ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

15-12-11

[#Ozmarathon] 1x03, Dieu m'a donné la foi

Notre marathon continue donc et, si jamais vous avez envie de nous rejoindre, il n'est pas trop tard !

Après deux premiers épisodes oppressants, Oz s'offre une récréation. Une récréation à la Oz, toutefois : il n'est pas question de se taper un gros délire, mais seulement de relâcher un peu de pression, et encore, certainement pas pendant tout l'épisode.

Ozmarathon-1x03

La structure de l'épisode commence d'une façon qui nous est désormais familière : on prend le pouls de Beecher avant d'embrayer sur quelque chose d'autre. Mais, alors qu'on pourrait craindre que notre avocat propre sur lui s'est enfermé dans un cycle macabre de domination, on va découvrir que Beecher commence à se trouver des moyens de s'évader. Pour le moment ceux-ci ne sont pas la clé de ses problèmes (dont on va d'ailleurs apprendre qu'ils ont empiré après la visite conjugale de l'épisode précédent, puisque sa femme demande le divorce), mais ils lui offrent la possibilité d'échapper à Schillinger qui en est tout décontenancé, à croire que ses prags précédents ne lui ont jamais fait un petit coup de révolte. Cette échappatoire est d'ailleurs assez littérale puisqu'il s'agit de fumer un pétard avec O'Reily, ce qui a pour conséquence sur Beecher à la fois de ranimer sa foi éteinte, et de le faire sincèrement sourire pour la première fois depuis qu'il est pris entre les murs d'Oz.

O'Reily, justement, s'impose comme l'homme de toutes les situations. C'est, on le voit bien, à la fois un observateur attentif, un manipulateur relativement fin, et un petit combinard qui survit essentiellement parce qu'il est prêt à faire copain-copain avec tout le monde, pourvu d'avoir son petit cul à l'abri. Ryan est un personnage que j'ai toujours apprécié, notamment parce que la force brute, il laisse ça aux autres, et ne s'en sert qu'indirectement. C'est un lécheur, un hypocrite, un calculateur, et souvent un lâche, mais il a quelque chose d'éminemment sympathique de par toutes ses magouilles. Et on le voit bien, il tisse sa toile ici avec beaucoup d'aisance. Il est du côté de tout le monde... principalement parce que comme ça il n'a personne contre lui, mais aussi parce que quand il a besoin de se débarrasser de quelqu'un, il n'hésite pas à balancer les petits copains. Il a l'amitié très volatile, O'Reily...
L'autre homme de la situation à Em City, c'est définitivement Kareem Saïd, le leader charismatique des musulmans. Et à la vue de cet épisode, ma fascination envers ce personnage est revenue, aussi forte qu'au premier jour : Saïd est un beau parleur, un homme qui manipule les mots et donc les âmes, avec une conscience plus ou moins variable de la perversion qui se cache derrière son jonglage verbal ; la plupart du temps, ses intentions sont nobles mais il a la langue si habile qu'on ne peut s'empêcher de le redouter un peu. il pourrait faire absolument ce qu'il veut de ses hommes, et il en est conscient bien qu'il ne s'en serve pas et qu'il continue, patiemment, à essayer de ramener dans le droit chemin toujours plus de brebis égarées. Le problème c'est que ses paroles relèvent aussi d'une forme d'endoctrinement. Ca ne marche pas toujours, comme le prouvera sa tentative avortée de prendre le jeune Kenny sous son aile, mais force est d'admettre que son pouvoir est immense sur les esprits. La meilleure preuve, c'est qu'il n'est dans les murs que depuis quelques semaines, et il est déjà convoqué, aux côtés de Schibetta et Keane, dans le bureau du directeur Glynn pour participer aux discussions menées afin de préserver la quiétude d'Oswald.

Saïd n'est pas le seul homme de foi à prendre la parole dans l'épisode. Outre Sister Peter Marie, qui malheureusement ne trouvera pas auprès de Beecher le même genre d'écho que Saïd auprès de Keane, on a aussi l'opportunité de découvrir un peu plus en avant le père Mukasa, un homme parfois un peu transparent mais donc le rôle est primordial au sein de la prison. Entre les messes hebdomadaires et l'organisation d'un confessionnal, c'est un saint homme bien occupé.
Vous l'aurez compris, la religion, la foi, la perte de celle-ci, et Dieu, sont au centre de cet épisode. Un épisode qui, pourtant, est certainement le plus léger à ce jour.

