ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

29-03-12

In mixed company

BlackMarch

La presse française vous l'aura sans doute dit bien avant moi, mais notre gloire nationale cinématographique du moment, Les Intouchables (car The Artist est complètement has been maintenant que les Américains l'ont récompensé...), connait un succès fulgurant en Europe (entre autres : il fonctionne aussi très bien en Corée du Sud). Cavalant en tête du box-office en Espagne, en Italie ou encore en Allemagne, le film continue de faire des recettes pas dégueulasses sur les écrans étrangers, à l'heure où le coffret DVD est en train de sortir chez nous. Comme on n'est pas sur un blog dédié au cinéma, ici (j'ai une réputation à tenir quand même), je vous invite tout simplement à aller lire les résultats des box-offices étrangers que reprend Variety sur sa page internationale. C'est d'ailleurs une petite gymnastique sympathique à faire de façon générale, une fois de temps en temps.
Vous y découvrirez ainsi que rien que sur le sol allemand, Les Intouchables a récolté l'équivalent de 65 millions de dollars de recettes...

Le 15 mars dernier, les Allemands ont pu aller découvrir au cinéma Türkisch für Anfänger, autrement dit "le Turc pour les débutants". Son succès est tel que ce film a réussi à faire descendre Les Intouchables à la troisième place du box-office allemand, et à prendre sa place en seconde position (dans la liste du box-office de Variety pour l'Allemagne, le film apparait sous l'appellation "No English Title Available" parce que Variety fait partie de ces endroits détestables où on traduit systématiquement les titres de fictions ; ça m'énerve au plus haut point, mais ce sera le combat d'un autre post). Jolie performance, donc.

Pourquoi je vous parle de Türkisch für Anfänger ? Parce que c'est le film qui fait suite à la série allemande Türkisch für Anfänger, diffusée de 2006 à 2008 par Das Erste, et que jusque là je ne m'étais jamais penchée sur son cas ; comme pour hélas beaucoup de séries allemandes, le pilote avait été cagoulé, mis en réserve, et finalement jamais regardé.
C'est hélas récurrent dans ma relation avec la fiction germanique, qui n'est jamais dans mes priorités ; je remets toujours à plus tard les découvertes de pilotes, me mettre devant un épisode me demande un effort proche de celui que je consacre à regarder une série française, et c'est un tort, je n'ai même pas de raison valable à offrir pour expliquer ce comportement, je ne peux même pas dire que j'aie été traumatisée par des séries allemandes par le passé (j'avais tenté Danni Lowinski, par exemple, et n'avais pas eu à le regretter). Alors c'est absurde, voilà, d'avoir attendu que le film cartonne sur les écrans allemands pour m'y mettre, d'autant que ça me ferait pratiquer un peu cette langue que j'ai quand même pratiquée pendant de longues et douloureuses années...

TurkishfurAnfanger-Movie
Türkisch für Anfänger
, le film

Afin de réparer cette erreur, je n'ai donc pas regardé le film, mais bien le pilote de la série. Et d'ailleurs, en faisant mes petites recherches, j'ai appris que la série avait été diffusée à plusieurs reprises en France, mais sous le titre de Family Mix (quelle idée). Comme je crois fermement qu'un titre traduit mérite la peine de mort (sauf dans le cas où on a pratiqué le titre traduit pendant sa tendre enfance, auquel cas la nostalgie prime ; toujours), je continuerai donc à ignorer ce titre "français", sachez simplement qu'il existe, pour culture perso.

Tant que j'en suis à essayer de parler culture perso, il est peut-être temps de s'intéresser à ce dont parle Türkisch für Anfänger. La série utilise le point de vue de Lena, une jeune adolescente, pour nous raconter comment elle et son frère doivent changer de vie lorsque leur mère leur annonce qu'elle est veut s'installer... avec un homme d'origine turque ; lequel a en plus deux enfants. Vont donc se cumuler deux handicaps pour ce nouveau départ : d'un côté, le fait qu'il n'est jamais facile, moins encore pour une ado, de se coltiner une famille recomposée, et de l'autre, le choc des cultures, d'autant plus intéressant que la communauté turque vivant en Allemagne est conséquente.

