la prison, la question se pose de savoir comment il a réussi à prendre de la drogue et à se saborder physiquement, alors que pendant si longtemps, il avait été l'homme le plus rigoureux de tout Emerald City.
Non seulement McManus est sur le coup, mais Burr est également sur le coup.
Il y a plein de choses qu'on peut reprocher à Burr, mais certainement pas son attachement indéfectible à Augustus, dont on jurerait qu'il s'est convaincu être le père. Il s'est donc mis en tête de mener sa propre investigation dans la prison afin de savoir qui a vendu de la drogue à Hill, et dépêche Poet sur la question, sans savoir que ce dernier n'est pas clean (à bien des égards). Lancé sur la piste du responsable, Burr semble aveuglé par la vengeance, ce qui d'ailleurs inquiète McManus qui l'a autorisé à chercher le coupable (pratique de déléguer ce genre de tâche ingrate, McManus !) mais qui tient à régler les choses dans les règles, c'est-à-dire dans son bureau. Connaissant Burr, je ne suis pas certaine que ce soit une chose possible. La rage de Burr est visible, et, s'il finit par comprendre à qui on doit l'absence d'Augustus, ça pourrait bien tourner au carnage.

One way or another I'm gonna find ya
I'm gonna getcha getcha getcha getcha
One way or another I'm gonna win ya
I'm gonna getcha getcha getcha getcha
One way or another I'm gonna see ya
I'm gonna meetcha meetcha meetcha meetcha
One day, maybe next week
I'm gonna meetcha, I'm gonna meetcha, I'll meetcha

Libéré de ses doutes (et de l'isolement), Saïd a retrouvé le chemin de la raison. Il est même plus clairvoyant qu'il ne l'a jamais été.
Le voilà qui retourne à EmCity avec la ferme intention de se montrer plus ouvert, plus tolérant, et d'offrir à Omar une aide véritable et profonde, et pas de le traiter comme un homme qui lui doit tout pour se reconstruire. En rendant à Omar sa dignité et son indépendance, il permet ainsi à son protégé de trouver en lui-même la force insoupçonnée de refuser la drogue et de prendre du plaisir à être lui-même, au mieux de ses capacités.
En parallèle de la révélation qu'Omar a trouvé la clé de la geôle où la drogue l'enfermait, Kareem offrira (et c'est vraiment le terme tant la démarche déborde de générosité) à ses disciples un monologue ahurissant, comptant certainement parmi les plus puissantes réflexions sociales de la série, sur la servilité et la liberté. C'est le genre de raison pour laquelle Oz reste l'une des plus grandes séries de l'histoire de la télévision : le propos est intelligent, articulé, et parle de la communauté des afro-américains musulmans au sens bien plus large que la population de la prison. On touche au sublime. Désormais, on le voit aussi à travers cette envolée, Saïd est réellement un esprit libre, il a réellement brisé les chaînes idéologiques dont il n'avait cessé vouloir se délester depuis son arrivée ; et j'ai apprécié que pour une fois, les autres Musulmans accueillent son discours sans scepticisme, bien qu'étant, et ça se comprend, un peu pris de court.
A présent on peut réellement dire que Saïd est prêt à se dépasser lui-même, à transcender sa soif de pouvoir ou de supériorité morale, pour acquérir une véritable liberté intérieure, un parcours au long duquel nous l'avons laborieusement accompagné pendant des années...

All we have to do now
Is take these lies and make them true somehow
All we have to see
Is that I don't belong to you
And you don't belong to me
Freedom
You've gotta give for what you take
Freedom
You've gotta give for what you take

Ce qui couvait depuis plusieurs épisodes se produit enfin : la raison pour laquelle Alvarez s'était engagé auprès des chiens d'aveugle. Il veut en effet dresser Julie puis l'offrir à Rivera, afin d'essayer de se racheter, au moins un peu, du tort causé. On n'est à vrai dire pas surpris de cette démarche : les spectateurs ont pris l'habitude depuis longtemps maintenant de considérer Alvarez comme l'être le plus inoffensif de toute la série.
D'ailleurs, lorsque l'idée est soumise à Rivera et son épouse, leurs doutes nous paraissent presque déplacés : comment, Alvarez aurait d'autres intentions peu claires ? Il serait prêt à dresser le chien pour finir le travail commencé ? On peut évidemment comprendre que le traumatisme soit encore très présent, mais on a envie de leur dire qu'il n'y a pas plus doux qu'Alvarez ! La personne à qui ce prisonnier a causé le plus de tort, c'est quand même essentiellement lui-même, osons-le dire (sans vouloir minimiser le crevage d'yeux de Rivera, évidemment), donc ça reste assez obscur pour le spectateur. A plus forte raison parce que l'épisode n'ira pas tellement plus loin sur cette intrigue, préférant continuer à regarder Alvarez se donner à 200% pour dresser sa chienne et la protéger. D'ailleurs ça ne peut pas bien finir, on en est tous conscients.

Who let the dogs out (woof, woof, woof, woof)
Who let the dogs out (woof, woof, woof, woof)
Who let the dogs out (woof, woof, woof, woof)
Who let the dogs out (woof, woof, woof, woof)

Quand Beecher subit une fois de plus l'aggressivité du jeune étudiant qu'il avait pris sous son aile au nom d'une amitié passée avec sa famille, notre survivant de l'impossible décide que cette fois, trop c'est trop. La moralité c'est une chose, la fierté en est une autre. Il décide donc d'en finir avec les humiliations de celui qui devrait le remercier pour avoir (littéralement) sauvé ses miches.
Le pacte proposé par Schillinger dans l'épisode précédent ? Beecher va, de façon peut-être un peu précipitée par l'énervement, finalement l'accepter : il préfère effectivement avoir une chance d'approcher Keller que de continuer à protéger un petit con qui l'insulte et l'attaque (et en public, par-dessus le marché). L'énergie déployée par Beecher est terrifiante à observer. Il passe de scène en scène avec rapidité, s'assurant que tout va bien marcher. Tout ne peut que marcher. Il a accepté de faire confiance à Schillinger, accepté de lui livrer en pâture une victime qui va vivre le même Enfer que lui, accepté de s'asseoir sur ses principes, accepté l'inacceptable, pour pouvoir retrouver Keller, alors ça ne doit pas foirer. Le marché avec Schillinger est, avant d'être un accord passé avec son pire ennemi ou un pacte avec le Diable, un compromis vis-à-vis de sa propre moralité, et il en est sans doute un peu conscient : il fait les choses rapidement pour ne pas avoir le temps de changer d'avis, aussi.
Et pourtant, le plan ne va tout de même pas conduire au résultat prévu : Schillinger va bien avoir ce qu'il veut, mais pas Beecher. Et une fois n'est pas coutume, il ne s'agit pas d'une entourloupe mais d'un bête hasard.
La scène finale de l'épisode dans laquelle, retrouvant son ancien protégé qui vient de subir les pires outrages, Beecher est pris de pitié et s'approche de lui pour lui venir en aide, nous montre un Beecher qui a accepté la compromission. Qui ne ressent pas, ou pas pour le moment, de remords, et qui a sans doute accepté tout cela comme étant le compromis que chacun doit faire : troquer un peu de son idéal afin de grapiller quelques miettes de bonheur. Et à chacun de faire son expérience à Oswald pour apprendre sa leçon.

So meet me in the middle
Well come on let's make up a dance
And we'll agree to call it the compromise
It's no sense in complaining
If it doesn't change our minds
Well take me by the hand let's compromise

Mais dans cet épisode totalement improbable et bigarré, les plus tristes secrets sont ceux que l'on murmure en plein jour, au beau milieu d'une salle d'audience, au creux de l'oreille d'une chaussette.

It's oh so quiet
It'a oh so still
You're all alone
And so peaceful until...

Posté par ladyteruki à 01:15 - Plus on est de fous - Permalien [#]

29-08-12

[#Ozmarathon] 5x05, boys don't cry

Après une longue pause (près de 3 mois), notre "EmCrew" est de retour afin de poursuivre son #Ozmarathon. Alors je ne sais pas si c'est le petit hiatus estival ou l'épisode lui-même, mais je me suis retrouvée plongée dans une série que j'ai trouvée plus sombre que je ne l'avais quittée...

Ozmarathon-5x05

Je vais passer sur les intrigues les plus secondaires, car ce n'est pas ce qui m'a marqué dans cet épisode. Le billet de loto de Rebadow, par exemple, en est une ; c'était touchant mais tellement prévisible que ça n'atteint son plein potentiel (même si le speech de l'officier Murphy sur la responsabilité personnelle était absolument parfait), ou bien le bref passage par la vie sans nuages d'Alvarez (c'est d'ailleurs pas très normal !). Quant à l'intrigue liée au bus, franchement, j'écoutais seulement à moitié, c'était très cliché.

Comme toujours, l'épisode commence par l'intrigue la moins intéressante. Il s'agit une fois de plus de suivre Omar, et autant l'avouer, on n'en a plus rien à faire de ce personnage, qui se traine depuis ce qui semble être plusieurs dizaines de saisons sans jamais réussir à justifier son existence scénaristique. On ignore toujours ce que les scénaristes peuvent lui trouver car il ne nous émeut jamais. Ca doit venir des supplications constantes. C'est insupportable. Et même quand on pense qu'Omar va se ressaisir et redevenir maître de sa Destinée, s'il l'a jamais été, on obtient finalement une intrigue où c'est Kareem Saïd qui nous intéresse, et pas du tout Omar. Dont franchement j'ai jamais retenu le nom de famille.
Saïd est, d'ailleurs, particulièrement touchant dans cet épisode. Ca confine même à la tragédie. On l'a vu dans le meilleur et dans le pire, Saïd, et très honnêtement, le pire se déroule souvent quand il croit être le meilleur, alors on ne s'attend plus vraiment à de grosses surprises venant de l'imam Saïd. Vous savez, quand on a tué le plus gros vicelard de tout Oz, les surprises, on en revient un peu. Encore une fois, Kareem s'était trouvé un protégé, et encore une fois, sa mission allait rater, c'était évident. On ne pensait simplement pas que cela le déchirerait autant. Il savait mieux retomber sur ses pattes, avant.
Mais là, Saïd, qui ne se remet pas vraiment de ses blessures, faut croire, il est à genoux. Il espérait avoir retrouvé un peu de sa dignité, de sa hauteur, et il s'aperçoit que ce en quoi il croit le plus, la conviction qu'il a de sa capacité à s'élever spirituellement au-dessus de la masse, lui a encore fait défaut. Et il est ramené, comme il le dit, à son humanité, celle qu'il passe à fuir en se cachant derrière de divin, et il a encore une fois perdu son combat.
La scène pendant laquelle Saïd se met à pleurer dans le giron de McManus, Seigneur ! Je n'étais pas loin d'aller chercher un ours en peluche et de sangloter en suçant mon pouce. Quelle scène traumatisante, venant d'un homme qui a absolument tout vu, et survécu à tout, et qui semblait avoir retrouvé un semblant de confiance en lui. Je crois que, plus encore que les tortures physiques imposées aux prisonniers, ce sont ces conséquences-là de la vie à la prison qui me semblent les plus dramatiques. Et de mon point de vue, c'est au moins aussi spectaculaire qu'un mec qui se fait saigner vivant.

