ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

06-11-10

Politics of compromise

Rares, trop rares ont été les posts La preuve par trois dédiés à des séries asiatiques. Pour faire amende honorable, je vous propose de faire un petit détour par la Corée, avec le pilote de Daemul. Une série sur laquelle j'ai été légèrement induite en erreur par les résumés des uns et des autres, car si effectivement, la série s'intéresse au monde de la politique, les autres éléments ne sont pas exactement tels qu'annoncés.

Daemul_1
Quand on aborde Daemul, c'est typiquement ce à quoi on s'attend : de la politique. Puisqu'on vous dit que c'est la première femme Présidente ! C'est donc par un aperçu de la carrière politique de Madame qu'on commence, en la voyant déjà dans ses fonctions. D'ailleurs on a très vite une trame similaire à celle d'un épisode d'A la Maison Blanche, le mètre-étalon incontournable dans ce domaine, avec un sous-marin sud-coréen perdu dans les eaux territoriales de la Chine (pour que ce soit vraiment fun, il aurait fallu oser les eaux territoriales de la Corée du Nord, mais d'accord). Et on va vite comprendre que la Présidente Hye Rim n'a pas la même notion que Bartlet de ce que peut être la raison d'État (et même lui prenait volontiers des libertés avec...), car elle ne cherche pas à entendre raison. C'est une idéaliste pur jus, pleine de bonnes intentions mais qui au final, est totalement irréaliste. La Corée du Sud qui va défier la Chine quitte à entrer en guerre ? Mais bien-sûr.
Le plus gros problème, ce n'est pas vraiment le choix politique que fait Hye Rim dans cette affaire. Ce qui m'ennuie c'est qu'on a encore une fois droit à une séquence d'introduction, se déroulant dans le présent, et que cette première séquence est en fait un aperçu de l'issue des élections. Mais qu'en fait, on va ensuite opérer un retour de plusieurs années dans le passé, et ainsi reprendre l'histoire depuis le début ! Absurde manie très coréenne de donner la fin de l'histoire avant même d'avoir commencé à la raconter. Et encore, là on comprend assez bien la façon dont ça se déroule sur un plan chronologique (Hye Rim faisant vraisemblablement plus adulte dans ses fonctions de Présidente que dans les scènes suivantes), c'est pas encore aussi agaçant que pour Lobbyist ou IRIS où on ne le comprenait qu'après plusieurs minutes de souffrance. Mais quand même, c'est la misère. A croire que c'est trop demander aux scénaristes que de varier de ce schéma narratif. Insupportable.

Daemul_2
Le pire est à venir. Car outre le parcours de Hye Rim pour devenir Présidente, on va aussi (surtout ?) assister au parcours de l'enjeu masculin de la série, Do Ya. Enfin, disons que des enjeux masculins, il y en a deux, mais on sait avec qui Hye Rim va finir parce qu'il y en a un qui a plus de temps de présence à l'écran. A ce stade de ce post, je suis bien consciente que tous vos espoirs se sont envolés, mais persistez quand même au moins jusqu'à la fin, d'accord ? De toute façon, ça vient de moi, parce que j'ai un énorme problème avec les romances dans les séries asiatiques et plus particulièrement coréennes. J'ai sempiternellement l'impression de les avoir vues douze fois (même s'il s'avère ensuite que ce n'est pas le cas). Donc ça vient en partie de moi, je le sais. Mais c'est usant. Et c'est d'autant plus usant que c'est ridicule. Si la carrière de Hye Rim est bien écrite, la transition de Do Ya est d'une niaiserie consommée. Finalement on en sait plus sur lui que sur elle, mais au bout du compte ça dessert le personnage.

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Malgré tout ces bons sentiments, Daemul s'avère aussi être d'une grande dureté, voire d'une certaine violence. L'intrigue amoureuse et les élans d'amélioration personnelle des protagonistes ne doivent pas nous faire oublier (ce semble être leur vocation afin de ne pas effrayer le grand public, d'ailleurs) qu'il n'y a pas de la place que pour un idéalisme forcené. Daemul, c'est aussi une scène de suicide collectif, un homme qui veut trancher le sexe de son fils à la hache, puis le fils qui veut se couper le sexe à la hache lui-même, des hommes corrompus dans la police, les médias et la justice, des journalistes envoyés en Afghanistan, la prostitution... J'en oublie mais même si ce n'est pas le cas, admettez que c'est bien loin de ce qui rendait le paragraphe précédent désespérant. Et c'est justement là que réside le potentiel du pilote de Daemul, dans la conviction que certains sujets peuvent être évoqués dans une série où l'on trouve des passages niais. Aussi incroyable que ça paraisse, les deux peuvent coexister. En gros, voilà comment on avoisine les 30% d'audience : en donnant un peu à tout le monde. Et moi je dis : si vous me donnez ce que je veux, ça ne m'ennuie pas que vous adonniez ce qu'ils veulent à ceux qui attendent de la romance sirupeuse.

