ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

29-12-11

[#Ozmarathon] 2x05, les liens du sang

Contrairement aux apparences sur ce blog, poursuivre un Ozmarathon ne m'empêche nullement de regarder d'autres choses. Par un curieux hasard, il s'avère que depuis trois jours, je me refais une intégrale de Titus, et que, pour je ne sais quelle raison, pour la première fois, j'ai décidé de tenter ce matin l'un des spectacles de stand-up de Christopher Titus, Norman Rockwell is bleeding, qui reprend en grande partie des textes issus de la série Titus, et où il est question d'enfance détruite, de parents alcooliques ou suicidaires, de relations amoureuses violentes...
Par un curieux hasard, donc, il fallait que notre Ozmarathon tombe le même jour sur un épisode portant sur la famille et l'amour au sens large. Ca ne s'invente pas.

Ozmarathon-2x05
Une fois n'est pas coutume, c'est avec les interventions d'Augustus Hill que je veux commencer. Depuis le début de la saison 2, ses interventions ont semblé moins ancrées dans les intrigues de la série. Le rapport avec ces dernières existait, bien-sûr, mais de façon plus lointaine. Ce n'était pas toujours un mal : ses interventions, détachées du simple commentaire, prenaient une dimension universelle, plus profonde. Presque des axes à part entière. Ici, cette configuration eest sublimée tout en se réconciliant avec sa vocation première, le commentaire des intrigues "réelles" ; là où très peu des histoires de l'épisode vont explicitement tourner autour de la famille (et de ses séquelles), se contentant bien souvent de les mentionner au sein d'une histoire plus complexe, Hill va leur donner du liant, en rappelant que derrière ce qui se dit et se fait, se trame effectivement quelque chose qui a un rapport avec la famille, ou l'amour que peuvent procurer des liens similaires. Mais dans le même temps, la mise en scène outrancière des monologues de Hill, son surjeu et la thématique familiale, telle que jamais encore abordée dans la série, en font réellement une thématique à part, parce qu'extrême, de l'épisode. Je pensais d'ailleurs que c'était dans cet épisode que j'allais retrouver l'une des répliques qui m'a le plus marquée dans Oz (trop longue pour que je la reproduise ici, mais qui en substance rappelait qu'il est facile d'expliquer son comportement parce qu'on a, par exemple, été battu quand on était enfant, et de se décharger ainsi de ses responsabilités). Preuve que même avec tout ça, on est loin d'avoir vidé l'abcès.

Alors ces histoires de famille, quelles sont-elles, au juste ?
On a d'un côté ce qui semble être la conclusion de l'affaire Poet. Jusqu'à la fin, on aura d'ailleurs retenu notre souffle : va-t-il ou ne va-t-il pas réussir à partir ? La jalousie de Wangler me faisait redouter qu'il se prenne un coup de poignard si près du but... Oh mon Dieu, qu'au moins un d'entre eux puisse s'en tirer, d'accord ? Pitié, on en a tous besoin, à ce stade. Et effectivement, Poet s'en va, disparait, s'échappe, la poésie l'a libéré. C'est une belle image qui inspire le petit Wangler qui (et c'est là qu'on s'y retrouve) commence à se dire qu'il a sacrément déçu maman pendant toutes ces années, et qu'il est temps de se remettre dans le droit chemin. Venant de quasiment n'importe quel personnage, ce serait un peu gros ; mais Kid Wangler, lui, est entré en prison à 16 ans, il a encore ses grands yeux de Bambi, et du coup ça marche du feu de Dieu de voir qu'il est tout triste de ne pas aller à sa cérémonie de remise de diplômes parce qu'il a merdé une fois de trop aux yeux de McManus.
Mais comme je l'ai dit, la famille ne sera pas le focus de cette intrigue pour autant. Car McManus, justement, va intercepté cette histoire pour nous ramener dans le domaine politique. Cette enflure de Devlin, qui pour une raison qu'on ne s'explique pas, parvient à sortir d'Oswald en un seul morceau à chaque fois qu'il s'y présente, a décidé de couper les crédits du programme éducatif... au profit du tout répressif, à savoir l'embauche de nouveaux gardiens. Plus clair quant au propos politique d'Oz, on ne peut pas, hein. McManus pense le piéger en l'affichant devant les médias venus à la cérémonie de diplômes, mais manque de chance, Oz, ce n'est pas juste un manifeste politique sur l'administration carcérale, c'est une fiction qui se veut la moins idéaliste possible y compris en politique, et on comprend vite que les efforts de McManus ne seront pas récompensés, et que Devlin est, en l'état actuel des choses, toujours tout-puissant même quand il essuie un petit échec... Brutal.