Du côté de Beecher aussi, l'écrasement est terrible. On parle d'un mec à qui on a tout fait subir. Tout. Supplices physiques, et notamment sexuels, tortures mentales (dont amoureuses). Ce mec, le monde lui est tombé sur la gueule depuis 6 ans maintenant. Et au moment où il pense avoir repris le contrôle, il s'aperçoit qu'on lui nie ce passé. D'abord parce que son protégé le renie. Une amitié entre les deux familles (celle de Beecher et celle de l'étudiant) qu'il tenait en haute estime, et qui faisait partie des rares bagages de sa vie avant la prison qu'il avait conservés. Mais au nom de son homosexualité, le voilà renvoyé à une pauvre pute de la geôle, la lie de la société carcérale, la "bitch" des autres prisonniers. Tout ce qui fait qu'aujourd'hui Beecher est capable de tenir debout lui est soudain renvoyé comme de la merde au visage.
Pire encore, en faisant mine de mettre en pause leur espèce de concurrence par proxy, Schillinger parvient même à essayer de lui faire nier l'importance des abus sexuels subis. Cette enflure de Schillinger réussit en effet en un même mouvement à admettre un tort et à ouvertement annoncer qu'il veut le reproduire ! Et Beecher, parce qu'il espère être un homme digne et compréhensif, ne voit rien passer, jusqu'à être à deux doigts du point de non retour. Sa mine déconfite lorsque Schillinger lui apprend que s'il cède son protégé au nazillon, Beecher aura accès à ce qu'il veut et notamment Keller, c'est atroce. Soudain Beecher comprend qu'il a le choix entre renier un abus passé et ne pas céder un pouce de terrain sur ce qu'il a endurer, mais ne pas retrouver l'homme qu'il aime. De justesse, Beecher fera le choix de la droiture, mais on ne peut que souffrir pour lui à l'idée que pendant un instant, on a failli lui soustraire la reconnaissance des horreurs infligées.

Le cas O'Riley est à mes yeux le pire des trois, mais il relève de la même logique. Ryan tente désespérément de réunir l'argent pour engager un grand avocat qui pourrait sauver Cyril du couloir de la mort. Mais sa famille n'a pas l'air prête à mettre la main au portefeuille...
"There's more. There has to be more to a family than just blood, Ryan. More than Christmas dinners and the birthday cakes, and more than old hurts and unsettled scores. We're not a family. We never have been". Je dois dire que cette réplique m'a totalement flinguée. Peut-être que c'est parce que je m'y suis beaucoup retrouvée, mais j'ai trouvé ça encore plus dur que tout le reste. Ryan, il est comme il est, on va pas redire ce qui a été dit dans les reviews précédentes, pour lui la fin justifie les moyens, c'est le mec qui a un objectif, qui essaye de penser froidement pour l'atteindre, et qui parfois perd son contrôle quand on touche à son sang (et par extension, donc, celui de Cyril). Ce mec-là, il s'est battu seul pendant des années, ensuite il a englobé Cyril, et il a finit par se trouver une maman, un truc totalement inespéré. Ryan, il n'a même pas les liens éthniques pour le tenir, parce que quand il utilise l'argument irlandais, c'est soit pour se définir identitairement lui-même, soit pour utiliser des faveurs. En-dehors des liens du sang, il n'a rien ce mec-là, c'est tout sa vie. Alors, c'est certainement le seul type de la prison à qui on a pas le droit de dire qu'il n'a pas de famille et que les liens du sang ne priment pas sur le reste. C'est le seul gars à qui tu enlèves tout quand tu enlèves ça. Et il essaye désespérément de se battre contre cet argument que lui oppose sa tante Brenda, mais il peut pas, parce que les liens du sang, ça n'a pas de sens quand on est seul à leur prêter de l'importance. Ca ne marche pas.
On ne peut pas forcer les liens du sang sur quelqu'un. Je crois que, plus que la sentence de sa tante qui avance gentillement que, ça se trouve, laisser Cyril être exécuté, c'est ptet pas plus mal, plus que ça encore, entendre que les liens du sang ne valent rien, c'est ce qui brise sa volonté de remonter ses manches et résoudre un problème de plus.
Et franchement, voir O'Riley abandonner, c'est du plus haut déchirant. Il a baissé les bras. Il va voir Cyril et il a laissé tomber.

Et je crois que c'est la raison de plus pour laquelle cet épisode d'Oz compte parmi les plus douloureux à regarder.
Parce qu'au bout du compte, si on met de côté la violence, le sexe, la saleté et les bassesses ; le plus dur, à Emerald City, c'est de devoir accepter de lâcher ce bout de soi-même où on pensait résider, le petit bout d'humanité qu'on essayait de garder précieusement pour pas lâcher la rampe, et de faire cette ultime concession. C'est ce dont l'épisode m'a semblé parler, et vraiment, ça a de quoi me tirer les pires larmes. Heureusement, hors d'Oswald, il est permis de pleurer ; croyez-bien que je ne m'en suis pas privée.

Posté par ladyteruki à 22:44 - Plus on est de fous - Permalien [#]

La fin justifie l'absence de moyen

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons un petit défi, blah blah blah, tester tous les pilotes et les reviewer, etc., bon. Vous commencez à connaître le refrain. En tous cas le coup d'envoi de la rentrée est bel et bien donné, car entre les pilotes qui commencent à être diffusés, et ceux qui commencent à leaker, on a tout juste pied. Alors tâchons de tenir le rythme, et passons si vous le voulez bien à une autre série de NBC, The New Normal.
Et évidemment, en lien à la fin du post, je mettrai dés qu'elle sera postée un lien vers la review de whisper, pour que vous puissiez continuer de lire et comparer nos deux avis.

TheNewNormal-Promo

Ah, c'est très, très malin ce qu'a fait Ryan Murphy avec The New Normal. Très, très malin. Non vraiment, chapeau.
Prendre un sujet de société ultra-polémique, et en faire une comédie extrêmement militante, ça permettait de ne pas du tout se poser la question de la qualité : si on critique les personnages clichés, les situations convenues ou les dialogues franchement légers, il est facile de se voir opposer une réaction navrée du type, "t'as pas d'humour", ou, en version plus outrée, "je pensais pas que tu étais homophobe". Après tout, c'est écrit par un gay, il doit connaître son sujet, non ?!
Et c'est là que c'est particulièrement bien joué. Il n'y a pas de débat possible. Non pas autour du thème de la série (bien que celle-ci, entre autres de par son titre, réduise toute possibilité de questionnement à zéro), mais autour de sa qualité, justement de par le sujet et la façon de le poser. Parce que, si vous n'avez pas été réceptif, c'est tout simplement que vous êtes un bigot en puissance et puis c'est tout.

Le problème, c'est qu'en abordant le pilote de The New Normal, on ne devrait même pas avoir à se demander quelle opinion on a sur le sujet (et en écrivant une review, on ne devrait pas non plus avoir à clarifier sa position).
On ne devrait pas se dire "enfin une série qui fait un peu avancer les mentalités !", car faire avancer la société ne repose pas sur une seule série (mais sur plusieurs, si possible pas toutes produites par la même personne), et surtout, émane rarement d'une volonté aussi évidente de vouloir imposer un discours.
On ne devrait pas se poser la question, qui plus est, tout simplement parce que ce n'est pas le thème de la série qui détermine sa réussite, mais la façon dont on peut se lier avec les personnages. La parentalité, c'est universel. Envisager de devenir parent, et ce faisant, se demander quel sera le poids de l'hérédité et des conditions dans lesquelles l'enfant va grandir, c'est universel. Bien-sûr, les mères porteuses, les parents gays super-riches, et toute cette sorte de chose, ça n'a rien d'universel. Mais si The New Normal fait bien son boulot, ça ne devrait pas entrer en ligne de compte. C'est justement comme ça qu'on fait avancer les mentalités.
Mais à la vue de The New Normal, comment ne pas concéder un peu de crédit à ceux qui parlent de gay agenda ? Et, par ricochets, comment contredire ceux qui prétendent que Hollywood veut à tout prix imposer une certaine vision de l'homosexualité ? Comment peut-on ensuite leur opposer qu'il ne s'agit pas de forcer les choses, mais simplement d'obtenir l'égalité... quand, à côté, on a The New Normal ? C'est comme un adolescent qui promet qu'il sera sage pendant le weekend où il reste seul à la maison... pendant qu'un de ses copains décapsule une bière sur le canapé ! Difficile de conserver un semblant de sérieux quand Ryan Murphy, qui a intégralement bâti sa carrière sur la provoc' et le je-m'en-foutisme, est à côté en train d'allumer un spiff d'une main pendant qu'il écrit un épisode de Glee de l'autre, alors que juste à côté, toi, tu promets aux neo-cons avec ta plus belle tête de premier de la classe que, juré, c'est une question d'égalité.

