ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

09-02-12

The childhood in the plastic bubble

TheChildhoodinthePlasticBubble

Je suis née au début des années 80. C'était une époque pendant laquelle même les parents psychorigides (et je disposais de deux particulièrement intéressants specimens que je pouvais observer à loisir) ne donnaient pas dans la surprotection.

On laissait les enfants se faire quelques bleus, au propre comme au figuré, sans craindre les dommages irréversibles. Parfois peut-être à tort. Souvent parce que, soyons francs, un enfant est plus résistant qu'on ne veut bien le dire, et que surtout, la résistance, ça se construit. Inutile de le faire vivre dans une bulle de plastique en espérant préserver son innocence et ses genoux jusqu'au moment où il sera un adulte fort et vaillant : dans les faits, les années 80 pensaient plutôt qu'on devenait un adulte fort et vaillant parce qu'on avait profité de l'enfance pour s'amuser, se tester et se construire.

On n'hésitait pas à disputer les gamins qui ne bossaient pas en classe, plutôt que de reprocher les notes aux enseignants ; on fumait près des enfants sans trop se formaliser ; on n'enfermait pas les gamins à double-tour par peur du Croque-Mitaine ; les enfants roulaient en vélo sans casque, sans genouillères, sans coudières ; ils s'aventuraient bien au-delà du champs de vision de leur maman qui leur donnait un couvre-feu en espérant qu'ils le respectent, ce qu'ils ne faisaient pas, et plutôt que d'avertir la police au bout de douze secondes, ils se faisaient méchamment remonter les bretelles au retour ; on se prenait une petite morniffle quand on dépassait les bornes sans que les parents ne tournent compulsivement les pages de leur Dolto de peur d'avoir traumatisé Junior à vie ; on regardait la télévision avec les adultes et il n'était pas rare de tomber sur deux paires de Coco Girls légèrement polissonnes ; des films et des livres sont sortis pendant cette période, destinés pour tout ou partie aux enfants, et ils n'étaient pas forcément très gais (je me souviens avoir été voir L'Ours avec le centre aéré, avoir découvert Brisby et le Secret de Nimh puis quelques années plus tard, L'incroyable voyage avec mes parents et ma petite soeur, etc...), et de toute façon, les adultes ne cherchaient pas à tout prix à nous faire regarder des choses "de notre âge".
C'était une époque pendant laquelle tout n'était pas parfait, loin de là... et on avait tout loisir de le découvrir par nous-mêmes.

Dans un tel contexte, je secoue régulièrement la tête, navrée, quand je lis certaines réactions du type "momma bear" (par exemple sur le tragiquement excellent STFU Parents) parce qu'un enfant a eu le malheur de n'avoir pas reçu mille traitements de faveur par jour.

Mais plus encore, cela me frappe particulièrement dans le domaine des films, séries et livres. Qu'on essaye de faire en sorte que les enfants parviennent jusqu'à l'âge adulte sans la moindre cicatrice à exposer comme un trophée de guerre, ou expérience un peu stressante (du genre se perdre dans Toys'R'Us à dix jours de Noël), admettons, passe encore.

Mais la surprotection culturelle me rend folle ; c'est tout simplement antithétique.

Certes, j'ai conscience qu'il ne faille pas prendre mon cas pour une généralité. Plutôt pour une extrêmité, à vrai dire : mes parents ont été ceux qui m'ont donné à lire Bijou de la Maison Douce, Les enfants jetés, ou Chien perdu (et on s'étonne que j'aie pendant longtemps attendu qu'ils me fassent une révélation sur mes origines !), mon père a insisté pour que je regarde La Strada et Elephant Man à 10 ou 12 ans, et mes premières séries ont été L'Enfer du Devoir, La Belle et la Bête, et quelques autres joyeusetés du genre de V. Il n'a jamais été question de me faire croire que le monde est idyllique.
Je les en remercie (c'est rare).

A l'inverse, aujourd'hui, je lis que les parents ne veulent pas montrer certaines scènes de films Disney à leur progéniture.
Ou qu'on veut très officiellement recommander aux parents de ne pas montrer Les Incroyables Pouvoirs d'Alex à des moins de 15 ans.
Le domaine d'extension de l'absurde.

Les enfants devraient pouvoir regarder des choses un peu difficiles, ou les lire (en fait les lire dans un premier temps, quand leur imaginaire limite la casse). Oubliez ce que je viens de dire, je corrige : les enfants devraient regarder des choses un peu difficiles. Tout simplement.

Parce que les enfants n'aiment pas les menteurs. Parce que les enfants ne vivent pas au pays des Bisounours (ils vont à l'école avec leurs congénères, après tout). Parce que les enfants ne sont pas épargnés par la vie, si ce n'est aujourd'hui, peut-être l'an prochain.
Et parce que la fiction leur apprend à se préparer, toutes proportions gardées, à certaines éventualités difficiles, à se fabriquer une carapace en toute sécurité. Aujourd'hui à regarder Mufasa mourir, demain capable de parler de la mort avec les parents, après-demain ou le jour d'après aux funérailles de papy, immanquablement.
Gloire à la fiction pour nous apprendre que si Maman chérie et Papa terrible savent veiller sur Bijou, tout ne sera pas forcément aussi facile. Gloire aussi à la fiction pour nous parler d'Izzy et Gus même si on ne verra jamais San Francisco, et nous ouvrir une fenêtre sur les vies qu'on ne mènera jamais, moins protégées que la nôtre (ou parfois un peu plus, merci 7 à la Maison).
Si tu as 12 ans et que tu n'as jamais lu Le Petit Prince, tu as raté ta vie !

