ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-05-12

Ipanemoney

Preamar-pilot

Quand on aborde le pilote d'une fiction issue d'une filiale non-américaine de HBO, la tentation est grande de se demander si la série répond aux standards de la chaîne étasunienne. C'est humain : HBO s'est fait un nom grâce à l'exigence d'un grand nombre de ses drames, réputés internationalement, et il n'est que juste retour des choses que les chaînes de la famille HBO, que ce soit en Amérique du Sud ou en Europe centrale, rendent justice à cette réputation.
Preamar n'a pas vraiment le feeling d'une série HBO, si une telle chose existe. En fait pendant tout le pilote, je n'ai cessé de penser plutôt à Magic City, notamment de par l'omniprésence du littoral.
Faut admettre qu'il y a pire lien de parenté quand même.

La vraie différence dans l'identité de ces deux pilotes, c'est évidemment l'époque : Preamar se déroule dans le présent, aucun doute possible à ce sujet vu que le pitch repose sur, devinez quoi, la crise. C'est contractuel dans toutes les séries de la planète, maintenant...
João, le héros de la série, était un homme d'affaire à qui tout réussissait, qui brassait des millions et qui du jour au lendemain se fait mettre à la porte comme un malpropre après avoir fait perdre beaucoup d'argent à sa société. Après avoir été le golden boy de la boîte, il devient donc un paria à qui il ne reste plus que son superbe appartement avec vue sur la côte d'Ipanema. Comme bien des personnages de fiction avant lui, il décide de ne pas parler de cette petite déconvenue professionnelle à sa famille, et tente de se sortir de là tout seul.

Il faut dire que sa famille n'est pas vraiment du genre à se prendre la tête sur ce genre de détails. D'une part, son épouse Maria Izabel, est une femme dans la quarantaine très belle, mais pas franchement préoccupée par les affaires de son mari. Sans être une trophy wife superficielle, elle ne s'est en tous cas jamais beaucoup intéressée au monde du travail, préférant être ce que l'on nommera pudiquement une femme de loisir : le moment le plus stressant de sa journée est au petit déjeuner, quand elle doit décider quelles vitamines prendre... Le reste de sa journée est consacré à des cours de peinture et tout un tas d'activités du même acabit qu'on imagine éminemment stressantes.
Le couple a deux enfants qu'assez naturellement on n'a pas trop envie d'accabler de tracas financiers : Manu, une adolescente sage mais qui a toujours eu l'existence facile, et Fred, un jouisseur qui n'a pas l'air de se préoccuper de grand'chose dans la vie, dont je ne suis même pas sûre qu'il ait une occupation autre qu'aller fumer des pêtards sur la plage à longueur de journée (et dont le lit à la maison est perpétuellement vide). On passera d'ailleurs plus de temps avec eux que je ne l'aurais imaginé ; ce qui asseoit leur présence non pas comme des prétextes (comme c'était le cas par exemple pour les enfants du héros dans Lights Out) mais bien comme des éléments de l'histoire qui n'ont aucune idée de ce qui se passe, et vivent dans l'insouciance.
En tous cas, pas étonnant que João fasse le choix de n'encombrer aucun membre de sa famille avec ses problèmes. Et comme il n'a pas d'amis, il est effectivement seul face à ses déboires.

Le pilote de Preamar, en dépit de cette histoire assez ordinaire, parvient pourtant à fournir un très bon épisode d'exposition, notamment en faisant le choix d'une narration non pas chronologique, et donc linéaire, des évènements, mais au contraire en mettant régulièrement en contraste le quotidien de João et sa famille au présent, par rapport à ce que leur vie était avant cette déchéance. Une mise en parallèle entre les deux situations qui est soulignée par l'apparence de João : avant, il portait un beau costume probablement très cher, il était rasé de près et avait l'oeil vif. Maintenant il a les yeux cernés, traine sa misère dans des Tshirts sans forme et porte une barbe négligée.
C'est grâce à ces rappels réguliers du "bon temps" d'avant que le pilote parvient à instaurer son ambiance et son propos avec finesse, d'autant que ce premier épisode est bien décidé à approfondir le sentiment de désespoir de son héros, plutôt que de passer dessus au bout de 10 minutes comme si on en avait fait le tour. On entre vraiment bien dans la tête de ce mec qui est au bout du bout, et qui ne sait pas comment en sortir. C'est nécessaire, car s'il avait trouvé une solution rapidement, on n'aurait pas pu mesurer l'ampleur de son découragement. Il fallait que ça fonctionne dramatiquement pour qu'on s'intéresse vraiment à la façon dont João allait tenter de redresser la barre, et le travail est très bien accompli ici.