Dans le fond, ce n'est pas de cela qu'il devrait s'agir en commençant le pilote de The New Normal, mais simplement de télévision. Comme chaque fois qu'une série avec un sujet à polémique démarre, ce sont ses qualités et uniquement elles qui feront la différence.
Et à plus forte raison pour nous, téléphages, qui devrions être capable de regarder une série pour celle qu'elle est et pas seulement pour ce qu'elle essaye de signifier en période d'élections présidentielles. Du moins faut-il espérer que nous avons acquis, avec l'expérience et le nombre de séries que nous avons vues, le recul nécessaire pour ne pas tomber dans le panneau.

Alors, tentons d'éviter l'écueil du débat facile, qui ne manque(ra) pas d'entourer The New Normal, et concentrons-nous sur les qualités intrisèques de son épisode pilote.
Ce ne sera pas aisé, car il n'y en a pas beaucoup.

En fait, tout bien pesé, je n'ai relevé qu'une seule bonne scène : celle pendant laquelle Bryan et David sont ensemble, dans leur lit, et parlent de leur paternité à venir à coeur ouvert. Les grimaces sont loin, les personnages sont honnêtes, et il émane de cette scène une tendresse pétillante qui est, à mon sens, ce qu'on vient trouver dans une comédie dont le slogan a le culot d'être "a post-Modern Family" (pun obviously intended). Les personnages sortent, en cet instant, de la caricature dans laquelle ils ont été fourrés avant cette scène (et hélas, après), et nous offrent pour la première fois la possibilité de nous attacher à eux. Car nous avons besoin de ça pour les suivre dans leurs délires.
Mais je réalise en écrivant cette phrase que je n'ai aucune idée de quels délires il s'agit. En fait, tout bien réfléchi, je suis incapable de citer un seul passage qui me soit apparu comme voulant être drôle (sans même envisager de déterminer s'il y a réussi). Outre les personnages caricaturaux (l'un des deux gays, son assistante, la grand'mère de la mère porteuse), il n'y a aucune scène d'humour. Il y a une engueulade sur la fin, mais elle ne cherche pas tant à être drôle qu'à surprendre. A part ça, non, rien. Et ça me fait un choc parce que tout le long de l'épisode, je me suis dit "ils traitent vraiment ça à la légère", et je pensais que je parlais d'humour mais à présent je réalise que non, ce qu'ils ont traité à la légère dans le pilote de The New Normal, c'est à la fois les personnages, les rebondissements... et le genre-même. Ce n'est pas une comédie. Il n'y a aucune forme d'humour : ni slapstick, ni répliques piquantes, ni comique de situation, non, aucun mécanisme de tout le pilote qui puisse faire penser qu'on a affaire à une comédie. On pourrait imaginer qu'étant une comédie en single camera, The New Normal a décidé d'employer une forme d'humour plus discrète, comme l'ironie, mettons, mais rien n'apparait non plus sur le radar. Pourtant, de par son format et l'absence totale de profondeur de ses personnages, on ne peut certainement pas dire que le pilote de The New Normal puisse prétendre au titre de drama. Alors que diable viens-je de regarder ?!

Mais calmons-nous et essayons de trouver d'autres qualités. Pour avoir réussi à passer le cap du développement, The New Normal a forcément réussi quelque chose.
L'exposition des personnages, peut-être ? Et pourtant... En-dehors des longues minutes de souffrance autour du personnage d'Ellen Barkin, aucun personnage n'a vraiment bénéficié d'une introduction détaillée, et à vrai dire, surtout pas les deux papas, qui s'enferment immédiatement dans leur rôle hétéronormé pour n'en jamais sortir. A vrai dire, la mise en situation de Goldie (qui deviendra la future maman, et contrairement à ce que voudrait vous faire croire la chute de l'épisode, ce n'est pas un spoiler parce que c'est le pitch de la série et qu'on y trouve une référence sur toutes les promos) m'a même semblé horriblement confuse, en cela que la réalisation m'a fait croire à un flashback pendant une scène clé, et ce n'en était pas un. Je n'avais même pas percuté que ça se déroulait au présent lorsqu'elle a surpris son mari la main dans le pot de confiture (pardon pour l'image). Et pour finir, le cliché de la gamine plus mature que tout le monde est ici utilisé de façon insupportablement peu inventive.
Non, attendez, on a peut-être un espoir avec la façon d'amener le sujet. Au sens où quels que soient les personnages, l'essentiel est d'amener la question sur la table de façon intelligente... comme avec... euh, un faux micro-trottoir ? Car il faut l'admettre, le passage au cours duuel les parents gays essayent de comparer leur situation à celle d'autres parents dans un jardin d'enfants avait autant d'honnêteté intellectuelle que Philip Rosenthal. Donc ce n'est pas là non plus que le pilote de The New Normal a réussi.
C'est forcément autre chose. Quelque chose qui justifierait l'investissement par une chaîne (déjà à la traine) dans un projet... Le montage ? Ou, non, pas le montage : la musique ! Oui, c'est ça, la musique est... Euh, non, je sais pas, euh, il y a forcément un truc qui vaut la peine d'être vu dans ce pilote, non ? ...Les fringues ?

Dans son élan pamphlétique, l'épisode inaugural de The New Normal s'avère en fin de compte être d'une pauvreté affligeante, tout simplement parce qu'il a oublié l'essentiel. Et je crains que ça ne lui porte bien plus préjudice que le boycott par quelques conservateurs...

Malheureusement pour nous, il arrive assez souvent que produire une série sans grande qualité, simplement parce qu'elle est produite par quelqu'un qui a du succès et/ou dans l'espoir de faire le buzz, soit également devenu the new normal. Et ça, faut pas s'en faire, c'est bien entré dans les mentalités.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 20:36 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-08-12

[DL] Kathmandu

Eh non, ce n'est pas aujourd'hui que je vais vous proposer le générique d'une série népalaise, bien que, croyez-moi, je ne rêve que de ça. Bon peut-être pas que de ça mais vous saisissez l'idée.
Non, Kathmandu est une série israélienne, mais elle se déroule effectivement au Népal, où viennent d'arriver ses deux héros, un jeune couple de juifs orthodoxes "chabad" qui accomplissent leur shlichut, une période dédiée à des missions religieuses (souvent à l'étranger) afin de consolider sa foi. Ils sont, par un concours de circonstances, envoyés à Katmandou, où ils sont supposés se tenir à disposition spirituelle des juifs qui passent par là sur leur chemin vers l'Himalaya. Manque de chance, ils atterrissent deux jours avant le Seder de Pessah, ce qui complique encore leur arrivée dans ce nouveau pays.

Shmulik et Mushkie, ce sont leurs noms, sont arrivés à Katmandou à leur corps défendant (Shmulik n'y était pas opposé quand on le leur a annoncé, Mushkie y était plus réticente et a plus de mal à s'adapter en dépit de sa bonne volonté). Ils font leur shlichut sur recommandation de leur rabbi, donc de leur plein gré, mais la destination leur a été imposée au dernier moment alors qu'ils faisaient leurs bagages en pensant partir pour la Belgique.
Pour le jeune couple, il s'agit donc d'un défi dont ils n'avaient pas pris la mesure, mais c'est aussi l'occasion pour eux de découvrir une autre culture... et puis, être à des milliers de kilomètres de tous ceux qu'on connait, pour un jeune couple, c'est forcément une aventure !
Pour Shmulik et Mushkie, ce sera aussi l'occasion de rencontrer différentes personnes de passage : un adepte du new-age, un randonneur complètement stone, un Israëlien qui refuse de parler hébreu ("j'aime la langue, simplement je n'aime pas toujours ceux qui la parlent"), ou encore une femme partie dans les montagnes népalaises à la recherche de sa soeur qui a disparu.

Le tournage de Kathmandu comprenait deux mois au Népal, et la série est tournée à la fois en hébreu et en anglais ; on sent dans ce pilote qu'il y a une véritable envie de dépeindre un pays de façon réaliste, sans en laisser échapper la beauté. En cela, la démarche de Kathmandu m'a un peu rappelée celle de la série suédoise 30° i Februari (même si la série israélienne s'oriente par moments vers la dramédie). La démarche spirituelle, sans être la même dans les deux séries, ramène en tous cas à l'idée d'un voyage qui dépasse le simple kilométrage...

Les retours sont apparemment bons de la part de la communauté chabad, qui trouve que son mode de vie est plutôt bien rendu à l'écran, et la série a su trouver un public plus large, sur Reshet qui la diffuse, démontrant qu'il n'est pas besoin de faire partie de ce courant religieux pour apprécier la série. Et en effet, le pilote de Kathmandu, à mon avis, est assez universel, même si la fin de l'épisode était un peu exagérée (ne parvenant pas à entrer dans le bâtiment où on les a installés, Shmulik et Mushkie escaladent le mur de la propriété et se font emprisonner pour tentative de cambriolage) et conduit à un axe qui a l'air de vouloir se prolonger.
Comme 30° i Februari, l'avantage de Kathmandu est qu'elle est bilingue et comporte de nombreux dialogues en anglais (certes avec un accent népalais à couper au couteau) et se montre assez accessible pourvu de parler l'anglais. Du coup j'hésite presque à regarder la suite, je me tâte encore ; le problème étant plus mon planning de visionnage que la qualité de la série.

Bon, maintenant que les présentations sont faites, permettez que je vous propose le générique de Kathmandu ! Un petit clic et il est à vous...

Kathmandu
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Pour ce qui est du générique à proprement parler, j'ai le sentiment qu'on y retrouve assez bien la sensation de désorientation de ses personnages, la dimension de rituel religieux, mais aussi un petit côté "auberge espagnole" à travers tous ces personnages si différents qui, loooin de tout, vous rencontrer des inconnus et sans doute aussi eux-mêmes...
La musique est rapide, le montage très efficace, et j'aime bien le contraste qui a été trouvé entre les rues un peu sales, en tout cas grises, et la lumière qui émane des plans sur les montagnes. Comportant de nombreux extraits des épisodes, le générique fonctionne également comme une très bonne bande-annonce augurant d'évènements à venir (ce petit pont de cordes au-dessus du vide, par exemple, il promet !).