Pour Lena, la vie va donc totalement changer. Jusque là, la cellule familiale, c'était elle, son jeune frère Nils et leur mère Doris, une famille très banale quoi. Mais ce qui est intéressant, c'est que la famille Öztürk est constituée de trois personnages très différents qui évitent à des degrés différents la caricature.
Le père, Metin, est très bien "intégré", c'est en fait un homme comme un autre, un type même un peu coulant qui a limite l'air de s'excuser d'être amoureux de sa femme et d'être ravi de ce qu'elle est : une femme occidentale moderne (qui élevait jusque là deux enfants toute seule, et donc plutôt indépendante). Il y a le fils, Cem ; alors lui c'est une autre histoire, il roule un peu des mécaniques et est d'une sensibilité plus conservatrice vis-à-vis de la place de la femme. Il estime par exemple qu'une femme doit être au service de sa maisonnée, et est outré d'apprendre que sa belle-mère ne lui sert même pas le petit-déjeuner à table le matin (il ne va pas être déçu quand il va tester les talents culinaires de ladite belle-mère, d'ailleurs). Un cran encore différent est atteint avec Yagmur, la fille, qui est une Musulmane pratiquante, très fervente, mais aussi éminemment psycho-rigide ; la problématique de son personnage est autant dans sa rigueur froide que dans la pratique de sa religion, jusque là inconnue pour Lena.
Evidemment, il y a des clichés dans cette description de la famille Öztürk. J'ignore si Türkish für Anfänger est consciente de chacun ; parfois cela semble voulu, parfois moins.
Mais en tous cas, on a une palette de personnages qui évitent d'entrer dans un monde exagérément caricatural, disons, et on peut aussi attribuer une partie des défauts caricaturaux aux traits de caractère des personnages, plus qu'à leur culture ou religion. L'avantage, c'est donc qu'on a des Turcs allemands très différents, et qu'en plus ils ne se posent pas en symboles de toute une communauté. Ainsi, quand Yagmur prend la serveuse du resto chinois de haut et lui intime sèchement qu'en raison de sa religion, elle ne mangera pas dans une assiette qui ait été touchée par de la viande de porc (même dans une autre vie), on attribue son attitude hautaine bien plus à son caractère antipathique qu'à la religion musulmane en général (et puis, ça aide aussi qu'elle soit la seule de sa famille à être aussi inflexible sur le sujet). Bref l'équilibre est relativement trouvé, ce qui n'était pas gagné vu le sujet choisi, forcément un peu sensible.

TurkishfurAnfanger-SerieTürkisch für Anfänger, la série

Après ces considérations, que vaut donc le pilote de Türkisch für Anfänger d'un point de vue strictement téléphagique ? Eh bien... je m'attendais en toute honnêteté à un truc genre Ma vie à moi, je ne sais pas trop si vous vous en souvenez, France 2 diffusait ça dans KD2A il me semble, c'était sympathique mais pas non plus inoubliable. Eh bien je m'attendais à ça. Et j'ai été agréablement surprise, parce que déjà, dans Türkisch für Anfänger, Lena n'intervient presque pas en voix-off, et dans ces cas-là, c'est uniquement pour expliciter ce qu'elle pense et pas pour commenter l'action (comme ça peut être le cas dans Suburgatory ou Awkward., disons), ce qui en plus permet à tous les personnages d'avoir de bonnes répliques, et pas juste l'héroïne. La technique narrative choisie, c'est-à-dire Lena qui enregistre une video pour sa meilleure amie partie vivre aux USA, est très classique, mais pas lourdement employée, ce qui permet de reposer plus sur les échanges que les monologues. Et ces échanges étaient TRES drôles.
C'est vraiment le point fort de ce pilote : les dialogues sont vraiment bons. Les acteurs, pas toujours, et c'est dommage ; certaines répliques tombent parfois à plat parce qu'elles ne sont pas dites avec autant de finesse qu'il le faudrait, par exemple. Mais vraiment j'ai trouvé les dialogues pétillants, un vrai bon point. Fort heureusement, l'héroïne est plutôt bien incarnée, et je pense que les petits défauts d'interprétation face à elle ont de grandes chances de s'améliorer avec le temps.

