ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

31-01-10

I don't care, I'm still free

En ce mois de janvier, je ne vous ai infligé que 5 posts sur les séries asiatiques. Certains trouveront que c'est déjà trop, je trouve quant à moi que le déséquilibre serait plutôt dans l'autre sens. Et comme je suis quand même chez moi ici, souffrez que je poste une 6e fois sur ce sujet, promis, demain je vous reparle de l'Occident.
On va dire que c'était un weekend thématique, tiens.

Tout le monde en parlait, il fallait donc bien que je m'y mette : Chuno.
Pourquoi cette impression de l'avoir fait à contre-cœur ? Vous n'êtes pas sans savoir que j'ai un gros problème avec les séries se déroulant dans le passé, et à plus forte raison si elles se déroulent à une époque où la caméra n'existait pas. Je suis ainsi faite, on n'y peut rien. Il suffit de voir le temps que ça m'a pris pour me prendre par la main et regarder Spartacus: Blood and Sand (mais ce pourrait être un mauvais exemple). En Asie comme en Occident, j'aime que mes séries reflètent leur époque (ce qui explique que j'en regarde aussi qui soient vieilles de plusieurs décennies), et mon appréhension est souvent difficile à affronter.
Mais voilà, tout le monde en parlait...

Chuno_KoreanWestern_1

Annonçons la couleur tout de suite : dés les premières minutes (et plus précisément une fois le petit récapitulatif historique fini, car bien que fort utile, il n'était pas très sexy), j'ai laissé tomber tous mes préjugés à mes pieds, je suis tombée à genou, et j'ai mentalement applaudi des deux mains mon initiative de m'y mettre.
Car Chuno a conquis mon cœur très simplement : il lui a cogné dessus. Et comme chacun sait, c'est pour une série le meilleur moyen de me ravir.

Le pilote de Chuno commence donc comme un western fait de sable, de violence et de crasse. Les protagonistes vivent dans une époque de désespoir, où il faut voir la vie avec un certain détachement je-m'en-foutiste pour survivre. Les chasseurs de prime sont comme ça, et j'ai aimé la désinvolture de leur violence, ils ne sont pas vraiment à ce qu'ils font, ils le font parce que, des esclaves ou eux, tout le monde ne peut pas être gagnant, et qu'ils ont besoin de gagner leur croûte. Ils ne prennent pas vraiment plaisir à ce qu'ils font, mais ça ne les écœure pas non plus tout-à-fait, ils ont fini par le voir comme un jeu parce que sinon, quelle serait l'alternative ? Détester ce qu'on fait, et arrêter au risque de ne plus manger ?

Cette première partie est ébouriffante parce qu'elle retranscrit l'atmosphère d'une société livrée à elle-même, qui ne croit plus en rien, qui n'en est même pas à essayer de croire en quelque chose, qui n'a pas le temps pour le spirituel et tente simplement de garder la tête hors de l'eau. C'est une phase particulièrement captivante du pilote, parce que sa description du contexte est forte, mais qu'elle ne se dispense pas d'une efficacité incroyable dans la réalisation. Le combat au saloon bar est très divertissant et sort des sentiers battus, il y a des cascades plutôt originales et chacun des chasseurs de prime donne l'impression d'assister à une performance complète. Comme quoi on peut être intéressant même avec une longue scène de combat dés le début de l'épisode !

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L'atmosphère de western ne va pas durer tout l'épisode, mais elles s'estompe lentement pour faire découvrir d'autres qualités de Chuno, ce qui rend la perte moins douloureuse. Car une fois la prime touchée, la caméra n'abandonne personne : ni les chasseurs de prime, ni les esclaves. Nous allons à la fois explorer la vie quotidienne des premiers (faite d'un certain nombre de légèretés bienvenues, histoire de souffler un brin), et l'humiliation profonde des seconds. Vous voulez voir un exemple de déni d'humanité dans une fiction ? Si le pilote de Chuno ne vous donne pas des frissons à ce sujet, alors rien d'autre ne le fera. C'est douloureux mais là encore, nécessaire pour comprendre le contexte de la série.

