ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

21-12-10

Just a gleempse

Lasses de dépenser tous nos sous, ma sœur et moi avons interrompu notre journée shopping en rentrant chez elle tout en parlant de séries. C'est là qu'elle me dit : "ah, tu sais ce que j'ai depuis hier ? Le jeu Glee sur wii". Huh ? Il y a un jeu video Glee ? Heu, mais faut faire quoi, slalomer entre les lanceurs de slushies dans les couloirs du lycée ?
Bon, je cherchais vraiment la complication : le jeu Glee consiste tout simplement à chanter les titres interprétés dans la série devant un micro en ayant l'air de savoir ce qu'on fait. Le micro étant réglé pour que, s'il y a un son en même temps que les paroles, que ce son soit juste ou dissonant, les points sont tout de même attribués. De sorte que vous êtes en fait encouragé à faire n'importe quoi pourvu de souffler dans le micro. Je sais pas à quoi je m'attendais mais en tous cas c'est franchement bas de gamme.

Mais l'objet de mon post ne sera pas le jeu lui-même, en fait, mais ce qu'il dit de Glee, à son échelle.

Gleempse

En tout, j'ai vu la première saison de Glee 1,5 fois : j'ai vu la première partie en double, dont une pour me rafraîchir la mémoire à peu près lorsque la seconde devait commencer. Pour ce qui est de la saison 2, je me suis arrêtée avant le Rocky Horror Picture Show, ma patience ayant ses limites.
En dépit de ça, quand il s'est agi de choisir ne serait-ce que les chansons, j'étais complètement là en aveugle : "euh, ils l'ont chantée quand ça ? Je vois vraiment pas ce que c'est... Ah c'est pas quand ils vo-... ah bah non".

Le phénomène est devenu immense et pourtant, qu'a-t-il vraiment laissé ? A force de se gorger de popculture et de jouer avec des phénomènes déjà existants, Glee est devenu une sorte d'agglomérateur de trucs qui attirent le regard. Mais n'a rien su laisser, n'a rien su inventer, n'a rien su créer. On regarde Glee parce que c'est sympa, que ça fait de la musique, que ça bouge, qu'il y a des répliques drôles (plus ou moins exprès), et qu'on y voit tout ce qui est populaire par ailleurs. C'est une magnifique vitrine finalement : des comédies musicales à Lady Gaga, tout y passe, tout ce qu'il faut plus ou moins connaître pour ne pas donner l'impression qu'on vit dans une grotte.
Et pourtant la série n'impose jamais vraiment sa griffe, se refuse à apporter un enjeu créatif.

On a dit en riant l'autre jour dans The SeriesLive Show que Glee, ironiquement, n'a pas de générique. C'est finalement assez révélateur de l'état d'esprit de la série : plutôt que d'avoir un générique propre, qui lui confère une identité, elle se contente de piocher un peu partout ce qui lui servira de carburant. Mais tout cela est de l'énergie fossile...

Que laissera Glee derrière elle ?

Oui, je pense déjà à l'après ; j'ai pour ma part la conviction qu'elle n'ira pas au-delà de 3 saisons : la série brûle ses cartouches trop vite, le phénomène est énorme mais à mesure que le succès a pris de l'ampleur, la série s'est essentiellement recentrée sur un public volatil qui passera à autre chose si une série plus opportuniste débarque, et il en débarque toujours une à un moment ou à un autre. A force de recycler, Glee n'a pas su imposer sa marque, et ce sera pire quand arrivera la série de malédictions qui s'annoncent, comme le changement de casting. Le fait de l'assumer très tôt n'implique pas nécessairement que ça prendra. Et on parle, je le répète, d'un public qui préfère se lier aux personnages que les voir tourner (déjà les amateurs d'Urgences ont parfois eu du mal avec le turn-over, alors le public de Glee...).
Pour commencer, qui repensera encore à Glee quand cette série sera finie ? Une autre prendra sa place dans le cœur du public-cible, pour ceux qui n'auront pas simplement grandi et tourné leur regard vers autre chose. En se débarrassant de certains de ses personnages emblématiques, la série se sera transformée en franchise mais aura, aux yeux de ses fans de la première heure, perdu de sa substance (même quand ce n'est pas vrai, c'est ce que la plupart des fans pensent, quelle que soit la série). Les acteurs partis vers d'autres verts pâturages emmèneront souvent leur public avec eux, car le phénomène d'identification est fort (ils sont littéralement les petits outsiders qui réussiront dans le showbiz, et non leurs personnages). Au milieu de tout ça, la série aura continué à reprendre des chansons sans jamais imposer les siennes, sans jamais s'imposer une ligne claire. Sans même d'aller jusqu'à dire que la série aurait pu être une œuvre grandiose et marquante, elle aurait au moins pu camper sur ses positions quand le succès est venu au lieu de se laisser aller à ces guests et ces épisodes spéciaux destinés uniquement à attirer l'attention. Glee ne cherche pas vraiment à garder l'attention qu'elle capte, elle considère essentiellement que c'est un dû. Quand le vent tournera, je repartira...

Que tout cela est triste. Un an après avoir entendu certaines de ces chansons, je ne me souviens déjà plus de rien des épisodes vus avant l'été. Ma sœur à peine plus (et elle les a vus plus récemment). Oui, c'est ça, ça m'a rendue un peu mélancolique de constater que l'un des plus grands succès populaires de ces derniers temps ne laisse pas d'autre trace que les sillons de l'encre dans les rouleaux des comptables de la FOX.

Glee a loupé son occasion d'être une série importante pour se borner à être un phénomène marketing. J'aurais aimé penser qu'on pouvait avoir les deux. C'est ce qui aurait justifié sa longévité.

Posté par ladyteruki à 23:30 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]