Si tout cela vous a mis l'eau à la bouche et que vous voulez tenter l'aventure, vous pouvez trouver l'intégrale de Kathmandu en streaming sur le site de la chaîne. En effet, et si je ne me suis pas trompée (je maîtrise encore assez mal l'hébreu, je ne vous le cache pas), le treizième et dernier épisode a été diffusé hier.

Ah et j'en profite pour mentionner que j'ai reçu hier mon intégrale des trois saisons de Srugim, et que je compte m'y attaquer dans le courant de l'automne (je vais simplement laisser passer la grosse vague de pilotes de la rentrée histoire d'aborder la série sereinement). On va donc reparler très bientôt de séries israéliennes dans ces colonnes !

Posté par ladyteruki à 12:24 - Médicament générique - Permalien [#]

27-08-12

She kills Copper

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons convenu d'un petit défi à deux : nous regarderons absolument chaque pilote de cette saison, et nous rédigerons, chacun de notre côté, un post pour absolument chacun de ces pilotes. C'est l'occasion de tester la première série originale de BBC America, Copper, à l'affiche de laquelle on trouve des noms aussi peu anodins que Tom Fontana ou Barry Levinson. Tout un programme.
Comme c'est désormais la tradition, à la fin de ce post, vous trouverez le logo de ce défi, sur lequel il vous suffira de cliquer pour accéder à la critique du pilote de Copper écrite par whisper (sitôt qu'elle sera en ligne), et ainsi lire nos deux avis sur ce même épisode.

Copper

Parfois, quand je m'attaque à la rédaction d'un post, je m'imagine quelle est votre réaction en l'abordant. Peut-être que certains d'entre vous commencent la lecture en se disant : "ah, voyons ce qu'elle en a pensé"... et j'aime, en prévision de ces circonstances, attendre la fin de mon post avant de délivrer une conclusion. Je sème des éléments positifs, avance des arguments négatifs, tant et si bien qu'il faut lire les derniers paragraphes pour connaître mon opinion définitive sur un pilote. Une fois de temps en temps, écrire ma review sous forme de jeu de piste m'amuse, que voulez-vous.
Ce ne sera pas le cas aujourd'hui. Non, aucun suspense, alors que mon post commence ainsi :

Je voulais vraiment aimer Copper.

Voilà, tout est dit, vous pouvez rentrer chez vous.
Levinson et Fontana, c'était l'équipe de la série Oz. Deux noms qui, mis ensemble, envoyaient de la magie téléphagique. J'avais cessé de croire à leurs talents en solo (notamment après que Fontana nous ait pondu Borgia), mais j'espérais qu'en travaillant à nouveau en duo, ils seraient capable de produire de la fiction de qualité.
Mais il n'y avait pas que ça. Le contexte historique de Copper me plaisait, et quand on sait que je n'aime pas trop les séries historiques, ni même ne suis captivée par l'Histoire, ça n'était pas anodin. Un peu de la même façon que sur le papier, Hell on Wheels m'avait séduite (là aussi ce fut d'ailleurs une sacrée déconfiture), le décor new-yorkais de Copper me faisait rêver. J'aime quand une fiction s'intéresse aux vagues d'immigration aux Etats-Unis, je me rappelle avoir dévoré la mini-série Ellis Island quand j'étais plus jeune par exemple, ça me fascine, il y a un côté typiquement rêve américain (avec tout ce que cela inclut de rêves déçus !) et de cosmopolite qui me ravit. Et puis, pour être également amatrice de séries policières en uniforme, notamment à New York (je vous dois d'ailleurs un bilan de NYC 22 mais, je viens de retrouver le net, alors ça va me demander un peu de temps pour boucler tous mes rattrapages), la perspective de voir comment la communauté irlandaise et la police métropolitaine se sont liées avait quelque chose d'excitant.

C'étaient d'ailleurs les seuls éléments que j'avais : le duo Levinson/Fontana, et le contexte historique. Comme c'est mon habitude, afin de garder la découverte pour le pilote, j'avais évité les affiches, les trailers, et même la page Wikipedia, histoire de vraiment prendre la série comme elle viendrait. Mais j'avais en tous cas envie de me mettre devant le pilote, ça c'est sûr.

Alors du coup, je dois dire que j'ai eu du mal à réprimer des grognements de mécontentement devant le pilote de Copper, déjà parce que l'écriture n'a rien de l'intelligence de Oz, mais ça à la rigueur, j'aurais dû savoir que c'était trop en demander, et surtout, oh oui, surtout : ce n'est qu'une putain de série policière à la con comme on en a déjà cent à la télé.
Et à mesure qu'on avançait, je me mettais un peu plus en colère (et je jurais un peu plus comme un charretier). Les problèmes avec la hiérarchie, la visite chez le médecin légiste : on a eu droit à la totale des clichés de la série policière moderne. D'accord, à l'issue de ce pilote, il est clair que la série s'oriente vers quelque chose d'un peu feuilletonnant, et pas versun bête procedural. Mais ça ne sauve pas les meubles pour autant. L'objet de mon ire, ce n'est pas les procedurals (ou disons, pas seulement), c'est aussi que les enquêtes policières, même menées sur plusieurs épisodes à la Forbrydelsen (ou feu The Killing) et Bron/Broen, eh bah yen ras le képi, c'est plus tolérable. Si vous n'avez rien de nouveau à raconter, alors dans ce cas-là ne racontez rien du tout.
Et tout cela avec un manque de finesse insultant. Que celui qui, à mi-parcours de l'enquête, n'a pas déjà deviné qui est le meurtrier de la petite victime de ce pilote, se déclare immédiatement : il faut absolument se cotiser pour lui acheter un cerveau. L'intrigue est visible comme le nez au milieu du visage et délayée sans raison, simplement parce que nom d'un chien, il faut que l'épisode dure 43 minutes, même si en réalité 20 minutes suffisent.
Il existe encore, même après une douzaine d'années d'invasion de poulet, des séries capables de nous surprendre, nous émouvoir ou nous captiver, tout en proposant des enquêtes et/ou des mystères. C'est le cas de Sherlock qui y parvient formidablement, avec un talent sans pareil pour jouer les prestidigitateurs et nous offrir des intrigues ayant l'air complexes ; même quand elles ne le sont pas, les éléments sont maniés de telle façon qu'on y voit que du feu, et à vrai dire, on s'auto-convainc même d'être aussi intelligents que Sherlock Holmes. Mais rien de tout ça ici, alors que Copper est dans l'indigence la plus totale, non seulement sur le fond de notre affaire que sur la façon dont elle est menée par son héros.

Mais le pire, je crois que c'est justement la façon dont Copper nous sert son exposition en pensant dur comme fer qu'il suffit d'avoir des décors (ou l'illusion de décor) épatants, des figurants en hâillons et des pubs irlandais où on chante en agrippant sa pinte de bière, pour planter le décor. La présentation du personnage central, le capitaine Corcoran, est une compilation des plus abrutissants clichés qui soient. Pour le rendre, je suppose, un peu plus abordable, on lui a inventé une femme qui a mystérieusement disparu, par exemple ; on imagine que ça doit un peu le travailler, surtout que ça ne fait que deux mois, au lieu de ça il se tape la moins excitante de toutes les prostituées du bidonville de Five Points, qui est son attitrée. Et quand un personnage essaye d'interroger la raison de cette préférence, il se fait renvoyer dans les cordes, laissant le spectateur sans la moindre explication. Ecoutez, on vous dit qu'il est tout triste, mais prenez-le pour argent comptant et arrêtez de poser des questions, quoi !
Les scènes d'exposition de Copper sont toutes dans cet esprit. On s'y hâte de mettre les choses en place en les tenant comme évidentes. Ce sont des clichés éculés dont on n'a même pas l'impression que les scénaristes ont l'intention de les développer. Les personnages n'ont qu'une dimension (quand ils ont une dimension tout court, parce que le meilleur ami de Corcoran n'existe que parce qu'il a un oeil en verre) et ne sont là que pour jalonner l'intrigue policière vue et revue d'avance.

Alors dans mon dernier paragraphe, il n'y aura aucune sorte de surprise, pas aujourd'hui. Il n'y aura que de la colère. Je pensais que ce qui avait encouragé BBC America à se lancer dans la production de séries, c'était afin de profiter du succès grandissant des séries britanniques outre-Atlantique (un succès qu'elle avait en plus dû partager avec PBS, diffuseur aux USA de séries comme Downton Abbey), pour imposer la marque BBC sur le territoire américain. Même produite sur le sol US, une série de BBC America aurait dû répondre à ces standards, non ? Au lieu de ça, BBC America nous a fait du CBS, mais du CBS vaguement câblé parce que faire une série historique, ça donne l'impression d'être sérieux et ambitieux. Eh bien non. Pas du tout.
Et le pilote de Copper est certainement la déception la plus rageante parce qu'on ne comprend pas ce qui a pu clocher, entre BBC America qui aurait quand même pu s'appuyer sur le savoir-faire des grandes soeurs britanniques, Levinson et Fontana qui sont supposés connaître leur boulot, et le contexte historique absolument unique qui donnait une longueur d'avance à la série. Avec toutes les cartes en main, Copper a quand même trouvé le moyen d'échouer lamentablement.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 16:56 - Review vers le futur - Permalien [#]

26-08-12

Quand la réalité dépasse les fictions

En cette rentrée, whisperintherain et moi-même avons convenu d'un petit défi à deux : nous regarderons absolument chaque pilote de cette saison, et nous rédigerons, chacun de notre côté, un post pour absolument chacun de ces pilotes. Mais notre défi ne se cantonne pas à la saison américaine, loin de là, et aujourd'hui, nous nous dirigeons vers l'Australie, avec la nouvelle série de la franchise Underbelly.
Naturellement, à la fin de ce post, vous trouverez un icône sur lequel il vous suffira de cliquer pour accéder à la critique du pilote d'Underbelly: Badness de whisper, et ainsi lire nos deux avis sur un même pilote.