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Ensuite on s'attaque non plus à l'installation du contexte historique, ou de l'ambiance du monde dans lequel les personnages vivent, mais bien aux protagonistes eux-mêmes. Et là c'est une phase également intéressante, bien que plus lente au niveau du rythme, et pas forcément épatante côté réalisation (mais cela ne se prête qu'assez peu, c'est vrai, aux effets de style). Les deux personnages principaux vont chacun avoir droit à leur petit flashback... Malheureusement il ne m'a pas toujours semblé clair de comprendre à qui appartenaient les flashbacks, entre Dae Gil le chasseur de primes et Tae Ha l'esclave, on ne comprend pas forcément qui était qui avant (surtout que Dae Gil sans barbe ni cicatrice est absolument méconnaissable). Du coup j'ai eu un peu de mal à nager dans les eaux troubles des souvenirs de l'un et de l'autre, si bien que j'ai dû aller lire quelques résumés (et la review de Myteleisrich, en espérant ne pas tomber sur un spoiler) une fois l'épisode fini pour être bien sûre de comprendre qui était passé par quoi.

J'ai été toutefois assez touchée par la candeur tendre du flashback de Dae Gil avec sa petite esclave, c'était très nunuche mais ça fonctionnait très bien sur le coup. En fait je crois que j'ai adoré tout ce que les flashbacks de Dae Gil avaient à offrir (je n'avais juste pas forcément compris qu'il s'agissait de Dae Gil).

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Hélas, j'étais beaucoup moins enthousiaste pendant la dernière partie du pilote. L'intrigue s'embourbe dans la sensiblerie, trace les contours de l'éternel triangle amoureux, et finit par laisser suggérer que l'amour impossible entre Dae Gil et Eonn Yeon prendre le pas sur la dureté de l'univers de Chuno. C'est du moins l'impression qu'il en ressort. Ce qui était au départ une excellente série semble tourner à l'amourette. C'est un sentiment terrible que d'assister, impuissant, à tout ça.

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Mais comme Chuno a démontre qu'il y avait du potentiel pour autre chose que les éternelles tortures shakespeariennes, je garde espoir. Trop a été dit pour que je puisse me laisser décevoir par un poignée de minutes trop convenues.
Fermement décidée à donner ma chance à cette série, j'ai donc cagoulé le second épisode... et j'espère pouvoir vous dire bientôt que je ne le regrette pas.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Chuno de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:05 - Dorama Chick - Permalien [#]

30-01-10

Chirurgie esthétique sans frontière

Quand je pense que, lorsque j'ai ouvert ce blog, je me vantais d'être une téléphage sectaire, sur le mode "hors des séries américaines, point de salut"... et aujourd'hui j'explore des contrées inexplorées à l'instar de la fiction coréenne...
...je me dis qu'il est bon de vieillir.

Car oui, voici une nouvelle série coréenne à découvrir, et nous allons en profiter pour dépoussiérer la rubrique La preuve par trois, un bonheur n'arrivant jamais seul. Vous savez bien que je ne suis pas du genre à garder mes découvertes pour moi...
Au programme du jour, ce que j'ai envie de qualifier de Nip/Tuck coréen. Attention, publicité mensongère inside. Allez, venez par là, que je vous explique pourquoi la série de FX et et Before & After Seonghyeongoekwa n'ont pas tant que ça en commun.

BeforeAfter___1
En fait, si, évidemment. Outre le fait qu'elles parlent toutes les deux de cabinets de chirurgie esthétique, Nip/Tuck et Before & After ont des choses en commun. J'imagine que, comme les Japonais et leur culture du panachage, Before & After est la preuve que les Coréens savent adapter sans polycopier ce qu'ils voient à l'étranger. Ainsi, le pilote s'ouvre sur une scène assez trash, mais en même temps pas gratuite, sur un nez qu'on remodèle. Mais le pilote installe aussi une dynamique au sein du cabinet, avec deux hommes radicalement différents pour le faire tourner, et une femme entre eux. Mais je vous assure, les comparaisons s'arrêtent là et, en fait, sont quasiment théoriques. Les personnages prennent de l'épaisseur à mesure que l'épisode avance, loin des caricatures de leurs collègues amerloques : celui qui souhaite soigner les pauvres aux frais de la clinique est-il tout blanc ? On est loin de ce prêchi-prêcha de Sean McNamara en tous cas.

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Une autre différence réside dans l'enjeu féminin principal de la série. Comment ne pas trouver l'héroïne craquante ? Franchement je ne me lasse pas des minois qui en ce moment rayonnent dans les médias coréens. Si vous avez l'occasion d'aller jeter un œil aux groupes féminins du Pays des Matins calmes (y jeter une oreille peut également être une bonne idée dans la foulée), vous verrez que les yeux de biche y pétillent de malice, les corps tout en illusion d'optique semblent longilignes, l'énergie douce et élégante irradie. C'est un vrai plaisir, et la craquante So Yi Hyun ne fait pas exception à la règle. D'ailleurs, à la limite, je trouve qu'elle n'est pas assez présente ; il faut vraiment que les épisodes ultérieurs lui fassent plus de place. Je présume que ce sera le cas, et je m'en réjouis à l'avance, d'autant qu'elle apporte une légèreté bienvenue aux histoires qui se déroulent au cabinet.

