ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

11-07-11

Mortellement déçue

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Il existe un travers impardonnable pour un pilote : sa lenteur. On ne pourra pas faire ce reproche au pilote de Soredemo, Ikite Yuku : l'histoire est tendue vers un but et un seul, et les choses sont en fait assez rapides. Et c'est, en fait, ainsi qu'on obtient un autre travers impardonnable : l'impression de prétexte. Comme si tout était balayé pour pouvoir arriver à une situation, celle qui permet à ses deux héros de se rencontrer et s'ouvrir l'un à l'autre. Dans une comédie romantique, la chose serait ridicule. Dans le registre dramatique, on a juste l'impression d'un gâchis.
Ainsi, Soredemo, Ikite Yuku rate ses occasions d'être émouvante, tout ça parce qu'elle veut nous mettre dans une certaine disposition d'esprit et, pour cela, la série prend des raccourcis.

Pourquoi l'héroïne se retrouve-t-elle à coller aux basques du héros ? Parce que le scénariste avait besoin qu'elle assiste, impuissante, à la douleur de cet homme et de sa famille pendant tout le pilote. Le héros doit pouvoir se livrer à elle à propos de son deuil sans la moindre ombre de méfiance pour que la leçon porte ses fruits, et c'est ce qu'il fait. Tout cela sonne un peu faux (surtout dans un Japon où l'on a si souvent tendance à maintenir les apparences et ne pas accabler l'autre avec ses états d'âme sombres), mais il faudra surmonter le sentiment d'incohérence pour continuer à suivre l'histoire, car l'auteur ne s'arrêtera pas à ce détail.

Le scénariste a besoin qu'elle en passe par là pour sa démonstration, alors nous y voilà, bon gré mal gré, avec un personnage qui semble n'être là que pour s'en prendre plein la gueule de la part du héros, sans même que celui-ci sache le mal qu'il est en train de faire. Ce n'est que justice d'accabler ainsi la soeur du coupable, dans cette étrange forme de mentalité nippone, qui semble si normale (forcément), et qui consiste à faire payer le prix de la honte 15 ans après à toute la famille, même à la petite soeur qui n'était pas née au moment des faits. C'est totalement acceptable de faire souffrir la famille du tueur, et le scénariste se venge, lui aussi, en imposant à l'héroïne d'assister au grand déballage sans oser rien dire. Elle doit souffrir parce que sa responsabilité commence maintenant : quand elle commence à être désolée pour la famille de la victime, sans cesser d'aimer son frère le meurtrier, le scénariste en a voulu ainsi.
La rédemption de la soeur du tueur ne passera pas par lui. Ce n'est pas son propos : il veut que la fille souffre. Il veut faire peser la culpabilité sur la soeur du tueur, et qu'il soit impossible de vraiment ressentir de la peine pour elle.

Ce n'est pas vraiment comme si on pouvait compatir au drame du héros, en face d'elle, qui semble tellement manquer d'un minimum de délicatesse, et commence à déballer, au bout d'à peine 20mn d'épisode, les raisons pour lesquelles il est, aujourd'hui, 15 ans après le meurtre, toujours puceau (euh, quoi ?!) à une parfaite inconnue, juste pour pouvoir expliciter tous les enjeux que le scénariste n'a pas su poser avec plus de tact que ça. Déconnecté de ses propres émotions, à la fois conscient du drame que son histoire représente mais incapable de réagir comme s'il était vraiment touché, il ne procure rien au spectateur. Seul le jeu emprunt de douleur sourde d'Eita touche le spectateur ébahi par ce déballage, et encore, on sent que c'est uniquement parce que l'acteur avait quelque chose à exprimer qui lui était personnel. Il n'aurait jamais eu la force de faire un come back dans une comédie romantique quelconque ; le scénariste n'a aucun mérite dans cette émotion, donc.

Ainsi va le pilote de Soredemo, Ikite Yuku. Pas vraiment touchant. Pas vraiment critique. Pas vraiment construit pour présenter la moindre forme de suspense non plus. Juste tendu vers un but, et un seul : tenter de donner des airs de tragédie grecque à une histoire qui aurait pu être mieux troussée, mais n'est qu'une accumulation de clichés typiques du drame-dramatique-qui-fait-pleurer.
L'épisode aurait pu être bon entre les mains d'un auteur plus délicat. Il faudra se contenter de ce résultat-là... ou ne pas s'y résoudre, et passer à autre chose cette saison. Faire le deuil d'une série qui aurait pu être bonne, en somme.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Soredemo, Ikite Yuku de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:43 - Dorama Chick - Permalien [#]

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