UnderbellyBadness

Mais d'abord, laissez-moi commencer par un aveu : je n'ai jamais regardé un seul épisode de la franchise Underbelly en entier. Ca peut surprendre venant de quelqu'un qui peut affirmer regarder 95% des pilotes australiens diffusés ces deux dernières années et qui tente quand l'occasion se présente de rattraper au maximum son retard sur les années précédentes, mais les faits sont là. Je connais l'excellente réputation de la franchise, je sais bien qu'il sort des nouvelles saisons régulièrement, j'écris même à leur sujet (comme ça a pu être le cas pour Underbelly: Razor ou Underbelly: Land of the Long Green Cloud dans ces colonnes), mais rien à faire, une fois que je me retrouve devant l'un des pilotes de cette franchise, peu importe lequel : je freine des quatre fers. Je regarde les premières minutes à la grande rigueur (le temps de découper un générique, en gros), et encore. Je n'ai rien contre le principe, le cast des séries me semble à chaque fois plutôt prometteur, mais quand ça veut pas, ça veut pas.
Alors, c'était une grande première, ce pilote d'Underbelly: Badness, et je tiens à remercier whisperintherain parce que, sans ce défi et s'il ne m'avait pas confirmé qu'il était prêt à inclure les pilotes australiens dans celui-ci, j'aurais sans doute encore fait machine arrière au dernier moment. C'est une chose précieuse que la motivation mutuelle entre deux téléphages, et j'espère pouvoir, au long de notre expérience, pouvoir lui rendre la pareille.

Comme toutes les séries de la franchise, Underbelly: Badness est inspirée par des faits réels ; ici, les évènements de cette nouvelle série se déroulent entre 2001 et 2012. Inutile de dire que pour le dépaysement chronologique, on n'a pas frappé à la bonne porte, et que si vous vouliez de l'historique, il fallait regarder Underbelly: Razor. Personnellement ce n'est pas un problème pour moi, et je le vois plus comme un retour aux sources vis-à-vis de la première franchise qui se déroulait à peu près à la même période, mais je peux comprendre que ça déçoive légèrement après ce que nous ont offert les derniers opus en termes de voyage dans le temps.

Pour vous consoler, dites-vous qu'Underbelly: Badness, c'est un peu Underbelly: Dexter.
Notre criminel cette année est Anthony Perish, surnommé Rooster, condamné le 13 avril dernier à une peine de 18 ans pour avoir commandité le meurtre de Terry Falconer.
Voilà l'histoire telle qu'elle s'est produite : Falconer, qui à l'époque purgeait la fin d'une peine de prison pour trafic de drogue, assorti d'une autorisation de sortie afin de travailler, était selon Perish la personne qui avait torturé et exécuté ses grands-parents en 1993 ; le kidnapping puis le meurtre de Falconer relevaient donc plus du règlement de comptes et de la vengeance, que de la violence gratuite.
Mais ce sont les méthodes de Perish qui attirent l'attention : après avoir fait enlever Falconer, il l'avait laissé mourir d'asphyxie enfermé dans une malle en métal, avant de se débarrasser du corps par petits morceaux emballés individuellement dans des sacs poubelle lestés, et jetés dans un cours d'eau. Et, au passage, oui, vous assisterez à cette séquence de découpage pendant le pilote. Du Dexter, vous dis-je.

Comment Perish a-t-il pu réaliser cette vaste entreprise si bien organisée ? C'est que, voyez-vous, avec son frère Andrew, Rooster avait en réalité monté une petite entreprise qui ne connaissait pas la crise, et était également à l'origine d'une douzaine d'autres meurtres, sans compter le fait que les frères Perish étaient également fabricants et trafiquants de drogue. Donc c'est aussi un peu Underbelly: Breaking Bad.

Le plus fort dans tout ça, c'est qu'au moment du meurtre de Falconer, en novembre 2001, personne ne connaissait l'existence de Rooster Perish. Et par "personne", je ne veux pas dire "personne dans les services de police", non, absolument aucune trace de l'existence de ce type nulle part. Alors qu'il était l'un des criminels les plus dangereux du secteur, qu'il avait un labo (non-mobile !) de confection de drogue, et qu'il faisait même peur aux gangs de bikies locaux, depuis plusieurs années ; oui, c'est aussi un peu Underbelly: Bikie Wars. Alors forcément, la police était un peu sur le c*l. Et accessoirement, ça explique que l'enquête sur Perish ait duré si longtemps, l'une des plus longues d'Australie, en fait.

Dans l'ensemble, Underbelly: Badness, bien qu'elle ait des aspects excessifs, n'a pas l'air d'être une mauvaise série au vu de ce pilote. La prestation de Jonathan LaPaglia est par exemple plutôt solide (même si en-dessous de celle offerte dans The Slap), et la scène d'ouverture, dans un excellent face-à-face avec Matt Nable (dans le rôle de Gary Jubelin, le flic qui a enquêté sur Perish pendant des années avant de réussir à le coincer), atteint parfaitement son objectif de mettre face à face un être malfaisant et un autre d'une grande droiture.
En voulant insister sur la "mauvaiseté" du personnage d'Anthony Perish (ce qui par ricochets insiste sur le fait que pas âme qui vive à la police ne connaisse son existence), le pilote a tendance à en faire un peu trop. C'est un peu aussi la faute de la voix-off (celle de Caroline Craig, qui signe toutes les voix-off de la franchise) qui a un ton quasi-documentaire. Ca accentue le contraste.
C'est peut-être justement là que le bât blesse : si vous ne saviez pas qu'il s'agit de faits réels, vous trouveriez que c'est trop, que c'est caricatural, que c'est cliché. Que chacun est bien dans son rôle, que chaque chose est parfaitement à sa place. Qu'il ne reste aux 7 épisodes restants (c'est la série la plus courte de la franchise Underbelly) qu'à nous expliquer comment Jubelin a remonté la piste, mais qu'aucun personnage ne nous réserve de surprise, et donc d'émotion.
La réalité est parfois bien mauvaise scénariste.

A ce stade, je n'ai pas encore décidé si j'allais suivre Underbelly: Badness jusqu'au bout de sa saison.
D'un côté, 8 épisodes, c'est un engagement assez minime. Mais je serais bien malhonnête avec vous si je vous laissais croire que j'ai vu dans ce pilote quoi que ce soit qui me donne envie de lancer un autre épisode, si ce n'est le sentiment de culpabilité de ne pas adhérer à une franchise qui, depuis 5 ans, représente pour beaucoup la fine fleur de la fiction australienne. Si j'avais envie de ménager du temps dans mon planning téléphagique pour une série australienne constituant un court engagement, je préfèrerais me faire une nouvelle fois une intégrale de Cloudstreet, plutôt que de me taper une enquête en milieu criminel jalonnée de prostituées et de bikers.
Maintenant que j'ai vu mon premier pilote de la franchise, je ressens une grosse impression de "tout ça pour ça". Ce qui est idiot : rien ne dit qu'Underbelly: Badness soit représentative. Ca se trouve, elle est moins bonne que les précédentes. Il n'y a qu'une façon de le savoir. Mais après des années à entendre parler de cette franchise, vraiment, je me dis que la fiction australienne mérite d'être connue internationalement pour autre chose que ça (heureusement, l'une des prochaines étapes de notre défi nous emmènera vers Puberty Blues !).

D'ailleurs ça fait un bout de temps qu'on n'a plus entendu parler des projets de Starz pour installer la franchise aux USA, et avec le recul, je me dis que ce n'est pas plus mal.
Underbelly: CSI, non merci.

Challenge20122013

Posté par ladyteruki à 23:03 - Review vers le futur - Permalien [#]

Perspectives d'avenir

SemaineRusse

Eh oui, c'est déjà le dernier jour de notre semaine consacrée aux séries russes ! C'est finalement passé très vite.
Mais avant que ce blog ne retrouve un programme "normal" (c'est-à-dire moins thématique), je voulais vous parler des prochaines séries qui seront diffusées par les principales chaînes nationales russes. Parce que parler de séries appartenant au passé (et/ou parlant de lui) c'est une chose, mais c'est quand même le propre de la téléphagie que de se tourner vers l'avenir !

La Russie elle aussi quelques projets à l'horizon pour les prochaines semaines, que je vous propose de découvrir avec moi en ce dimanche soir.

Kulinar

Pour commencer, il y a d'abord Kulinar. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, il ne s'agit pas d'une fiction sur l'univers de la gastronomie mais d'une série policière dans laquelle Felix Maline, un chic type qui habite une petite bourgade, passe pour une mec sans histoire, divorcé, père d'un petit garçon, féru de cuisine... Sauf que l'ami Felix travaille secrètement pour le ministère de l'Intérieur, au bureau des investigations et des interventions. Il s'est fait une spécialité de toujours préparer minutieusement ses dossiers, auxquels d'ailleurs il donne toujours des noms de codes issus de l'univers de la cuisine, ce qui justement lui vaut le surnom de "Kulinar".
Créée par Michal Makarenko et Andrei Ivanov (également réalisateurs), Kulinar a déjà été diffusée en Ukraine au printemps dernier, et compte un total de 20 épisodes. La série commence le 2 septembre sur REN TV.

De son côté, NTV projette de fêter en fanfarre le bi-centenaire de 1812 les 1er et 2 septembre prochains. Hein ? Quoi, il s'est passé quoi en 1812 ? Eh bien Napoléon a planté l'une de ses plus célèbres campagnes : c'est la retraite de Russie. Et ça, c'est un grand motif de fierté nationale, et donc l'occasion de nous sortir une série historique sur la question : Otetchestvenaia. Velikaia ; on y retrouvera l'un des acteurs principaux des deux saisons de la série Pabieg (c'est l'adaptation de Prison Break dont on parlait dans un world tour récent). La mini-série en deux épisodes sera présentée dans le cadre d'une soirée d'information, au cours de laquelle, encadrée par des explications du journaliste Alexei Pivovarov, elle ressemblera plus à un docu-fiction qu'à une série à part entière.