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Finalement, Before & After apparait comme bien plus douée que son homologue américaine pour dénoncer les dérives de la chirurgie esthétique. Déjà parce qu'elle utilise la chirurgie pour dénoncer d'autres choses, comme le star system ou plus simplement l'économie qui s'est développée autour des actes de chirurgie esthétique : le quartier où se situe le cabinet est truffé de concurrents, on y crée des "modes", c'est un véritable microcosme. Miami, à côté ? Une bande de clowns ! Mais Before & After a aussi le bon goût de pointer du doigt de façon subtile, par touches peu appuyées mais régulières. Le pilote balaie ces sujets, et les laisse à l'appréciation du spectateur. La scène de fin pendant laquelle la starlette confesse face caméra que les rumeurs de chirurgie lui font de la peine, pendant que ses chirurgiens la regardent à la télé, ne juge pas. Elle donne juste les pistes vers une réflexion allant plus loin que le seul divertissement.

Quand je prends la précaution de dire que les "canons de réussite médiatique" en Corée me plaisent plus que ceux du Japon, c'est parce que je me rends bien compte de certaines réalités que, à travers Before & After, je vois explicitées. En soi, il y a de grandes chances pour que par exemple So Yi Hyun ait elle-même subi quelques opérations pour aboutir à ce fameux canon de beauté en vogue en Corée, ce qui serait, à n'en pas douter, d'une ironie suprême. C'est la raison pour laquelle les Coréennes célèbres semblent toutes sortir du même moule. Et c'est en cela que Before & After atteint un objectif de mise en abime assez incroyable sans beaucoup sembler insister.

Before & After offre donc plusieurs degrés d'intérêt : chirurgie, intrigues internes au cabinet, comédie romantique, critique de la société... il y a vraiment de quoi se régaler à tous les étages. Avec en plus une B.O. très référencée qui participe grandement au plaisir du visionnage.
Laissez tomber Nip/Tuck (sauf si comme moi, vous l'avez fait il y a plusieurs années déjà) et ses 95% de scènes gratuites, et basculez du côté coréen de la force !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Before and After Seonghyeongoekwa de SeriesLive.
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Posté par ladyteruki à 09:37 - La preuve par trois - Permalien [#]

29-01-10

Du sang et des larmes

Pour rendre une fiction historique accessible, il vous faut :
- plein de beaux jeunes hommes
- 10kg de muscles à chaque bras
- des costumes bien tape-à-l'œil
- un budget décor d'une somme indécente
- surtout pas trop de tissus
- quelques visages connus au second plan

Après Rome et The Tudors, on n'arrête pas le progrès, voici que Starz lance Spartacus: Blood and Sand. Entre parenthèses voilà une chaîne qu'il faut vraiment surveiller du coin de l'œil, qui semble mettre les bouchées doubles depuis quelques temps, bien qu'avec des effets très variables.
Si vous pensiez que déjà The Tudors usait un peu de facilité pour appâter le chaland, vous n'avez sans doute rien vu. La promesse que fait Spartacus, c'est vraiment les jeux du cirque version télé : un réjouissement populaire le plus primal possible, avec des pectoraux où que le regard se pose, des jeunes gens qui transpirent très beaucoup, et des histoires de coucheries. Pour faire plus sérieux, on aura sans doute quelques références à l'histoire antique, enfin, tant que ça ne gêne pas trop aux entournures, bref, c'est très basique.

Je m'émouvais que certains genres soient moribonds à la télévision. Le péplum semble bomber le torse ces dernières années au contraire (sans doute pour suivre son vague revival au cinéma). Je ne sais pas encore si c'est une bonne nouvelle mais comme pour tout courant prenant de l'ampleur, on va assister aussi bien à la création de bonnes choses (Rome) que de plus triviales (Spartacus), et il faudra faire le tri. Mais si j'ajoute aussi la mini-série Empire, je trouve que le genre a quand même une présence régulière dans les grilles, même si c'est à court terme.

D'une façon plus générale, cela encourage les fictions historiques à sortir des stéréotypes guindés des décennies précédentes, pour s'essayer à plus de modernité dans le ton. Parfois ça donne un résultat un peu trop "tout public" au goût de certains, mais on sent que le genre fait des efforts. Ses auteurs se donnent du mal pour ne pas juste refaire un vieux truc avec des acteurs d'aujourd'hui. En fait, outre-Atlantique, on parvient à faire ce qu'Un Village Français n'a pas réussi à accomplir : revisiter une période dont on a l'impression que l'industrie audiovisuelle a fait le tour cent fois, avec un ton personnel.
Alors évidemment, il y a à prendre et à jeter, mais au moins on a quand même des opportunités, c'est plus que pour bien d'autres genres.