Du coup, Türkisch für Anfänger apparait comme une petite comédie familiale assez sympathique. Je me suis un peu spoilée en faisant mes recherches sur la série, donc je ne jugerai pas de la façon dont l'intrigue évolue, mais globalement je trouve l'idée de départ comme sa réalisation louables.
Malheureusement, Türkisch für Anfänger s'est ramassé des critiques assez sévères, comme c'est le cas de beaucoup de films faisant suite à des séries. Apparemment, la fraîcheur des personnages et des échanges s'est perdue en route...

En tous cas, je dois dire quant à moi que j'ai toujours un faible pour les séries qui mélangent ainsi deux univers culturels ; ça rejoint un peu ce que j'aime autant chez Outsourced. Je trouve toujours profondément joyeux et positif de trouver le moyen de rire dans une ambiance bonne enfant de nos différences culturelles, de la façon dont elles se rencontrent, se mélangent et parfois, ne se mélangent pas, et que ces séries explorent tous les cas de figures.
Il y a des chances pour que ces séries aient tendance, c'est certain, à stéréotyper certaines choses ; je comprends les réactions parfois énervées des gens qui trouvent alors que la série perpétue un cliché (d'ailleurs les premiers épisodes sont disponibles avec des sous-titres anglais sur Youtuve et les commentaires sont plus outrés qu'autre chose, ce qui est intéressant parce que la série a quand même eu énormément de succès en son temps). Mais à terme il me semble que les effets sont plus bénéfiques qu'autre chose, si une série se pique de mélanger les gens à des fins humoristiques ou dramédiques.
C'est en tous cas pour moi toujours quelque chose de plaisant parce qu'au bout du compte, je me retrouve en train de regarder une série allemande qui parle aussi de culture turque, ou une série américaine parlant de culture indienne, ou Dieu sait quoi d'autre, et au final, cette invitation au voyage culturel via un autre voyage culturel ouvre des tonnes de portes et de possibilités.

Türkisch für Anfänger n'a pas forcément inventé l'eau chaude, mais en tous cas, elle a ce mérite, et son pilote m'a bien donné envie d'aller plus loin si jamais j'ai du temps à perdre. On est d'accord que ça n'arrivera pas, je n'ai jamais assez de temps pour tout ce qui tombe dans cette catégorie des séries que je regarderais une fois le reste fini, mais c'est l'intention qui compte !

Posté par ladyteruki à 17:29 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

Practice makes perfect

BlackMarch
Au cours de ma carrière de téléphage, j'ai assisté à des performances terriblement mauvaises. Plein. On a tous vu notre lot d'horreurs. Il y a, au contraire, des performances qui m'ont parfois coupé le sifflet, et même si assez souvent je me demande où commence le mérite de l'acteur et où finit le brio du scénario, il y en a eu pas mal, reconnaissons-le. Et dans ces cas-là je vous l'ai fait savoir d'ailleurs, par exemple quand j'ai consacré un post au talent de Lee Pace, qui m'a impressionnée (et pas que moi à en croire ses nominations et récompenses) dans Soldier's Girl, puis The Fall, entre autres.

Lee Pace, qui a démarré sa carrière à la télévision il y a très exactement 10 ans aujourd'hui, en mars 2002 donc, alors que l'épisode Guilt de New York Unité Spéciale dans lequel il tenait un petit rôle était diffusé par NBC.
C'est un acteur qui m'a plusieurs fois épatée, je l'ai dit, et le répèterai souvent encore, mais quand j'ai découvert, il y a quelques temps, cet épisode, je vous avoue que les bras m'en sont tombés.