Après cette jolie interception de McManus, retour aux affaires familiales. Car le départ de Poet signifie aussi autre chose : Kareem Saïd a de nouveau perdu son joli étendard tout neuf. Et alors que, une fois n'est pas coutume, il ne cherche pas à trouver une autre tête de gondole pour sa cause, voilà qu'il en vient une qui se présente d'elle-même... Schillinger ! Inutile de dire que ces deux-là sont comme l'eau et l'huile, et pourtant, ils ont tous les deux quelque chose à tirer d'une collaboration sur le cas judiciaire de Schillinger. Pendant que Kareem pourra en tirer une immense gloire qui l'auréolera tout comme il aime (confirmant qu'il emprunte une pente savonneuse, et n'a pas tiré les conséquences de l'émeute comme l'a fait McManus), Schillinger pourra ainsi, ce n'est pas mentionné dans l'épisode mais on nous l'a suffisamment répété lors des précédents, se mettre en quête de ses fils. Voyez, la famille n'est jamais loin.

Vous pensiez qu'on en avait fini avec McManus ? Eh bien non. Le revoilà en train de fouiller sa mémoire pour repenser à l'émeute. C'est qu'on commençait presque à l'oublier, cette émeute, au prétexte qu'elle s'est déroulée voilà plus d'un an, sauf que ce n'était que 6 épisodes plus tôt ; du coup ça fait du bien d'en reparler quand même un peu. Et en l'occurrence, c'est le cas Scott Ross qui l'intrigue, du fait des accusations de Schillinger envers Diane Wittlesey (tout est bel et bien lié, en l'occurrences). Cela va le conduire à choisir entre une famille potentielle (Diane veut, enfin, lui présenter sa fille... ça ne fait qu'une saison qu'il lui a offert de le faire, après tout, hein, faut pas s'affoler) et sa véritable famille, Em City. En l'occurrence, vu que McManus ne pense plus avec son gourdin, le choix est assez évident, et cela nous conforte dans l'impression qu'il a vraiment repris les choses en main dans tous les domaines de sa vie. Entre nous soit dit, cela confirme aussi la croyance populaire selon laquelle une femme ne s'intéresse à vous que quand vous commencez à l'ignorer et être froid avec elle.

Leo Glynn fait d'ailleurs le même choix. On a ENFIN la conclusion de cette sordide affaire de chantage qu'on devait tolérer depuis plusieurs épisodes, et on arrive à quelque chose de bien plus ridicule qu'espéré ; je pensais que ç'allait avoir un rapport avec le viol de sa fille (même si chronologiquement ça ne collait pas nécessairement mais bon), et là on nous sort du bois un personnage dont on n'a jamais entendu parler, le frère de Glynn, qui se serait rendu coupable de meurtre. Personnellement, j'ai trouvé l'histoire en elle-même bateau, le laïus de Glynn (le directeur) à Glynn (le futur taulard) était assez classique, mais au moins on en a fini avec ces messes basses et je dis tant mieux. Si par-dessus le marché, le frère Glynn intègre réellement Oz voire Em City, ça peut donner une intrigue intéressante. Sinon, bon débarras et n'y revenons plus. Plus jamais.

De la même façon, ah merveille, enfin on en sait plus sur Sister Peter Marie et le prisonnier atteint de monosyllabie aigüe. Je dis plus, mais l'intrigue n'est pas finie. On a surtout la confirmation que, oui, c'est bien du défunt mari de Sister Pete qu'il est question, ça ne fait jamais que deux épisodes qu'on nous l'avait suggéré, mais au moins c'est fait. J'apprécie cependant que, pour une fois, la chère soeur ne capte pas trop vite ; elle a eu la mauvaise manie jusque là de toujours tout percevoir, tout comprendre, tout discuter franchement ; on la verra d'ailleurs exercer à nouveau sa magie sur l'affaire O'Reily (j'y reviens, n'en doutez pas), et c'est sympathique qu'elle ait l'air de buter, mais que l'intrigue, elle, avance un peu. Un peu seulement, mais c'est toujours bon à prendre. L'essentiel c'est quand même que mes plaintes aient été entendues (je suis consciente du paradoxe temporel qu'implique cette phrase).

Ah ! On en vient aux choses sérieuses. Une petite scène brève mais intéressante nous amène à nous intéresser encore un peu plus à cette étrange Shirley Bellinger. Elle est toujours aussi effrayante. Cette fois elle parle un peu, de cette voix exagérément douce et minaudande et vulnérable qu'on ne parvient pas à croire même si on aimerait bien (elle apparait en fait comme une caricature de femme, et n'en a pas besoin dans un milieu où la plupart des femmes font tout pour gommer leur vulnérabilité). Et surtout, elle entreprend le pauvre Père Mukada... Elle n'est d'ailleurs pas très fine : dés qu'il était apparu devant sa cellule, on sentait bien qu'elle était en terrain conquis mais, trop prompte, elle l'a effrayé. En tous cas on a un nouvel aperçu, non seulement de sa nymphomanie qui se confirme, mais aussi de son étrange disposition mentale. Est-elle réellement convaincue que la mort de son enfant est accidentelle, ou est-elle tordue au point de mentir même dans le couloir de la mort ? Bellinger, c'est mauvais pour ma santé, mais tu me fascines...