Ce qui est intéressant dans l'esthétique de Preamar, c'est d'une part, les intérieurs, sombres mais très classe, où le noir et le bois forment l'essentiel des décors, et d'autre part l'omniprésence des Dois Irmãos, les deux pics à l'ouest de la plage, qui figurent en arrière-plan quasiment chaque fois qu'on est à l'extérieur ou près d'une fenêtre, et qui du coup impliquent énormément de couleurs bleutées. Ca n'a l'air de rien comme ça, mais ces éléments forment un contraste qui pourtant rappelle très pertinemment où l'on se trouve : sur une plage magnifique, mais huppée.
On peut aussi le voir comme une métaphore des deux pôles dans la vie du héros : le luxe à préserver, et le moyen pour le faire.

Et justement, la solution trouvée par João à la fin du pilote ne manque pas de charme, ni d'intérêt. Le principe n'est pas de taper dans quelque chose de démesuré, comme le trafic de drogue, mettons ; la solution prend parfaitement en compte la faune qui peuple la plage d'Ipanema. C'est d'ailleurs de façon assez gracieuse que lui viendra progressivement l'idée, et j'ai apprécié d'assister au cheminement de pensée de João dans les séquences où il a promené son regard sur la plage en recouvrant finalement le sourire.

L'aventure Preamar est donc celle d'une série qui ne fait pas mine de ne pas savoir qu'une foule de séries s'est déjà aventurée dans une histoire similaire : tirant des enseignements des fictions partant déjà du même pitch, la série de HBO Brasil fait son possible pour donner vraiment de la profondeur à son travail, et pour nous surprendre quand il le faut. C'est vraiment agréable de voir qu'on peut faire une série avec une genèse un peu bateau, et réussir tout de même à accomplir un travail qui n'ait rien de la ressucée.
Le seul véritable défaut de ce pilote est dû à la VOSTM : certains passages étant plutôt placés sous le signe des explications un peu techniques, notamment quand João se fait virer, forcément quand on ne parle pas portugais, ça fait un peu longuet. Mais sur le reste, le pilote est irréprochable.

Qu'on se le dise, avec Preamar, la légende HBO continue...

Posté par ladyteruki à 22:13 - Review vers le futur - Permalien [#]

Les apparences sont parfois trompeuses...

Ce n'est clairement pas sur Cleopatra na Onnatachi que j'avais mes vues à l'approche de la nouvelle saison nippone. Mais depuis quand c'est une raison pour bouder un pilote ?! Exactement. J'ai donc décidé de laisser sa chance à ce dorama, en dépit d'un a priori, je suis bien obligée de le reconnaître, assez négatif.

Les résultats sont beaucoup plus ambivalents qu'attendu, pourtant. Mais pour vous l'expliquer, il se peut que je vous dévoile quelques spoilers (certes, mineurs, mais spoilers quand même). Alors à vous de voir si vous souhaitez poursuivre l'aventure après l'image.

CleopatranaOnnatachi

Tout commençait de façon fort peu originale, pourtant. Minetarou Kishi, un jeune praticien spécialisé dans la chirurgie réparatrice, débarque dans un cabinet de chirurgie esthétique haut de gamme, sans toutefois voir d'un bon oeil les pratiques surtarifées et superficielles de l'endroit, entièrement peuplé par des femmes qui plus est.
Et pourtant, déjà, en dépit de cette caricature d'introduction cent fois revue, l'arrivée dans le cabinet se transforme immédiatement en immersion complète dans un univers plus dense et complexe qu'il n'y parait. Notre héros a droit à une visite intégrale des lieux, et on comprend et partage vite son malaise devant l'enthousiasme un peu trop débordant de la jeune femme qui lui présente les différentes salles d'examen ou de repos. Est-elle naïve, ou tout simplement illuminée ? Elle n'a pas l'air de se rendre compte qu'on n'est pas exactement dans un salon de beauté mais bien une clinique, et que ce qu'elle décrit n'est pas aussi mineur qu'il y parait. C'est en réalité là que Cleopatra na Onnatachi commence à asseoir son propos : oui, la clinique est un endroit coloré, lumineux et d'apparence innocente, avec des hôtesses et des infirmières mignonnes comme tout, mais la caméra s'attarde aussi très rapidement sur les actes de chirurgie sans nous en épargner les détails parfois un peu dérangeants, mais sans être gore. Tout est dans la mesure. Sous ses apparences charmantes se cache un endroit où on n'a pas complètement perdu le sens des réalités, bien au contraire, mais on a décidé de les voir avec un certain optimisme (j'y reviens dans un instant).