Il est simplement MAUVAIS.
Nan vraiment. On peut chercher des qualificatifs pour cette prestation, mais ils seront toujours synonymes de MAUVAIS. C'est risible. Personnellement je regarde cette video de temps à autres pour me mettre de bonne humeur, parce qu'elle me fait toujours marrer. Ca ne prête pas à conséquence puisque je sais de quoi l'acteur a été capable ensuite, ça ne diminue en rien l'opinion que j'ai de lui, mais enfin, c'est MAUVAIS, quoi. Alors j'ai voulu partager cet extrait avec vous pour célébrer, ensemble, les vertus du travail, de l'acharnement, et sans doute aussi, du temps. Certains acteurs deviennent meilleurs avec le temps. Comme le bon vin. Et certains fromages. Et les hommes. Je me comprends.
Comme c'est encore le Black March, nous allons opter exceptionnellement pour le streaming mais, dans un peu plus de 48h, je corrigerai cette infamie.

Mon Dieu, je commence par quoi ? On sent le mec qui jusque là n'a jamais joué que sur une scène de théâtre, déjà. Le phrasé est atroce et anti-naturel au possible ; mais il serait parfait dans la plupart des fictions françaises que j'ai vues. Il est supposé être un pédophile qui a autrefois été lui-même violé, et on a l'impression qu'il récite sa liste de course, quand même... D'ailleurs on constate combien il a changé sa diction depuis (quel coach de génie lui a d'ailleurs fait remarquer qu'il irait loin en parlant légèrement sur le côté comme il l'a adopté ensuite ?). Le jeu avec les mains met lui aussi totalement à côté ; c'est un tic récurrent chez Lee Pace (et c'est toujours la main droite, d'ailleurs) mais je ne l'avais jamais vu aussi prononcé ; tant mieux, j'ai envie de dire. Même le plus petit haussement d'épaule sonne faux. Ne parlons même pas du fait qu'il a le regard tellement mort que même le Piemaker ne pourrait le ressuciter (et pas le plus petit haussement de sourcils : il n'avait pas encore trouvé "son truc" de toute évidence). On n'y croit pas un seul instant. Ca s'améliore vaguement sur la fin mais ça reste MAUVAIS.

Face au jeu de ce qui restera comme le meilleur trio de l'histoire de la série (Meloni-Hargitay-March), parfaitement dans la bonne tonalité, il est totalement à côté de la plaque, pas du tout sur le même registre. Obligé, les mecs en face ne sont pas simplement impassibles du fait du témoignage de mauvaise foi du personnage (le langage corporel des acteurs en début de scène est parlant), ils sont en train de se demander quel abruti a fait passer les castings, et se disent "euh, il a couché avec qui pour avoir le rôle, ce petit ? Tu veux pas retourner servir des cafés au Starbucks du coin plutôt ?", et je ne saurais le leur reprocher (fact : Lee Pace n'a jamais eu à servir de cafés, mais ça m'étonnerait que Stephanie March l'ait su). Un instant on croit que ça vient du personnage qui jouerait la comédie, mais pas du tout. Quand on pense qu'il joue dans cette scène face notamment à Christopher Meloni, qui vient d'Oz où il a balancé quelques unes de ses plus magistrales prestations, on se dit que ce petit ne fait pas le poids.

C'est la seule scène de l'épisode dans laquelle on verra Lee Pace. Dieu merci.
Son rôle suivant sur un écran, éblouissant, sera en 2003 dans Soldier's Girl. Au cours de ma carrière de téléphage, j'ai assisté à quelques miracles. Celui-là en est un.

Joyeux anniversaire de carrière audiovisuelle, Lee. C'est une magnifique leçon de persistance... On se donne donc rendez-vous dans 10 ans pour noter la progression.
Je te préviens, je retire des points d'office à cause de Twilight, et j'ai pas l'intention d'aller vérifier si c'est injuste ou non.

Posté par ladyteruki à 00:03 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]