Je pourrais dire tout cela avec amertume. Je n'ai jamais caché ne pas avoir rigolé pendant mon enfance, après tout.
Je pourrais décider que me faire lire Les enfants jetés a ajouté à la "torture" plutôt que participé à ma construction mentale. Je pourrais ironiser et dire, ouais, pas étonnant que j'aie lu ces livres quand j'étais enfant, que j'aie vu ces films et ces séries, c'est cohérent avec l'éducation un rien sadique qu'on m'a donnée.
Et pourtant, culturellement, j'ai reçu une éducation du feu de Dieu (en-dehors de la musique ; je n'ai eu droit à aucune culture musicale), et j'en suis fière. Je n'ai pas été protégée. J'ai été envoyée au feu. J'ai pleuré, et j'ai eu le coeur qui se serre, et j'ai même trouvé dans ces fictions une créature de cauchemar sur laquelle transférer toutes mes angoisses invisibles. Certaines histoires m'ont tenue éveillée, parce que je me suis posé des questions, parce que je me suis inquiétée, parce que quelque chose, parfois, s'est cassé. Tant mieux.

Aujourd'hui je recherche le grand frisson, la cassure, l'angoisse, à ma façon. Ce serait mentir que de prétendre que je ne considère pas que le meilleur épisode de notre Ozmarathon à ce jour est celui qui est le plus terrible de tous. Tout le monde ne cherche pas ça dans ses fictions, ou disons, pas à un tel degré, et il y a, évidemment, une part de mon attirance pour ces fictions qui découle directement des découvertes parfois un peu dures que j'ai faites à un jeune âge.
Mais ai-je été endommagée par ces fictions un peu difficiles ? Ou m'ont-elles donné les ressources nécessaires pour survivre à ce qui m'a réellement endommagée ?

La question est complexe et je ne prétends pas avoir la réponse absolue, certainement pas moi. Mais je n'ai pas l'impression, cependant, que cette façon de censurer tout ce qui peut heurter un enfant, soit non plus une réponse...

Posté par ladyteruki à 18:05 - Série de valeurs - Permalien [#]

Velkommen !

BorgenEnfin

Cela ne faisait que quelques semaines que je m'intéressais à la télévision scandinave. Après avoir travaillé sur des articles présentant les télévisions suédoise, norvégienne et danoise, j'avais appris énormément de choses et, surtout, j'avais déjà fait quelques découvertes téléphagiques, parmi lesquelles Kodenavn Hunter ou Blomstertid, mais je n'avais pas encore tous mes repères, et certainement pas encore de véritable source d'information (me contentant à l'époque d'écumer les programmes de TV Planeten, par exemple, pour me faire une idée de ce qui était diffusé au Nord). J'ignorais complètement l'existence de Borgen, disons-le, qui n'était alors diffusée que depuis quelques semaines sur DR1. Mais heureusement, Scénaristes en Séries s'apprêtait à y remédier.

De ce déplacement, et notamment grâce à la nuit des pilotes (à moi En God Nummer To Question 10 !, Lulu og Leon, et Alamaailma Trilogia !), je suis revenue avec deux véritables coups de coeur : Kommissarie Winter, qui m'a foudroyée sur place, et Borgen, qui m'a fascinée.
Vous pouvez retrouver mes impressions sur le pilote de Borgen ici, et pour Kommissarie Winter.

Après avoir fait partie des premiers petits veinards en France à avoir découvert la série politique danoise, je n'ai pas pu m'arrêter là, j'étais trop sous le charme pour passer à autre chose. J'en ai parlé, et parlé, et parlé autour de moi (je ne savais pas que la diffusion sur arte tarderait tant à venir...), et surtout j'ai fait des pieds et des mains pour mettre la main sur le coffret DVD de la première saison. J'ai aussi incité mes petits camarades du SeriesLive Show (Livia n'était pas difficile à convaincre, je lui avais déjà inoculé le virus) à donner sa chance au pilote, et cela a donné une émission passionnante à enregistrer.

Le parcours de la série parmi les téléphages n'a pu que me faire plaisir, tandis que la date de lancement sur arte approchait, ENFIN !
Accessoirement, je vous rappelle qu'arte a également acquis les droits de Kommissarie Winter, ce qui en fait ma chaîne française préférée de tout l'univers, hésitant même à réinstaller adsltv.

J'ai vu le buzz autour de Borgen grandir, notamment en Grande-Bretagne puis aux USA. D'ailleurs, glorie à la vague d'intérêt pour la fiction scandinave outre-Manche, qui sert de banc d'essai à la France et permet d'ouvrir toujours plus de portes aux séries nordiques dans l'hexagone ; il y a eu les diffusions hélas confidentielles d'Oskyldigt Dömd, de Blekingegade, de Forbrydelsen, de Lærkevej (toutes bel et bien diffusées en France sans grand bruit), maintenant Borgen a une chance de vraiment changer la donne. Bientôt Bron/Broen, avec de la chance ? Peut-être même peut-on espérer qu'une chaîne va s'intéresser à Äkta Människor ? Quelque chose est en train de se passer et j'assiste à cette transition avec délice.

Ce soir, je ne serai pas à temps chez moi pour regarder Borgen sur arte, mais il y a des chances pour que vous, si.
Je vous envie un peu d'avoir cette découverte à faire, d'être encore vierge de son visionnage, si je puis dire. Vous allez passer une super soirée... Car n'hésitez pas : joignez-vous à l'aventure de cette série incroyable qui a conquis le monde, et découvrez pourquoi ceux qui la regardent ne tarissent pas d'éloges à son sujet. Unanimement, d'ailleurs.

Faites-vous une faveur, regardez Borgen. Ne loupez pas le coche de la fiction scandinave.

MeilleureSerie

Posté par ladyteruki à 15:00 - Zappeur, Zappeur n'aies pas peur ! - Permalien [#]