Alors au final, Daemul est peut-être moins courageux que d'autres séries politiques sur la forme et même une partie de son histoire, mais il y a finalement de bons ingrédients, qui donnent envie de voir comment tout cela se développe. Les axes de romance pathétique ? Gardons-les, s'il n'y a que ça pour faire plaisir à la majorité du public. Tant que l'équilibre me semblera préservé, je continuerai à regarder. C'est peut-être justement, plus que certaines séries politiques trop intellectuelles, un bon moyen de pousser les spectateurs vers des séries sur ce sujet. Et au pire, il faudra voir ce que donnera President dans quelques semaines !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Daemul de SeriesLive.
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Posté par ladyteruki à 22:21 - La preuve par trois - Permalien [#]

Wreck

Ce weekend, je vous propose d'avoir vos coups de cœur avec moi. Parce que bon, je papote, je papote, vous savez ce que c'est, n'empêche qu'au bout du compte, vous, vous avez lu ma littérature mais pour autant, vous n'êtes pas plus avancés. On arguera que si j'ai pu trouver ces épisodes, mes lecteurs, qui ne sont pas plus bêtes que les autres bien au contraire, pourraient aussi bien les trouver, mais il se trouve que je suis quelqu'un de partageur, mes antécédents parlent d'ailleurs pour moi, donc on va faire simple : c'est le retour de La preuve par trois !
Et très sincèrement, qu'il n'y ait pas eu de post dans cette catégorie depuis plusieurs mois aurait dû conduire à une mutinerie, voire une révolution. Ne me laissez pas vous traiter comme ça quand je fais tant de découvertes. Sérieusement, quand je parle d'un truc et que ça vous intéresse, pensez à vous manifester si vous voulez en profiter aussi. Je peux pas deviner, hein.

Bref. Donc, weekend de partage, de découvertes et de gourmandises, je commence avec un pilote tout frais de jeudi soir, dont très franchement je n'attendais qu'une qualité honnête mais pas de merveilles. Grosse erreur. Je rappelle qu'on ne croit jamais un trailer sur parole, on vérifie, ça fait partie des réflexes téléphagiques de survie. Ainsi, aujourd'hui, je vais vous parler du pilote de Rake, avec, ainsi que le veut la coutume, trois captures et pas une de plus.
Et si vous n'êtes pas coutumiers des posts La preuve par trois, le mode d'emploi est simple : cliquez bien partout, vous devriez trouver votre bonheur...

Rake_1
A chaque pilote, il ya une phase d'exposition, c'est la règle. Celle de Rake nous invite dans le bordel qu'elle la vie de Cleaver en détaillant par le menu toutes les choses qui tournent à la fois bien et mal et dans son quotidien. Bien, parce que c'est de toute évidence sa routine. On sent qu'il est à l'aise dans sa vie, loin des personnages qui remettent en question leur mode de vie, ou voudraient être ailleurs, il est évident que Cleaver vit très exactement l'existence qu'il a choisie, qu'elle ne lui pose aucune forme de problème moral, financier, et que tout cela est finalement une mécanique bien huilée. C'est un type incroyablement à l'aise dans ses mocassins, alors qu'il figure parmi les personnages les plus dysfonctionnels possibles. J'ai aussi particulièrement aimé la scène au réveil... Comme toutes les scènes d'introduction de ce pilote, elle est à la fois drôle et pas hilarante. C'est toqué, mais ce n'est pas humoristique. Et c'est certainement ce qui me plaît dans Rake, ce ton un peu acide mais ne cherchant pas à équilibrer la comédie et le drame.

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La conséquence de cette mécanique rodée, c'est que le monde entier est à la disposition de Cleaver Greene. Le twist de cette scène le démontre bien : la seule chose qui ait de l'importance dans sa vie, c'est lui. Et le plus fou c'est finalement que ça n'ait l'air de gêner personne dans son entourage, où chacun accepte notre avocat tel qu'il est. Personne pour lui reprocher son mode de vie, ses fréquentations, ou même simplement sa chemise en piteux état ou son menton mal rasé. Cleaver Greene est à prendre ou à laisser, et la série ne cherche pas à mettre en place de sordides oppositions avec ceux qui l'entourent. En cela, et surtout pour une mini-série, Rake est atypique, car il ne s'agit pas vraiment d'enjeux ou de trame scénaristique en fil rouge, mais vraiment de s'approprier cet univers. Ne pas chercher midi à quatorze heures, ne pas se compliquer la vie, ne pas se forcer à quoi que ce soit... le ton de Rake est, finalement, dans la pure continuité de la façon dont Cleaver mène son existence...

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Mais outre ses affaires personnelles, Cleaver Greene est également un avocat. Un avocat qui ne s'intéresse pas personnellement à ses affaires et qui d'ailleurs n'est pas du tout impliqué émotionnellement. Que son client soit innocent ou non, qu'il ait fait quelque chose d'illégal et/ou d'amoral, il n'en a cure. A côte de ça, il est incroyablement habile. Cause ou conséquence de son détachement ? Le cas qui l'occupe dans le pilote est répugnant, mais il prend tout avec bonhommie et sert devant la cour avec une désinvolture qui force l'admiration. Il n'y a pas de limite, il n'y a rien d'effrayant, il n'y a rien qui puisse l'atteindre. Il entend les pires horreurs et il s'en contrefout. Il ira raconter ça à un dîner entre amis plus tard...
Accessoirement c'est particulièrement captivant de découvrir le fonctionnement d'un procès en Australie. Je me suis retrouvée dans la situation absurde où je me disais "tiens, aux USA c'est pas comme ça" ! Par exemple, les avocats font tous les deux face au jury, et je trouve que ça a une signification très forte. La configuration du tribunal est fascinante dans son ensemble ; maintenant je me demande quelle forme une salle de ce type revêt dans d'autres pays !

Rake est une série décontractée, mais présentant un personnage franchement attachant. C'est plaisant de se balader avec lui parce qu'on a l'impression que rien n'est vraiment grave ni important, alors qu'on touche, finalement, à plein de choses terriblement sensibles. Les questions que posent le procès sont terrifiantes, finalement, mais grâce à Rake, on ne dramatise pas, on ne s'enferme pas dans d'angoissantes interrogations sur le monde. Cleaver prend la vie du bon côté, même le mauvais, et du coup c'est vrai pour le spectateur aussi. Une balade finalement rafraîchissante...

Et pour cruellement de culture : la fiche Rake de SeriesLive.
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Posté par ladyteruki à 20:01 - La preuve par trois - Permalien [#]
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