Personnellement, cette façon un peu fanservice d'envisager le péplum, ça ne me dit rien sur le papier. Évidemment, il faudra voir ce que ça donne. Mais une fois de plus, l'originalité vient du câble, alors que pourtant on ne peut pas dire que les moyens y soient pharaoniques. Enfin, romains, pour le coup. Et pourtant, tout ça a forcément un coût supérieur à la plupart des fictions lambda pouvant être tournées à peu près n'importe où et dans n'importe quelles fringues, pour commencer. Et puis, ne serait-ce qu'en huiles de massage pour faire saillir les muscles, ça doit coûter bonbon. Mais le câble ne s'en laisse pas compter, et nous propose du choix. Sur les networks, c'est steak frites ou salade. Sur le câble, le menu est complet (et le steak est  garanti pur muscle, donc).

Alors, j'ai vraiment essayé. Je voulais vraiment donner sa chance à Spartacus: Blood and Sand, je le jure. Hélas cent fois hélas, le post que vous êtes en train de lire ne concernera que les 12 premières minutes du pilote, conformément à l'adage téléphagique qui dit que la curiosité s'arrête là où commence le masochisme.
Spartacus: Blood and Sand m'a agacée. Pire, il m'a déçue, puisque j'avais essayé d'en attendre un petit quelque chose. Comme quoi, il faut toujours croire en son instinct.

Des 12 premières minutes de Spartacus, voilà donc la review...

Spartacucul

Tout commence par un combat dans une arène, auquel celui qui sera le héros de notre aventure assiste depuis les souterrains de l'arène. On sait que c'est le héros parce qu'il a l'air tout chafouin et tristoune. Il n'a donc de ce spectacle que la version audio, et sincèrement, il ne perd pas au change. Le combat qui fait rage est en effet un festival d'effets de ralenti, d'éclaboussures ajoutées numériquement, et de décors qui, de façon ostensible, n'existent pas.
Ah, quelqu'un a un nouvel ordinateur avec lequel jouer !

Dans ses catacombes, notre bonhomme nous fait une scène d'angoisse : il vient de réaliser qu'il joue dans un navet. On le comprend. On compatit.
Et ça va empirer très vite.

Flashback : notre pauvre ange de robuste douceur aux yeux bleus (syndrome The Listener, quasiment) se souvient des jours heureux, au pays, du temps béni où il déclarait la guerre aux barbares plus moches et plus sales que lui (c'est dire). A l'époque il pouvait se taper sa femme quand il le voulait, ah c'était le bon temps, surtout qu'elle était un peu la femme idéale : toujours partante pour le sexe, dotée d'un certain sens de l'initiative... mais pas trop de caractère non plus. Et une cuisse ferme comme tout - mais on y reviendra.

Notre barbare s'apprête donc à aller guerroyer, et je crois que le summum du cliché a été atteint lorsque, après qu'une nuit de folle passion ait été consommée en guise de torrides adieux (j'ai tiré cette phrase d'un Harlequin), il va trouver son épouse au petit matin sur une colline voisine, parce qu'elle est anxieuse à propos de la guerre.
Vu que d'une part, on a déjà vu le petit barbare aux yeux tendres dans l'arène (saloperie de flashback, serais-tu devenu l'ennemi juré de tous les pilotes qui se respectent ?!), et que d'autre part, on sait pertinemment que sinon il n'y a pas d'histoire, il semble assez évident que notre chevelu héros ne va pas rentrer au bercail de si tôt. Son destin est scellé lorsqu'il noue un ruban crasseux autour de la cuisse impeccablement photoshoppée de sa mie afin qu'elle garde toujours sur elle l'odeur de son rustre de mari (ô joie, rappelons qu'on est en 400 avant l'invention du savon).

Mais si cette scène est aussi atroce, ce n'est pas seulement en raison de sa mièvrerie over the top, mais aussi à cause du décor lui-même. Tourné sur fond vert (ou bleu, on s'en fout), il est la preuve insolent que, non, tout le monde ne peut pas accomplir des miracles avec un petit budget. Écoutez, c'est bien simple : le décor flotte. Je ne sais pas pour vous mais j'en avais le mal de mer. C'est extrêmement contrariant parce qu'au bout de quelques secondes de nausée, on ne voit plus que ça. Un problème qui, bien que récurrent dans les quelques minutes que j'ai regardées, est des plus criants dans cette scène.