NTV diffusera également à compter du 15 septembre la série Karpov, une série policière sur un flic qui est mis en retraite forcée mais qui n'a pas assez d'argent pour vivre. Il s'engage alors comme agent de sécurité pour un entrepôt, un boulot pas très reluisant, mais il découvre que son expérience de flic peut lui permettre de trouver des criminels avant même qu'ils ne s'en prennent à l'entrepôt qui lui a été confié... En tout, 32 épisodes sont prévus pour cette série policière. Et, une fois n'est pas coutume, les Ukrainiens ne découvriront pas la série avec énormément d'avance puisqu'elle ne sera lancée en Ukraine que le 3 septembre. Bon, mais avec de l'avance quand même, vous le voyez. Faudra d'ailleurs que je tente d'élucider ce mystère récurrent à l'occasion.

Enfin, un drama legal est également au programme de NTV, intitulé Petrovitch, du nom évidemment de son héros, un procureur qui, euh... nan, juste ça apparemment. C'est pas un procureur avec des tics ou un trait particulier, il est procureur et apparemment ça suffit. En tous cas, devinez quoi, j'ai même une bande-annonce pour vous, et elle dure 3 minutes, excusez du peu !

NTV lancera également la 12e saison de la série policière Ulitsy Razbityr Fonari, une série assez classique lancée en 1998 et se déroulant dans un commissariat où l'on traite essentiellement les homicides.

Rossiya 1 n'est pas en reste ; la chaîne a dans ses manches un projet d'adaptation du roman Jizn i Soudba (Vie et Destin), une immense fresque souvent comparée à Guerre et Paix, s'intéressant à la bataille de Stalingrad. Ce projet très secret (les décors reconstituant les années 40 ont été intégralement construits dans des souterrains) n'a pas encore de date de lancement, mais il serait prévu pour l'automne quand même d'après ce que je lis.

ZemskyDoktor

Toujours sur Rossiya, les spectateurs russes ont pu retrouver Zemky Doktor, une "série" médicale. On y suit Olga Samoilova, une chirurgienne à la carrière prometteuse qui, à la mort de son mari, décide de plaquer sa vie citadine et de s'installer dans un cabinet à la campagne pour recommencer sa vie à zéro. Zemky Doktor n'est pas exactement une série : à l'origine, c'était un téléfilm diffusé en 2010, et qui, à la surprise générale, avait rencontré un grand succès. Rossiya vait donc décidé d'y apporter une suite. Rossiya a commencé par une rediffusion la semaine dernière, avant de proposer les aventures inédites du docteur Samoilova.

Sur Perviy Kanal, une mini-série de 8 épisodes devrait bientôt commencer, intitulée Uravnenie so Vsiemi. Dans ce drame, une mère de famille décide de se dénoncer à la place de son fils qui, conduisant en état d'ivresse alors qu'il enterrait sa vie de célibataire, a perdu le contrôle de sa voiture. Tandis que son fils, grâce à son sacrifice, peut poursuivre sa vie et notamment se marier, l'héroïne est jetée en prison et fait le dur apprentissage de la vie derrière les barreaux. Le tournage d'Uravnenie so Vsiemi, réalisé par Rauf Kubayev, a nécessité la construction d'une prison complète dans les locaux d'une base militaire abandonnée.

Et puis, je suis tombée complètement par hasard sur une annonce sur les nouveautés de la chaîne satellite Mat i Ditia, dédiée aux mamans (et à leurs enfants, si on en croit son nom), et qui proposera plusieurs soaps étrangers mais aussi une comédie originale, Diet Life (Дети Лайф, "diet" étant le mot russe pour "enfant", rien à voir avec les régimes), une série à sketches. Diet Life explorera des thèmes bien connus par les parents et notamment les jeunes parents, comme le recrutement d'une nouvelle nounou, les mères qui comparent leur bébé, ou les engueulades de couple à cause des enfants. Originalité supplémentaire, la chaîne propose à ses spectatrices de postuler pour figurer dans des sketches de la série, et/ou pour soumettre des anecdotes dont les scénaristes pourraient s'inspirer. Des morceaux d'épisodes sont déjà en ligne sur le site de Mat i Ditia, où l'on constate qu'une fois de plus l'écueil des rires enregistrés n'a pas été évité.

Alors voilà, notre semaine russe est donc finie. Si vous avez peur d'avoir loupé une partie de cette semaine à thème (notamment parce que d'autres articles sont venus s'intercaler), voici un récaptilatif des posts de cette semaine pas comme les autres :
- Destination Russie, avec quelques repères,
- Exporting Ducon, sur le documentaire de Philip Rosenthal suivant son aventure au coeur des remakes russes de sitcoms US,
- Nos voisins les Voronine, l'occasion de faire un petite exercice de comparaison entre un épisode de sitcom russe et l'original américain,
- [DL] Zakon i Porjadok: Odel Operativny Rasledovany, un petit générique d'une des séries russes de la franchise Law & Order,
- Jugement dernier, une review d'un des rares pilotes de série russe ayant des sous-titres en Français,
- et It's all just a little bit of history repeating, un tour d'horizon sur les très, très nombreuses séries historiques russes.

Et malgré tout ça, il reste encore beaucoup à dire, je m'en aperçois à présent.
Mais même si j'aurais voulu prendre le temps de vous parler de plein d'autres choses encore (vous faire une review sur la très énigmantique Tcherkizona, par exemple, ou approfondir la question des adaptations, mais plutôt du côté drama, je suis d'ailleurs tombée sur une très intéressante interview à propos de Pabieg dont on aurait pu discuter), je trouve qu'on a quand même appris plein de nouvelles données sur la télévision russe. Elle nous est juste un peu moins méconnue aujourd'hui qu'il y a une semaine, et c'est déjà un pas en avant !

Alors voilà, j'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à commenter les posts qui vous intéressés, et plus généralement, à me donner vos impressions sur cette semaine thématique. Si je vous sens intéressés, j'en organiserai d'autres pour voyager vers d'autres pays une prochaine fois !

Posté par ladyteruki à 22:19 - Love Actuality - Permalien [#]

25-08-12

It's all just a little bit of history repeating

SemaineRusse

Imaginez, bon, je sais pas, moi : disons, une blogueuse spécialisée dans les séries de la planète, mais qui ne parlerait pas souvent de la Russie. C'est un tort, mais ça arrive. Bien. Maintenant imaginez que, par une regrettable coïncidence, cette même blogueuse ne soit pas vraiment portée sur les séries historiques...
Naturellement, c'est là une éventualité totalement hypothétique ; mais elle expliquerait plutôt bien pourquoi jusque là, vous avez très peu entendu parler dans ces colonnes (ou les quelques autres où il m'est arrivé de sévir) de séries historiques russes. C'est un tort que je m'apprête aujourd'hui à corriger alors que je vous ai concocté, pour l'avant-dernier jour de notre semaine russe (eh oui, déjà), une petite rétrospective de fond sur les rapports étroits que la télévision russe (et à plus forte raison, la télévision soviétique) entretient avec les livres d'Histoire.

Il faut commencer par préciser qu'en Russie, plus que dans la plupart des pays, le cinéma et la télévision ont toujours été très proches. Au lieu d'être le parent pauvre de l'audiovisuel, la télévision a rapidement bénéficié de moyens similaires à ceux consacrés jusqu'alors au grand écran... parce qu'elle était publique et parce qu'elle dépendait donc d'un gouvernement qui avait besoin d'imposer la parole officielle sur un très large territoire (et si possible jusque dans chaque salon).
En fait, lorsque la télévision commence à se développer en Russie, les premières fictions télé ne sont pas des séries produites selon les spécificités de ce medium ; à la place, ce sont des films de plusieurs heures, découpés en plusieurs tranches. Ecrits d'un seul tenant, ces téléfilms un peu à part ne prennent pas en compte, comme aujourd'hui, les propriétés d'un visionnage en plusieurs fois (avec la structure d'un épisode), mais constituent une grande fresque coupée brutalement au bout d'1h30, et pour laquelle il faut revenir à la même heure un autre soir pour reprendre le fil. Si sur le plan de l'écriture, la télévision doit donc tout au cinéma, c'est aussi le cas pour les budgets et pour tout un contigent de professionnels du cinéma qui ont été encouragés à travailler pour le petit écran.

Or, le cinéma russe est lui-même proche de la littérature russe, principalement classique ; une littérature nationale qui, comme chacun sait, est très riche.
Les adaptations de grands romans sont nombreuses, souvent couronnées de succès, et il y a un savoir-faire en la matière qui s'est peaufiné depuis les balbutiements du cinéma russes ; à l'instar d'Anna Karenine, adaptée sur grand écran en Russie sous la forme de film muet en 1911 et 1914, puis de façon plus bavarde en 1935 et 1953. La télévision n'a à cette époque pas encore de fresque à proposer sur les petits écrans, mais les spectateurs russes sont déjà bien habitués à voir ces grands classiques (pas forcément à la portée du premier lecteur venu) adaptés par des scénaristes et incarnés par des acteurs. Qui plus est, alors qu'il est si difficile, dans l'après-Guerre, pour les auteurs, de passer le cap de la censure, se tourner vers les classiques littéraires approuvés de longue date par le Gouvernement soviétique est une solution plus simple.

Alors quand la télévision se met à produire de véritable séries, il n'est que naturel qu'une bonne part d'entre elles soient également tournées vers le passé, non seulement en raison de l'idéologie politique du moment (je vous en touche un mot plus bas dans ce post), mais aussi parce que c'est ce que les films ont toujours fait.
Depuis lors, les liens qu'entretient la télévision avec l'Histoire russe ne se sont jamais vraiment distendus, et vous allez voir que les plus grands tournants de la fiction russe ont bien souvent été marqués par des period dramas.

Alors évidemment, il y a d'une part les adaptations de romans, et elles sont nombreuses, même encore aujourd'hui. Mais les sérries historiques ne se cantonnent pas à des adaptations, et c'est aussi, voire surtout, de ces séries historiques-là que je vous propose de parler aujourd'hui.