Je déclare que la 2e meilleure intrigue de cet épisode est celle consacrée à Beecher. Ce n'est pas sans une bonne dose de perversion que la caméra suit, subtilement mais assez clairement, comment Chris Keller tisse sa toile. Il est devenu en quelques semaines un camarade de chambrée, puis un pote, puis le meilleur ami de Beecher, et rien que pour ça, Keller est mon héros. Son intelligence est assez fine, et on le voit magnifiquement bien dans sa façon de mener le combat de lutte (mon Dieu, peut-on faire plus gay ?!), à coup de "je perds un round pour te faire plaisir" et de "il fait chaud non ?", l'air de rien, sous l'oeil (oui, un seul, forcément) amusé et attentif de Schillinger.
Keller a senti qu'il avait vaincu lorsque McManus (décidément au top de sa forme) est venu annoncer une nouvelle à Beecher : ce dernier a laissé Keller assister à l'entretien sans hésiter. Là, on a tous, je pense, senti que Keller avait atteint sa cible, à la fois avec une certaine délectation (et en l'absence des filouteries de Ryan O'Reily, ça fait du bien d'avoir ce genre de manigances à observer) et avec horreur, car Beecher n'a même pas senti le piège se refermer sur lui.
Mais qu'en plus Schillinger ait fait tuer la femme de Beecher (enfin c'est ce que je suppose mais j'ai des souvenirs, hm, fumeux, de cette part de l'intrigue), c'est tout simplement brillant. Et terrible. Et brillant. On n'en peut plus, c'est trop bon, oh oui encore, bande de salauds !
Et donc, on en revient à la famille une fois de plus : la famille qu'on se crée entre les murs d'Oswald (en l'occurrence, Beecher adoptant rapidement Keller sans savoir que ce dernier n'est là que pour mordre la main qui le nourrit), et celle qu'on a laisséee en-dehors. Le "suicide" de l'épouse de Beecher est prétexte à ramener ses enfants et sa belle-mère, dans une scène poignante où le prisonnier refuse de lui-même d'aller voir ses enfants pour ne pas ajouter à leur traumatisme. C'était une bonne façon de nous rappeler quels sont les rapports des détenus avec ceux restés dehors, mais aussi une nouvelle façon pour Beecher de s'isoler encore un peu, le rendant plus vulnérable au coup qui ne manquera pas de tomber quand Keller va lui dévoiler ses réelles motivations...

Bon. Bien bien bien. Allez, c'est pas le tout, venons-en au plus important, LA meilleure intrigue de l'épisode de par son déroulement.
Parce qu'avec tout ça, on n'a pas encore parlé de Ryan O'Reily, et je me demande bien comment envisager d'écrire un post sur Oz sans mentionner Ryan O'Reily. Sa santé lui cause moins de soucis mais, des tourments de son sein droit, on est passé à ceux de son sein gauche : son obsession pour le Dr Nate va grandissant, au point de la harceler sans même avoir à l'approcher ("l'appel vient de l'intérieur de la prison, mwahaha !"). Malgré un fort à propos rappel de McManus (encore lui) sur le fait que, hé ho, mon ptit Ryan, elle est mariée je te rappelle et au fait toi aussi, rien à faire, notre Irlandais ne parvient pas à se faire à l'idée que le docteur Nathan ne l'aime pas, ni à se l'ôter de la tête. Et c'est vrai qu'elle ne semble pas s'être convaincue elle-même de ne pas être intéressée par lui, pour être tout-à-fait sincère.
Et là, on assiste à une intrigue comme Oz sait les traiter avec brio. On pense ce qu'on veut de cette romance carcérale (personnellement je suis de l'avis d'Alvarez : l'amour, à Oz, ce n'est pas sain), mais en tous cas elle ne stagne pas. Elle a été établie sans précipitation, mais on ne va pas nous jouer les violons 712 ans ; ainsi, le rappel de McManus n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, mais hélas les conséquences ne sont pas celles qu'il espérait : McManus a en fait, sans le vouloir, donné l'idée à Ryan d'éliminer le mari de Gloria Nathan avant la fin de l'épisode ! L'occasion de surcroit d'impliquer son frère Cyril (il nous manquait déjà). Bref, en termes de lien du sang, on fait difficilement mieux

Bon alors, j'ai l'air de déconner, mais l'air de rien cet épisode m'en a foutu un coup. C'était même pire avec le ton goguenard de Hill dans son berceau. J'espère que le suivant me mettra moins mal à l'aise.
Et en même temps, pour quelle autre raison regarder Oz que l'envie masochiste d'être mal à l'aise à cause d'une série intelligente ?

Posté par ladyteruki à 23:39 - Plus on est de fous - Permalien [#]