Mes phalanges enfoncées dans la souris, j'ai réprimé l'envie de tout arrêter à ce moment.
Rétrospectivement, j'aurais sans doute mieux fait.

Arrive donc une scène de baston, diantre, c'est déjà la deuxième en moins de 10 minutes, avec plein de slow motion qui gicle de partout, un vrai carnage ! A la suite de quoi on se retrouve, tenez-vous bien, avec une troisième scène de baston, largement moins épique je vous l'accorde, où notre barbare aux yeux bleus défend l'honneur de sa femme (comme il a été mentionné plus tôt par ses soins que les femmes de son village se faisaient régulièrement violer, il ne doit pas en rester grand'chose, mais bon).

Et c'est là que la conclusion s'est imposée à moi. Spartacus: Blood and Sand a été écrite pendant la grève des scénaristes ; par des geeks, d'après ce que je me suis laissé dire.
J'ai donc arrêté les frais, stoppé le pilote, et fait quelque chose qui ne s'était pas produit depuis Tokyo DOGS : j'ai décidé de laisser tomber définitivement. Et puis j'ai lancé un épisode de Rescue Me, et tout de suite, ça allait mieux.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture (bof, culture, culture...) : la fiche Spartacus: Blood and Sand de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 13:03 - Review vers le futur - Permalien [#]

28-01-10

Plaisant mensonge

C'était un bien plaisant mensonge, comme il en existe beaucoup. J'avais très envie d'y croire.

Il y a un an et demi maintenant, j'ai passé un concours pour entrer dans la fonction publique. Je n'avais d'yeux que pour la sécurité de l'emploi. Le reste m'importait peu. Je n'avais pas de plan de carrière, d'ailleurs. Je voulais juste réussir le concours afin de continuer à travailler après mon CDD de l'époque. C'est dire si je n'avais aucune intention d'entrer en politique.

Et pourtant, c'est ce qui s'est produit. J'ai passé le concours avec un succès suffisamment net pour que j'aie le choix de mon affectation. Alors j'ai pensé à entrer dans un cabinet ministériel, parce que je me disais que ce serait un sacré challenge. Ce serait l'endroit idéal pour travailler dur, constamment dans l'urgence, et être entourée de personnes intelligentes au-delà de toutes mes espérances. Travailler dans un contexte stimulant, même quand on n'exerce pas la profession dont on aurait rêvé, ça parait assez parfait, quand même !

Avec le recul (vous allez voir où je voulais en venir...), je réalise que le modèle de cabinet que j'avais dans la tête, c'était celui d'A la Maison Blanche. Et moi, l'assistante, j'allais pouvoir y incarner Donna. Non, attendez, pas Donna. Trop de promiscuité avec le patron. Trop étourdie. Disons plutôt Ginger. Oui, voilà : je serais Ginger ! Ce serait formidable d'être Ginger ! J'avais hâte d'être Ginger.

TheWhiteLie

Quelques mois plus tard, j'ai pris mes fonctions. Et ma vie n'avait rien de commun avec celle de Ginger. Ni avec celle de Donna, ou de Bonnie. J'avais intégré le service de presse du ministre, et je n'étais pas Carol non plus, d'ailleurs. Mes patrons n'avaient rien de Toby, Sam, Josh ou CJ. Et aucun ministre que j'ai rencontré n'avait quoi que ce soit en commun avec Bartlet.

Reality check : travailler dans un cabinet ministériel ne ressemble pas à A la Maison Blanche. Loin de là. Après avoir, en un peu plus d'un an (remaniement gouvernemental aidant), testé le travail au sein de deux cabinets ministériels (de taille, d'importance médiatique, et de fonctionnement différents), je pense pouvoir affirmer que ça n'a même rien à voir.

