ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

25-08-10

Choquer en douceur

Provoquer la réflexion et/ou la réaction, c'est le but de beaucoup de séries qui pour cela n'hésitent pas à parfois employer les grands moyens. Parfois jusqu'à la démesure... Mais les effets de style et la surenchère ont, avec le bon mélange de talent et d'intelligence, le mérite de faire plus que divertir, sans oublier de divertir.
Et puis bien-sûr, il y a les séries qui cherchent juste à choquer pour choquer, heurter la bonne morale ou les certitudes de certains spectateurs en espérant ainsi acquérir une identité propre, une étiquette un peu trash qui permet de sortir de la masse de séries qui chaque année déferlent sur les écrans.

Laissez-moi vous présenter maintenant la méthode douce. La méthode qui, au lieu de chercher à faire dans le révolutionnaire et/ou le scandaleux, provoque exactement les mêmes réactions. Laissez-moi vous parler de Sin Tetas No Hay Paraíso, une telenovela colombienne qui...
Ah, je sens que j'ai perdu 15 lecteurs rien qu'avec cette phrase ! C'est un tort, parce que, si vous n'avez jamais entendu parler de la série, vous allez en être pour vos frais : loin des stéréotypes sur la telenovela romanesque voire sirupeuse, cette série parle de thèmes absolument terribles, et totalement d'actualité.

Sin Tetas No Hay Paraíso ("pas de nichons, pas de paradis") suit le parcours de Catalina, une adolescente de 17 ans qui ne veut pas vivre dans la pauvreté. Jusque là ça va. Mais vous savez quelle est, selon elle, la recette miracle pour la richesse ? Se payer des implants mammaires en se prostituant. Eh ouais. La jeune fille est en effet convaincue qu'elle ne pourra améliorer son sort que si elle a un décolleté de rêve.

Et pourtant, Sin Tetas No Hay Paraíso joue la totale en matière de telenovela : la réalisation, les acteurs, les décors, les couleurs, tout y est. C'est, effectivement, ce qu'on attend d'une telenovela, à la nuance près que dans les 5 premières minutes l'adolescente est déjà en train de faire le tapin, et que son mac vend ses filles à un trafiquant. Dans la demi-heure qui suit, attention au spoiler après la virgule, la gamine va également se faire violer.
Alors, pour la telenovela chamallow, on repassera.

SinTetas

Finalement, vous savez quoi ? C'est du génie. Utiliser les codes d'une fiction confortable et tout public, pour aborder un sujet super sensible, et éminemment complexe, avec des revendications sur les classes sociales, le culte de la beauté, la prostitution... Des dialogues en apparence simplistes (je veux dire par là que moi qui n'ai jamais appris l'espagnol, je les comprends dans les grandes lignes, ce qui est quand même un signe), des personnages visiblement unidimensionnels, aucun effort particulier dans le choix des acteurs ou la réalisation (il faut voir l'interprète de Catalina pleurant son mascara jusque sur le menton pour comprendre qu'on n'a pas hérité ici d'un génie de l'art dramatique ni même d'une maquilleuse subtile), et pourtant, un propos remarquablement acéré.

En face de ça, il y a beaucoup de séries qui se gargarisent d'effets de style, et au final ne touchent que le public qui était suffisamment ouvert au départ pour ne pas se laisser distancer. Je pense à des séries comme Weeds ou Breaking Bad, qui ont quelque chose à dire je suppose (c'est ce que j'ai perçu sans être totalement convaincue), mais dont le propos se perd par désir de faire de la fiction haut de gamme. Mais si c'est pour s'adresser seulement à une élite, quel est l'intérêt ?
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Toutes les séries "simples" (par opposition aux séries "intelligentes") ne sont pas forcément capables d'accomplir ce que fait Sin Tetas No Hay Paraíso, avec son sujet couillu. Sin Tetas No Hay Paraíso n'a pas l'air de pousser bien loin, mais elle fouille tout de même son sujet, dans une sorte d'inventaire d'apparence tout public. Beaucoup de séries se contentent d'être tout public et ne placent pas le moindre message ni propos. Mais ici, il y a quelque chose de véritablement courageux dans la démarche, et on sent que la vulgarisation est voulue. En ça, c'est du génie.

Pour le reste, je l'ai dit : réalisation, jeu et mise en scène... ça vaut pas tripette. Mais on s'en fout, c'est le genre de série à regarder pour culture perso, et pas pour avoir un coup de cœur téléphagique. Quoique, on sait pas, ça peut aussi arriver... si vous êtes déjà fan de telenovela et que vous voulez essayer la taille légèrement au-dessus.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Sin Tetas No Hay Paraíso de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:10 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

[Day 25] Un jour, je sais pas quand

MemeDay_25

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Wire de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:00 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

Flaque d'eau

Étonnés que j'aie regardé le pilote d'une série co-créée par Will Ferrell (ex-SNL) et interprétée notamment par un rouquin ainsi que Horatio Sanz (ex-SNL) et Chris Parnell (ex-SNL) ? Non, vraiment ? Mais vous vous attendiez à quoi, au juste ?

BigLake

Comment ne pas remarquer la parenté, d'ailleurs ? On a tout bonnement l'impression d'assister à des petits sketches. Tout y est, on s'y croirait. Quelque chose dans le cadrage et dans le montage rappelle également cette origine.

Hélas. Car l'intérêt de SNL (et ce qui fait pardonner les éventuels accrocs), c'est le live. Si Big Lake était en live, ce serait tout-à-fait pardonnable. Mais il y a là un double handicap : d'une part, ce n'est pas en public, et d'autre part c'est enregistré. Et comme chaque fois que des acteurs rodés à l'impro s'essayent à une série scriptée et/ou enregistrée, on perd énormément en énergie et en intérêt. Big Lake pourrait très bien être un sitcom original en live, mais sans ce choix, le reste semble dénué de sens. L'impro, ça ne marche qu'en live, point barre. C'est pas la peine d'essayer, ça ne marche pas.

Oh, Sanz et Parnell s'en tirent relativement bien, mais ça reste tout relatif.

Et surtout ils sont odieusement sous-employés, au profit d'un benêt de service, Chris Gethard, dont on n'arrive pas à être certains qu'il s'agit là d'un rôle de composition. Le problème de rythme semble donc décuplé par l'extrême manque de panache de son personnage principal et son interprète à peine plus vif. Qui a engagé ce mec ? Sérieusement ? Sans lui la série serait drôle, mais là on a l'impression que tout le monde l'attend ("tu vas la dire ta réplique, ducon ?") et que personne ne sait quoi en faire. Fallait-il vraiment, d'ailleurs, ce personnage débile ? Horatio Sanz aurait aussi bien pu driver la série en endossant à la fois le rôle de l'olibrius étrange et de fils penaud revenant à la maison. Surtout que Horatio est tellement lead material maintenant qu'il est baisable. Si-si. Les autres personnages de la famille, d'ailleurs, sont tellement hauts en couleur que c'en est encore plus douloureux.

Pas sûr que Big Lake ait le temps de se reprendre avant son inévitable annulation (le contraire serait surprenant), mais pourtant j'aurais envie de lui laisser le bénéfice du doute.
Mais pas au point de regarder la suite, essentiellement à cause de la question du rythme.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Big Lake de... tiens, je sais ce que je fais ce soir, moi.

Posté par ladyteruki à 15:17 - Review vers le futur - Permalien [#]