Face à notre chirurgien qui prend les choses très au sérieux, les apparences désinvoltes ("oh dites docteur, et si je me faisais refaire le nez, aussi, après les yeux ?") semblent dans un premier temps surréalistes, mais jamais longtemps. Les scènes d'examen ou d'intervention, souvent brèves, permettent de rappeler que l'équipe médicale ne traite rien par-dessus la jambe et ne considère aucun acte comme anodin, mais que le culte de la beauté et des apparences est effectivement présent.
C'était là le danger que représentait potentiellement le thème de Cleopatra na Onnatachi, en fait. A travers l'habituelle histoire du type qui va réaliser qu'en fait, son nouveau milieu n'est pas aussi mauvais qu'il le pense, il y avait le risque de traduire un état d'esprit déjà surreprésenté dans les médias (notamment nippons) sur l'importance d'une apparence irréprochable, en particulier pour les femmes. Le parcours de Minetarou serait-il donc une occasion de faire l'apologie de la beauté à tout prix ?
Eh bien pas tout-à-fait, mais ça se joue sur le fil du rasoir. Le point de vue de notre jeune docteur n'est pas balayé brusquemment d'un revers de la main comme s'il ne comprenait rien à rien ; il expose ses doutes et son incompréhension pendant une large part du pilote sans passer pour un imbécile ou un obtus, de sorte que l'équilibre entre les deux points de vue est bien préservé. Mails difficile d'ignorer que Cleopatra na Onnatachi fait quand même une bonne publicité à la chirurgie esthétique.
Le crédo de l'équipe médicale est en effet le suivant : on change l'apparence des gens pour leur donner la motivation nécessaire pour avancer dans la vie. Pas mal de bons sentiments bien nippons derrière cette façon de voir, doublée d'une certaine complaisance, reconnaissons-le, mais grâce au délicat équilibre instauré grâce à l'avis de Minetarou, les scènes de chirurgie ou d'examen pas trop idylliques, et l'atmosphère générale, on évite quand même le bourrage de crâne unilatéral avec élégance, et cela évite d'avoir l'impression d'assister à une pub pour la chirurgie esthétique.

D'ailleurs, l'une des deux intrigues médicales de ce premier épisode ne se résoudra pas du tout comme on le pensait. Une femme vient en effet supplier qu'on inverse les effets d'une procédure qu'elle a endurée de façon à se rajeunir pour plaire à son mari : ledit mari ne la reconnaît plus et ne veut pas de cette "nouvelle" épouse jeune. Sauf que la procédure ne peut pas être inversée ; on fait de la chirurgie, pas de la magie. Minetarou est envoyé en mission pour convaincre le mari en question de ne pas plaquer sa femme pour si peu... à sa propre surprise, il en vient même à ressortir le crédo sur les bienfaits de la chirurgie esthétique ! Tout ce qu'il parvient finalement à accomplir, c'est de pousser le mari à subir à son tour une procédurer pour paraitre plus jeune... et sceller la séparation du couple malgré tout.

La chirurgie esthétique n'a donc pas réponse à tout, et pas vocation à résoudre tous les problèmes. De ce côté-là, le parti pris de la série est net, et intéressant, car la plupart des dorama se feraient une joie d'ériger leur personnage comme assistant social ayant pour mission de faire le bien auprès de la clientèle. Ici, Minetarou ne se fait réprimander que pour une chose : avoir essayé de rabibocher le couple. Ce n'est pas son boulot.