Et c'est ainsi que j'ai pratiqué ce qui restera probablement comme l'étude comparée téléphagique la plus pénible de mon existence.
Voici donc ce que j'ai appris :
Règle n°1 : les conseillers d'un ministre ne sont pas suprêmement intelligents. Évidemment ils ne sont pas franchement stupides, mais enfin, leur intelligence de flirte pas avec les cimes pour autant. Du plus politique au plus technique, aucun de ces postes ne requiert l'intelligence fine d'un Toby, par exemple (n'évoquons même pas Leo ou le Président). Si un conseiller a nécessairement un certain bagage éducatif (mais ils varient énormément de l'un à l'autre), au quotidien ça reste complètement invisible à l'œil nu.
Règle n°2 : dans un cabinet ministériel, conseillers ne travaillent pas très dur. La première des raisons en est qu'ils ne travaillent pour ainsi dire pas. 90% de leur temps est consacré aux contacts à l'intérieur et à l'extérieur du cabinet. De toutes façons un conseiller ne produit rien, ça c'est l'affaire des assistantes (à l'exception de la rédaction des discours, quand même). Les rapports, les notes, et même dans une certaine mesure, les textes de loi, ne sont pas rédigés par eux. Dans le meilleur des cas, ils synthétisent des documents venant de directions ou d'organismes techniques spécialisés. Mais très souvent aussi, le secrétariat a une bibliographie (composée d'ouvrages techniques, de notes administratives antérieures, de rapports téléchargés sur internet...) soigneusement truffée de post-it et de marques à recopier et compiler, dans un document que le conseiller appellera ultérieurement sa note, son rapport, ou sa thèse lorsqu'il apposera son nom dessus. On imagine le stress que cela engendre.
Règle n°3 : on ne travaille pas vraiment dans l'urgence, quand on est conseiller dans un cabinet ministériel. Il y a évidemment quelques coups de bourre de temps à autres, mais ça relève plus de l'exception que d'autre chose. Pas de stimulation due aux deadlines, pas d'adrénaline, rien. Les conseillers ont un rapport au temps très particulier qui explique cet état de fait : au moment où parait au Journal Officiel leur nomination à leur nouveau poste, ils sont déjà en train de se demander à quoi ressemblera le prochain. Et quand je dis "à quoi il ressemblera", je veux en fait dire "offrira-t-il plus de prestige ainsi que la paie qui va avec". Avec un remaniement tous les quatre printemps ou presque, le conseiller a la conviction qu'il ne passera pas plus de 6 mois à 1 ans à son poste s'il mène bien sa barque (et si son ministre de tutelle ne déplait pas au prince). Ce qui explique que son temps soit employé à entretenir ses contacts et non à travailler d'arrache-pied.

Telle est, mes amis, d'après mes observations, la dure réalité d'un cabinet.
Oh, vous allez me dire : oui, mais tu n'as pas vu le cabinet du Président ! Eh bien allez-y, allez donc voir, vous viendrez me raconter...

Je n'ai jamais imaginé qu'il pouvait exister un Président comme Bartlet. Il n'est pas réaliste en cela qu'il est trop idéal pour exister réellement. Je n'en ai jamais douté. De la même façon que je n'ai jamais pensé qu'un Josh insolent puisse vraiment exercer son talent pour le sarcasme sans mettre un peu d'eau dans son vin, ou qu'un Toby ne serait pas toléré dans les cercles politiques avides de courbettes.
Mais regarder A la Maison Blanche pendant des années m'avait tout de même laissé espérer qu'on pouvait travailler selon un certain idéal de travail acharné, de volonté de bien faire, et d'intérêt pour le sujet.

Les conseillers de Bartlet s'intéressaient au fond de leur dossier, au sens qu'il était possible de leur donner. Mauvaise nouvelle, je n'ai pas assisté à cela ne serait-ce qu'une seule fois. Et plus le temps passe, plus je pense à cette série, et ça me fait mal au coeur qu'on m'ait menti à ce point-là.

C'était un bien plaisant mensonge. J'avais oublié que c'est là la définition d'une fiction.

Posté par ladyteruki à 23:16 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

27-01-10

Urban legend

On m'a raconté qu'il existe une série sur la vie de trentenaire. Sur les doutes, les regrets, les choix. Il s'avère que je sais de source sûre que l'ami d'un ami a pu voir cette série, et qu'il l'a adorée.
Et aujourd'hui, que m'annonce ma cagoule ? Que la première saison est là, et s'offre à moi.

Et je n'ose y croire. Je n'ose croire que cette série que je veux découvrir depuis maintenant 10 ans est là, offerte, disponible, à portée de téléphagie en somme, non, mon cerveau ne le conçoit pas tout-à-fait.

Il y a des séries que je rêve de voir depuis toujours, semble-t-il. Et au fond je me demande bien pourquoi puisque précisément je ne les ai jamais vues. Tout ce que j'en sais, je le tiens de lectures de livres, d'articles, parfois de blogs... de propos rapportés en somme. Mes espoirs sont fondés sur quasiment rien finalement. Pourquoi ai-je tellement l'impression que cette série, entre tant que je n'ai pas plus vues, m'est destinée ?
Pourquoi je retiens à grand'peine mes larmes rien qu'à voir les noms des fichiers sous mes yeux ?