Absolument chaque fois que Hill joue les narrateurs, il le fait avec un ton rieur, un air goguenard et énormément de moquerie. Dieu est partout, mais il n'y a plus grand monde à Oz pour croire en lui, et certainement pas notre philosophe handicapé, dont le langage devient encore plus familier que d'ordinaire, plus sarcastique encore qu'à l'accoutumée. La cellule hors du temps, de l'espace et de la gravité d'où il nous parle va même jusqu'à se parer de couleur, ajoutant à l'atmosphère étrangement légère d'un grand nombre de ses interventions.
Et c'est normal. Le sujet est tellement sensible que le traiter trop sérieusement aurait vite conduit à l'indigestion. Cela montre aussi bien que, même si les hommes (et femmes) du culte s'expriment énormément dans l'épisode, la majorité des prisonniers ne les prennent pas au sérieux, à l'instar des insupportables suprémacistes qui singent les prières musulmanes. La religion est l'objet de tensions entre les abstinents et les consommateurs de drogue, également, et ne pas le traiter par l'absurde aurait été franchement pesant.

Malgré tout, ce troisième épisode ne vire pas à la bouffonerie. C'est même l'occasion de passages franchement émouvants, à l'instar des tentatives, visiblement sincères, de Saïd pour aider Jefferson et Kenny, ou de ce cher Alvarez (l'un de mes chouchous de la première heure, n'ayons pas peur des mots) qui a découvert brutalement que la grossesse de sa copine, qu'il traitait par-dessus la jambe à peine un épisode plus tôt, l'a transformé. Et à quel point.

Comme toujours, Oz ne saurait se contenter "simplement" d'introduire et approfondir sans cesse ses personnages, perfectionner la toile de leurs relations, poursuivre ses questionnements sur la nature humaine et développer ses intrigues dramatiques. Pour une série telle qu'Oz, c'est uniquement le minimum syndical.

La critique politique s'accentue donc, ouvertement, à l'occasion de l'arrivée du gouverneur Devlin dans les locaux, suite à l'escalade de violence qui a commencé avec Dino Ortolani. L'air de rien, et en à peine trois épisodes, il est vrai que les meurtres se sont succédés à un rythme effreiné : l'euthanasie de Sanchez, la crémation de Dino Ortolani, l'exécution de Johnny Post, et enfin, la mort d'un dénommé Martinez lorsque Keane se défend comme il peut dans un piège qui lui a été tendu. Et c'est sans compter l'aggression du frère de Keane et les mille autres "mini" actes de violence. On peut comprendre que ça puisse vriller les nerfs de McManus, Glynn, et Devlin !
Placée sous surveillance policière accrue, la prison d'Oswald est donc officiellement en état d'alerte, et en parallèle, une enquête est menée pour comprendre comment cela a pu se produire. Et pour une raison que j'ignore, c'est le quasi-évangélique McManus qui est suspecté, ce qui confine à l'absurde alors que tant de gardes pourraient être soupçonnés de connivence avec les prisonniers ; quel serait le motif de McManus pour favoriser ce bain de sang, après tout ? C'est quand même bien "son" Em City qui est en première ligne dans cette affaire... Toujours est-il que la confrontation des trois (McManus, Glynn et Devlin) offre une savoureuse scène aux accents de manifeste politique. Explicitement, et c'est la première fois que c'est aussi clair, le message de l'épisode est que le tout-répressif est ridicule, et jusque là la politique du gouverneur Devlin a vraiment joué uniquement cette carte. A l'interdiction des cigarettes et la fin des visites conjugales, il faut en effet ajouter le rétablissement de la peine de mort.
Avec tous ces éléments en main et la tension qui monte, la même menace, encore et toujours, plane au-dessus des têtes, mais Devlin ne veut rien entendre. A ce stade, il est devenu impossible, pourtant, d'ignorer qu'on est entrés dans une spirale incontrôlable.

Alors, même quand Oz est décidée à se faire plus légère, elle ne perd donc pas de vue un seul instant ses thèmes les plus sombres. L'épisode s'achève d'ailleurs avec une scène de mutilation littéralement déchirante...

Posté par ladyteruki à 01:43 - Plus on est de fous - Permalien [#]