BednaiaNastya

Ce n'est, par exemple, pas vraiment une surprise si je vous dis que la toute première telenovela russe, Bednaia Nastya, est justement une série historique.
Là où copier purement et simplement les recettes des telenovelas sud-américaines modernes aurait pu suffire, la série est plutôt inspirée par le succès international de la telenovela brésilienne Escrava Isaura (première telenovela diffusée en Union Soviétique dans les années 70), au concept similaire : prendre un contexte historique propre à la romance, insérer une héroïne qui commence bien mal dans la vie, et lui faire rencontrer le prince charmant...
Située au 19e siècle, Bednaia Nastya est l'histoire d'une charmante créature, Anastasia, née de l'union pas franchement consacrée d'un Prince russe et d'une servante ; elle est confiée à la garde du Baron Korf, un ami de son père, qui l'élève en secret. Le fils de notre Baron, Vladimir, a donc grandi avec elle mais ne la voit pas vraiment d'un bon oeil dans la maisonnée. Arrivée à l'âge adulte (où évidemment elle est devenue une belle blonde d'une grande innocence ; c'est une telenovela), Nastya, c'est son surnom, va faire son entrée dans la haute société de Saint-Pétersbourg et découvrir les nombreuses turpitudes de la vie de l'élite, entre mensonges, trahisons, et même meurtre à l'occasion. Diffusée en 2004, la série s'impose vite comme un véritable phénomène ; elle est ensuite vendue dans de nombreux pays, dont la Chine.

Entre les costumes, les décors somptueux des intérieurs, les tournages extérieurs on location, et tout le reste, les 127 épisodes de Bednaia Nastya coûteront la bagatelle d'environ 11,8 millions de dollars, un record. Pas étonnant qu'en dépit du succès national comme international de la série, la chaîne STS ait hésité à investir dans une suite, bien que celle-ci avait été annoncée rapidement. Prématurément sans doute.

Pour la "petite histoire" (si vous me pardonnez ce jeu de mots), Bednaia Nastya sera également la première série produite par la société Amedia. Amedia, mais si, vous connaissez ! C'est la même boîte de production qui a ensuite produit les immenses séries à succès Maia Prekrasnaia Niania, ou Zakrytaia Shkola... et qui est également en partenariat avec HBO pour installer la chaîne en Russie.

Ce premier succès ouvrira la voie à plusieurs autres ; la seconde telenovela russe, Adioutanty Lioubvi, sera située dans un contexte similaire, dans laquelle un couple qui s'aime est séparé par une mère ambitieuse, qui marie sa fille à un Comte, tandis que l'homme qu'elle aime s'enrôle au service du tsar....
Des séries comme Bednaia Nastya renvoient une image idéalisée du passé, bien-sûr : on y verse plutôt dans la crinoline, et pas trop dans l'interrogation sociale sur ce que c'était que de vivre sous le règne des tsars, par exemple. Parfaites héritières d'Anna Karenine (qui est, ironiquement, l'un des rares grands romans russes à n'avoir pas été adapté pour la télévision dans son pays natal), de nombreuses séries russes romantiques s'inspirent des tourments sentimentaux, des intrigues des puissants, ou des drames humains.
La reconstitution est là pour sublimer ces histoires, les placer dans un contexte qui fait rêver, et qui en appelle à une certaine nostalgie. Mais ce n'est pas le seul type de séries historiques qui passionne la Russie.

Krepost

Une conséquence de la passion de la télévision russe pour l'Histoire, c'est que la télévision (comme le cinéma, d'ailleurs) propose de très, très nombreuses séries de guerre ; et le phénomène n'est pas récent, loin de là. Il faut dire que l'Histoire russe regorge de batailles, de conquêtes et de guerres civiles propres à alimenter à l'envi ce courant, et que c'est en plus l'occasion de glisser un peu de patriotisme dans une série.

Krepost, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler à l'occasion des TEFI 2011, remplit parfaitement tous les offices d'une série de guerre. La mini-série, qui est en fait une version re-montée et prolongée du film Brestkaia Krepost, s'attarde sur le siège de la forteresse de Brest, qui a duré une semaine en 1941. Krepost s'ouvre sur deux éléments narratifs plutôt classiques, mais efficaces : des images d'archives (qui reviendront ponctuellement au cours de la série), d'abord, et surtout, un survivant de la prise de la forteresse qui raconte à son petit-fils ce qu'il a vécu pendant la bataille, à l'occasion d'une visite du memorial aujourd'hui situé dans les murs de la forteresse (et accessoirement, la direction du musée a participé à la vérification de la véracité des faits historiques égrennés dans la série).
A la suite de cette introduction, le pilote nous propose le traditionnel avant/après : la vie au fort, lequel fonctionne comme une petite ville de garnison pour l'instant assez peu concernée par la guerre, et qui prospère dans l'insouciance ; puis, avec l'arrivée de l'armée allemande, la bataille elle-même. Si l'on ne trouve dans ces ingrédients que rien de très classique, en revanche il faut admettre que la réalisation est plus que solide, et efficace en diable. Brestkaia Krepost est un film ambitieux dont on sent qu'il a bénéficié d'un budget conséquent.

Même quand on sait comment ça finit, ce qui est le propre d'une fiction sur une bataille historique, impossible de ne pas se tordre d'inquiétude pour les personnages et notamment Sacha, jeune héros de Krepost. Loin de présenter les Russes en vainqueurs évidents (phénomène auquel on peut, par exemple, assister dans la très patriotique Band of Brothers, où en dépit des pertes et des souffrances il ne fait aucun doute dés le départ que la Easy Company est faite de héros), Krepost s'attache à d'abord penser à l'armée russe comme à des victimes innocentes, puis à des underdogs. C'est quelque chose que la série accomplit notamment grâce à sa figure centrale, Sacha, un cadet qui n'a même pas encore atteint l'âge d'avoir du poil au menton, et qui porte sur l'assaut de la forteresse un regard perdu et dévasté... mais qui va bien être obligé de participer à la bataille, et ainsi devenir un héros, bien que malgré lui.
La technique est éprouvée, et elle fonctionne, à plus forte raison parce qu'Alexandr Kott, le réalisateur, a l'oeil pour saisir aussi bien des images très tendres que les pires horreurs. C'est d'ailleurs un goût pour le drame qui est très russe, qui provient, là encore, de la littérature classique.

On dit que l'Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Mais on n'est même pas obligés de décrire une période où l'on est vraiment le vainqueur pour faire une série à la gloire de la nation... et quoi de mieux pour (ré)écrire l'Histoire que d'utiliser la fiction ? C'est après tout une méthode de propagande qui a fait depuis longtemps ses preuves. Par exemple, vous vous rappelez sans doute qu'on a déjà évoqué Vyzyvaem Ogon na Sebya, qui était à la fois la première série diffusée à la télévision soviétique, et un hymne à la gloire des actions de Résistance d'une jeune femme qui monte une cellule afin de saboter l'aviation de l'occupant allemand...

Le plus fort, c'est qu'il n'est pas non plus nécessaire, pour une série de guerre, de montrer à l'écran des images de bataille au front. Par exemple, la mini-série Kursanty s'intéresse à 5 cadets recrutés par une école d'artillerie en 1942, et suit leur préparation de trois mois avant de partir pour la bataille de Stalingrad... qu'on ne verra donc pas.
A la place, la série s'intéresse à la notion de "chair à canon" : ayant inconsciemment intégré le fait qu'ils ont de grandes chances de ne jamais revenir, nos héros vont donc vivre au maximum leurs derniers mois de liberté. A noter que des DVD de cette série sont apparemment sortis aux USA, sous le titre The Cadets, et avec sous-titres donc. Je vous tiens au courant dés que j'ai mis la main dessus, on en reparlera si le coeur vous en dit.

PiotrPerviyZavieschanie

L'autre grande répercussion de la passion russe pour l'Histoire sur petit ou grand écran, c'est le nombre de biopics proposés chaque année aux spectateurs, et à plus forte raison, des biopics de personnalités politiques.
C'est sans doute ce qui pose le plus de questions, à l'heure où la parole officielle est encore très voire trop présente dans les médias russes.

On l'a dit, se tourner vers un passé lointain est une solution régulièrement adoptée par la télévision russe. On peut à titre d'exemple citer Piotr Perviy. Zavieschanie (ci-dessus), un biopic sur Pierre Ier, alias Pierre le Grand, diffusé par Rossiya 1 au printemps 2011. Comme son titre l'annonce (zaviet signifie "le testament"), la mini-série retrace les dernières années de son règne : sentant la fin proche, le tsar tente de construire sa légende, mais aussi de préparer sa succession. Délaissé par ses compagnons les plus fidèles qui commencent à préparer leur reconversion auprès du futur monarque, il ne trouve de loyauté qu'auprès d'une belle jeune femme qu'il n'aura pas le temps d'épouser avant sa mort, en 1725. La série a coûté plus de 2,7 millions de dollars... pour moins de 4h de programme !

Mais évidemment, les séries historiques russes peuvent aussi se prendre de passion pour une Histoire plus récente, et notamment le 20e siècle, qui a donné énormément de personnalités historiques d'importance, à plus forte raison quand on a un message politique à faire passer. Ainsi, Deviat Jiznei Nestora Makhno est l'adaptation d'une biographie de Nestor Makhno, une figure de l'insurrection ukrainienne, en 1918, par exemple ; d'une façon générale, un nombre important de séries s'intéresse aux deux Guerres mondiales, plus rarement à l'entre-deux guerres.

La Guerre Froide a également fourni autant sinon plus de sujets à la télévision russe, qu'à la télévision américaine, comme par exemple la série d'action KGB v Smokingie, une série d'espionnage de 2005 située dans les années 70, dans laquelle une employée du KGB est envoyée en mission, intervenant sur des opérations du Mossad ou de la CIA. La série dure pendant une saison de 16 épisodes sur la chaîne REN.