Ce n'est pas le cast, je n'ai pas pour eux de tendresse particulière, et a contrario des spectateurs américains, je les ai connus par leurs rôles ultérieurs à cette série. Ce n'est certainement pas le look, mon Dieu, si nous ne devions savoir qu'une seule chose, c'est que le look d'une série des années 80 ne peut pas être à son avantage, et dans le doute vous pouvez consulter mon post tout récent sur St. Elsewhere pour le confirmer. Ce n'est pas non plus l'histoire, car tout ce que j'en sais, c'est ce que je vous ai dit dans le premier paragraphe.

Je suis là, tremblante devant mon chez moi informatique, parce que, tout simplement, quelques personnes qui font autorité ont dit que c'était bien. Elles ont dit un peu plus que ça, mais c'en est la synthèse, une synthèse parfaite, en somme, tout ce qu'il y a à savoir est contenu dans cet adjectif : "bien".
Ces personnes se rendent-elles compte de l'autorité qu'elles ont sur mon esprit de téléphage ? Les louages chantées au nom de cette série ont imprégné mon cerveau voilà une décennie maintenant, et font toujours de l'effet ? Ça parait impensable.

Après tout ce temps, aujourd'hui, après des années d'attente d'un DVD qui n'est jamais venu, après des mois de recherches sur divers sites, des semaines de cagoulage appliqué... aujourd'hui je peux vérifier par moi-même.

Et j'ai peur. J'ai peur parce que j'ai tellement attendu ce moment.

On m'avait dit que tu existais... et je vais le vérifier dans quelques instants, et ma main tremble sur la souris, et mon cœur palpite à cette idée, de cette palpitation typiquement téléphagique qu'on ressent quand on a trouvé le Saint Graal, disons jusqu'à la prochaine fois en tous cas, quand on a trouvé le moyen de regarder quelque chose qu'on pensait inaccessible à jamais, et que l'épisode est là, juste là !

Allez, cliquons sur PLAY. C'est l'instant de vérité.

thiryeverything

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche thirtysomething de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 20:26 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]

26-01-10

Réorientez vous... vers une autre chaîne

Au Japon, la saison hivernale 2010 semble avoir pour thématique le monde du travail. Certains pitches promettaient d'être sans concession, comme Nakanai to Kimeta Hi et son exploration du harcèlement professionnel. D'autres laissaient en revanche plus dubitatif quant à ce qu'on pouvait réellement en attendre.
Angel Bank était de ceux-là. Songez donc : une prof qui décide de changer de vie, et qui se trouve elle-même dans la position d'un conseiller en réorientation professionnelle... on pouvait en attendre le pire comme le meilleur.

Et c'est très précisément ce qu'on trouve dans le pilote.

Alors : comédie ou drame ? Les deux, en fait. Principalement le premier, et c'est dommage, car la réorientation professionnelle de Mamako, l'héroïne, fait plus figure de prétexte que d'acte fondateur. Là voilà en quelques minutes en train de se demander quelle est sa valeur sur le marché du travail, et hop ! Elle rencontre le grand gourou de la réorientation professionnelle, qui, ni une ni deux, la prend comme stagiaire. Le mot "facilité" vient à l'esprit.

Mamako va donc aider sa première cliente, une mère au foyer sur le point de divorcer, dont le futur ex-mari l'a mise au défi : soit elle trouve un boulot qui rapporte plus d'argent que lui dans le mois qui vient, soit elle perd la garde de leur fille. C'est donc là qu'interviennent les violons.

Ce n'est donc pas tellement dans le scénario précipité et peu original qu'il faut chercher l'intérêt d'Angel Bank, mais plutôt dans les dialogues, et notamment dans chacune des apparitions de Yasuo Ebisawa, le fameux réorienteur professionnel. S'il est vrai que beaucoup de ses tirades sont à l'économie ce que les termes techniques de Star Trek sont à la science, ça reste quand même bien le seul élément qui apporte de la valeur ajoutée à la série, et élève le niveau du débat.

AngelBank

Les mécanismes économiques dont il est (hélas rapidement) question une fois ou deux présentent un réel intérêt, mais la production n'a pas joué le jeu jusqu'au bout. Afin que la série conserve un maximum de spectateur, on préfère introduire un maximum d'éléments simples à comprendre (maman veut garder enfant, papa très méchant parce que maman pas esclave docile, entreprises pas assez compréhensives, grand gourou franchement antipathique, etc...), voire carrément simplistes. L'autre passage obligé était apparemment de caser une moue différente de Kyouko Hasegawa dans chaque scène, ce qui forcément est un autre genre de contrainte scénaristique.