Mais, et je ne m'y attendais pas du tout, là où Cleopatra na Onnatachi réussit le plus brillamment, c'est à nous surprendre avec les intrigues personnelles des employés de la clinique.
Ainsi, avec le ton le plus insouciant, badin et joyeux possible, l'une des infirmières va-t-elle afficher ses cicatrices de scarification devant Minetarou. Je suis obligée d'admettre que je ne l'avais pas vue venir, celle-là... C'était finalement assez représentatif de l'esprit du personnel médical : prendre les choses avec un optimisme énorme, sans pour autant faire preuve d'idéalisme aveugle. Une leçon sur les personnalités de ces soignants qui sera légèrement plus explicitée vers la fin de l'épisode.
Plus approfondie est l'histoire du docteur Ichii. Cette belle femme dans la quarantaine est, pour autant que ses collègues le sachent, un médecin accompli, une personne charmante, belle, évidemment, mais aussi une épouse et une mère remarquable. Elle a bien un étrange tic dans l'épaule droite, le soir quand elle quitte le boulot, mais à part ça, elle est un véritable modèle. Sauf que lorsqu'on finit par suivre Mutsumi Ichii chez elle, on s'aperçoit que c'est sa belle-mère qui éduque son fils, et qui, parce qu'elle maîtrise l'art de l'attaque passive-aggressive à un degré que je n'avais jusque là jamais admiré chez aucun personnage de télévision, a réussi à totalement faire passer Mutsumi pour une étrangère chez elle, s'arrogeant sa place dans le coeur de son mari comme de son fils. Mutsumi est totalement inutile chez elle, toute indispensable qu'elle soit au cabinet...

Notre héros Minetarou, enfin, n'est pas en reste. Il est même plein de surprises. D'abord, il y a la raison pour laquelle il a décidé de prendre ce boulot : son père lui a laissé ses dettes à éponger, et il faudra bien trois années de travail dans cette clinique haut de gamme pour les rembourser. Maussade de nature, Minetarou a donc des problèmes financiers et familiaux à régler.
Et si nous connaissons si bien les états d'âme, les doutes professionnels, et les angoisses pécunières de notre héros, c'est parce qu'il s'en ouvre régulièrement à Yu.
Qui est Yu ? Oh, juste l'homme avec qui il vit.

Au stade du pilote, difficile de dire avec certitude si Cleopatra na Onnatachi a décidé de traiter cette relation comme quelque chose de crypto-gay (mais est-ce que le crypto-gay existe au Japon, seulement ?) ou de carrément gay-mais-tellement-naturel-que-ça-vaut-pas-la-peine-d'en-discuter, à vrai dire. Mais les éléments sont nombreux pour nous montrer un Yu aimant, attentionné, tendre, qui soutient son partenaire dans une période difficile, plutôt que comme un meilleur ami. De son côté, Minetarou n'encourage, mais ne décourage pas non plus ces manifestations. On verra donc le couple discuter en rentrant du boulot, faire la vaisselle, se payer un dîner à l'extérieur, sans que rien ne vienne confirmer ni n'infirmer le statut exact de leur relation.
En tous cas, s'il s'avérait dans les épisodes suivants que Cleopatra na Onnatachi propose ici un couple gay au centre de son intrigue, en décidant d'en faire un acte tellement anodin qu'il n'a pas besoin d'être abordé explicitement, on aurait véritablement droit à une première dans un dorama nippon, pour autant que je sache. Jamais je n'ai vu ça avant (mais c'est vrai que ce n'est pas un sujet que j'ai spécifiquement étudié).

Cela reflète bien, quoi qu'il en soit, le talent de Cleopatra na Onnatachi pour aborder avec un talent rare ses sujets en maintenant toujours un parfait équilibre. Le pilote ne nous montre pas de piste menant à un fil rouge prononcé, une intrigue couvrant toute la saison, mais les sujets abordés avec tact par ce pilote sont suffisants pour aiguiser la curiosité à bien des égards pour la suite. Sans compter que cette série nippone, en prenant un contexte similaire, est radicalement différente de la série sud-coréenne Before and After Seonghyeongoekwa, ce qui permet d'éviter la moindre redite.
Un sens de la mesure qui est une denrée bien rare de nos jours... je viens donc d'ajouter cette série à mon planning du printemps.

Posté par ladyteruki à 00:16 - Dorama Chick - Permalien [#]