Car naturellement, inutile de s'attacher à prendre pour héros une personne ayant réellement existé : il suffit d'inventer une fiction dans laquelle le héros croisera de grandes figures de l'Histoire, ou assistera à des évènements importants. On peut par exemple (mais cette liste, vous le devinez, n'aura vraiment rien d'exhaustif) mentionner Ruskiy Perevod, une mini-série en 8 épisodes diffusée en 2007, dans laquelle un jeune étudiant en langues orientales devient un interprète pour le ministère de la Défense, et est envoyé au Yémen. Couvrant la période de 1984 à 1991, la série plonge son héros dans le Yémen marxiste alors en pleine tentative de réunification, avant de l'envoyer en Libye.

Et puis, pour finir, la série historique, c'est un fait universel, se mêle facilement à certains genres, et c'est quand même bien pratique... surtout quand ces genres sont le policier, le judiciaire, et assimilés ! Ainsi, Jizn i Prikliouchenia Mishki Yaponchika (photo ci-dessous), dont les 12 premiers épisodes ont été diffusés fin 2011, qui s'intéresse à une sorte de Robin des Bois sévissant à Odessa en 1917. Plus qu'un gangster, un gentleman, Mishka Yaponchik a vraiment existé, et faisait de ses braquages et cambriolages de véritables performances d'artiste, avec des scénarios complexes. Il a règné pendant 3 années sur Odessa avant que l'Armée rouge ne s'empare de la ville et qu'il ne devienne révolutionnaire.

JizniPriklioucheniaMishkiYaponchika

On pourrait continuer longtemps à lancer des exemples, évidemment. Comme je le disais, l'Histoire russe est abondante, et tout aussi abondamment documentée par de nombreux romanciers, biographes et historiens.

Pour nous, spectateurs occidentaux qui avons grandi avec des fictions françaises, britanniques ou américaines, les différentes séries historiques russes revêtent d'ailleurs un intérêt supplémentaire : nous avons rarement eu l'opportunité d'adopter, même temporairement, le point de vue russe sur de nombreux évènements de l'Histoire, des campagnes de Napoléon à la Guerre Froide, en passant par la Seconde Guerre Mondiale.
Les rares occasions se sont généralement présentées à nous via des fictions occidentales, ou, plus rarement, des co-productions avec la Russie. En 2007, c'était le cas de War & Peace, adaptation de l'incontournable roman éponyme de Tolstoi, et résultant d'un partenariat franco-italo-allemand. Les 4 épisodes ont apparemment été diffusés sur France 2. Mais c'est plus l'exception que la règle, et les Russes sont, finalement, un de ces nombreux peuples dont nous connaissons mal l'Histoire.

Espérons qu'avec le temps (et peut-être un petit peu cet article ?), il sera plus facile d'accéder aux très nombreuses séries historiques produites chaque année par la Russie... j'espère en tous cas que cette balade vous aura plu.
On se retrouve demain pour la dernière journée de notre semaine russe, ne manquez cela sous aucun prétexte !

Posté par ladyteruki à 19:26 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

24-08-12

Jugement dernier

SemaineRusse

Nous avons passé une bonne partie de cette semaine russe, pour le moment, à aborder le lien que la fiction nationale entretient avec les séries occidentales. Pour changer un peu de disque et voir ce que la Russie peut aussi apporter d'original, j'ai suivi la recommandation de Livia, et ai testé le pilote de la mini-série Nebesniy Soud.

Diffusée en 2011, la série est un petit ovni dans une production télévisuelle souvent passionnée par le réalisme (on reviendra sur ce point avant la fin de la semaine), de part à la fois sa volonté de partit d'un contexte fantastique, mais aussi dans son choix de réalisation. Celui qu'on doit remercier pour ce souffle d'air frais, c'est Alena Zvantsova, qui est à la fois le scénariste et le réalisateur de ces 4 épisodes totalement à part.
Mais d'abord, un mot sur lui avant de parler de ce pilote : après avoir commencé sa carrière à la fin des années 90 en tant que comédien, obtenant un petit rôle dans le sitcom Klubnichka, il s'est en effet pris de passion pour la télévision où progressivement il s'est fait une place en tant que scénariste s'intéressant à tout. Ainsi, avant de créer Nebesniy Soud, il avait créé de nombreuses séries, comme Molodoi Volkodav, une série d'heroic fantasy servant de prequel à un des films russes les plus coûteux de l'histoire,Volkodav iz Roda Serykh Psov ; Doktor Tyrsa, une série médicale située dans le milieu du sport de haut niveau ; ou encore Klissa, une mini-série de 4 épisodes sortie l'année précédant Nebesniy Soud, un drame disséquant une relation adultère. Zvantsova est un touche-à-tout, donc, dont on pouvait absolument tout attendre.
Et tout, c'est très précisément ce qu'il nous offre avec Nebesniy Soud.

Le pilote de cette mini-série a tout simplement tout pour plaire (et en particulier, pour me plaire). D'abord, c'est une série sur la mort, et plus encore, sur la vie après la mort, ce qui est forcément fascinant. C'est aussi une série fantastique avec des éléments très oniriques, et c'est toujours un ingrédient plaisant. Pour finir, c'est un drama légal, et vous savez combien je suis férue de ce genre de choses.
Alors du coup, Nebesniy Soud est forcément atypique.

L'épisode commence pourtant de façon un peu étrange, alors qu'un homme accouche d'une douloureuse déclaration d'amour dont on a l'impression qu'elle lui arrache les tripes plutôt qu'elle ne le transporte ; cette déclaration s'assortit d'une demi-demande en mariage à une femme qui n'a elle-même pas l'air totalement convaincue qu'il s'agisse d'une bonne idée. Le comportement de la femme s'explique très vite : voilà deux ans qu'elle a apparemment perdu son mari, et elle n'est visiblement pas tout-à-fait remise. Cela explique, par ricochets, la torture de son soupirant, qui sent visiblement qu'il lui faudra beaucoup d'efforts pour la convaincre.
Ce n'est qu'en sortant de l'appartement de sa peut-être fiancée (si elle accepte ce soir au dîner la demande définitive et officielle) que notre homme... meurt brutalement en tombant dans une bouche d'égoûts ouverte. Une mort ingrate, mais qui ne nous attriste pas.
Pourquoi ? Parce que même pendant sa déclaration, notre homme a trouvé le moyen de lancer des mimiques narquoises à la photo du défunt mari de la femme qu'il aime, et qu'en ce moment précis, il trouve autant d'énergie à narguer le portrait d'un mort, ne joue pas en sa faveur.

Nous ne le savons pas mais nous avons déjà commencé à participer au procès de cet homme, prénommé Nikita. Car en effet, une fois mort, comme tout un chacun, il va se diriger vers le tribunal céleste qui décidera de son sort : la zone de "repos" ou la zone de "réflexion". Inutile de préciser qu'il s'agit là de doux euphémismes, mais c'est là que Nebesniy Soud fait fort : en introduisant immédiatement un vocabulaire propre, permettant d'installer son univers, mais aussi en s'affranchissant rapidement de la question religieuse pour s'élever vers un discours aussi universel que possible.
Nous sommes donc, tous, jugés après notre mort, et nous sommes tous, le temps de cette mini-série, placés dans le boxe du jury. A nous de décider, de regarder les faits, d'entendre les plaidoiries...
Nebesniy Soud a en effet d'excellentes plaidoiries, et c'est la marque des meilleurs legal dramas. Pour cela, elle nous propose deux personnages, le procureur Andrei, un homme maussade et meurtri, et, passez-moi l'expression, raide comme la Justice ; et l'avocat de la défense Beniamin, un bon vivant aimant les effets de manche et la dérision. Tous les deux ne pourraient pas être plus différents, et c'est peut-être la raison pour laquelle ils sont amis, de ce genre d'amitié qui vous fait apprécier les silences de l'autre mais qui vous permet de vous quereller gentillement quand l'un ou l'autre ouvre la bouche.
Le tandem fait des merveilles pour nous introduire au milieu judiciaire un peu particulier de la série, nous en dévoilant les coulisses. Ainsi, Andrei rendra visite au cours de l'épisode à Morpheia, qui règne sur l'inconscient des gens ; plus tard, c'est Beniamin qui s'offrira un petit voyage sur Terre dans un corps d'emprunt. Il faut aussi compter sur un autre personnage pour soulever les jupes de la Justice céleste et nous faire voir en-dessous, une greffière au grand coeur, chargée d'accueillir les nouveaux arrivants. Ce petit monde se connaît : on ne va jamais très loin dans les couloirs du Palais de Justice, on boit dans le même bar qui vend littéralement des illusions au goût amer, et on vit de connivence autour de dossiers pourtant parfois difficiles.

Et pour cause : il faut décider du sort des gens en se basant sur leurs actions, ce qui implique en général de partir de leur toute dernière action avant de mourir. On devine que c'est un moment souvent décisif...

NebesniySoud

Nebesniy Soud fait pourtant plus qu'utiliser la mort de Nikita comme prétexte pour nous dévoiler le fonctionnement du système judiciaire céleste. Une vraie dramatisation vient s'ajouter à son dossier : le procureur Andrei n'est autre que le défunt mari de la femme que Nikita voulait épouser. Le procès est donc loin d'être anecdotique, il a valeur de véritable tragédie grecque (enfin, russe...) alors qu'Andrei et Beniamin discutent du procès non seulement à titre professionnel que privé, qu'Andrei s'acharne sur le dossier de Nikita, ou encore que l'audience aboutit à une glaçante confrontation...
Sans aucun doute possible, la mini-série met en place de grands moments dramatiques puissants, dont le pilote (seul épisode traduit pour le moment, sauf erreur, et par, il faut le noter, une équipe francophone de subfactory) donne déjà de saisissants aperçus. Difficile de retenir une larme quand Andrei, accablé, voit le témoin de la défense entrer dans le tribunal, par exemple...

Originale, passionnante, émouvante, et intelligente, Nebesniy Soud n'est pas une série "mainstream" que le public russe dévore (et pour cause, pour le moment elle n'a été diffusée qu'en Ukraine), et a toutes les qualités de la série méconnue sur laquelle public téléphage est ravi de mettre la main, au risque d'en tirer des généralités sur la fiction russe. Mais qu'importe l'illusion de flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse...

Posté par ladyteruki à 23:08 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]