Bref, Angel Bank gâche lamentablement son potentiel, scène après scène, alors que visiblement il y avait de bonnes bases.
Ce qui signifie que dans le monde de ma téléphagie, cette série a une valeur de zéro. Comprenne qui pourra.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Angel Bank de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:18 - Dorama Chick - Permalien [#]

25-01-10

[DL] St. Elsewhere

Dans les années 80, apparemment, la plupart des séries commençaient par un générique, et non une scène d'exposition. C'est en tous cas la conclusion que je tire de mes observations de vieilleries en tous genres. Du coup, quand débute le générique de St. Elsewhere, on prend un sacré coup de vieux puisqu'il commence par une image en noir et blanc.
Je veux bien admettre d'avoir pris un an aujourd'hui, et je n'ai en fait aucun problème avec ça, mais de là admettre que l'année de ma naissance, il y avait encore des séries en noir et blanc, c'est hors de question ! Pas pousser. Fort heureusement, les choses s'arrangent rapidement...

StElsewhere
Note : lien valable 30 jours minimum. Je reuploaderai si le lien est mort, mais seulement si vous postez un commentaire pour me prévenir !

Eh oui, car St. Elsewhere est apparue en 1982 ! Et si beaucoup de choses ont vieilli dans ce pilote (à commencer par les acteurs ! Ouh punaise, ça, c'est David Morse ?!), globalement il fonctionne relativement bien. Ce qu'on dit est vrai, c'est un excellent prélude à Urgences. On y trouve à vrai dire les mêmes éléments : adrénaline, drame et petites pointes d'humour, la vie de l'hôpital est rythmée mais pas surfaite. L'ambiance est différente, c'est net, mais la paternité est évidente. C'est assez rafraîchissant finalement.
En fin de compte, ça laisse une impression très amusante d'avoir remonté l'arbre généalogique des séries médicales. Je me demande si on peut remonter encore plus loin... Des suggestions ?

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche St. Elsewhere de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 22:39 - Médicament générique - Permalien [#]

24-01-10

Si tu tombes neuf fois, toujours te relever dix

Pauvres, pauvres télespectatrices japonaises ! Elles font l'objet d'un matraquage manifeste qui, s'il n'était pas aussi lourdement opéré, ferait quasiment rire de par ce qu'il traduit de désespoir dans l'industrie médiatique. Celle-ci semble s'accrocher à tout prix à une certaine vision du rôle de la femme dans la société, où chacune se doit d'être toute entière lancée vers le mariage et la maternité, alors qu'inexorablement, la société change et que les choses ne sont plus aussi nettes. On a déjà discuté de ce problème en de nombreuses occasions.

Magerarenai Onna prend le même postulat de départ, et se présente comme une nouvelle démonstration de sceller le sort des femmes par des modèles médiatiques rigides. Et ça n'a rien de nouveau... ou bien ?

MagerarenaiOnna

Magerarenai Onna se traduit par "la femme qui ne plie pas", et il est vrai que le personnage principal, Saki, est l'illustration-même de notre expression "avoir un balai dans le cul". Ou, en langage plus recherché : psycho-rigide.

Et c'est vrai que c'est pas une rigolote, la Saki. Jamais un sourire... d'ailleurs, peu ou pas d'expression du tout. Elle a raté l'examen d'entrée au Barreau par neuf fois déjà, oui, neuf années de suite, neuf années pendant lesquelles elle n'a rien fait d'autre qu'étudier. Et alors que le bon sens dicterait à n'importe quelle personne sensée d'en prendre son parti et de faire sa vie autrement, Saki persiste.

Au moment du pilote, Saki prépare donc son dixième concours d'entrée, et travaille à temps partiel comme clerc dans un cabinet d'avocats. Sa vie est réglée comme du papier à musique et, sincèrement, ça relève quasiment de la pathologie lourde à ce stade. On a un peu l'impression d'avoir trouvé la fiancée japonaise de Monk ! Les plats préparés à l'avance pour chaque repas de la semaine et empilés sagement dans des Tupperware carrés dans le frigo, le carnet où sont notées quotidiennement les heures passées à travailler comme autant de lignes strictement identiques, l'exactitude avec laquelle chaque activité de sa journée commence à une heure bien précise...

Pourtant, passés les clichés de rigueur et de pointillisme, on comprend que Saki a, en fait, optimisé chaque instant de son existence pour se consacrer au maximum à ses révisions. Chaque seconde compte, et ainsi chacune est économisée dans ce but. L'existence entière de Saki est pensée dans le détail afin d'atteindre cet objectif qu'elle s'est fixé (et on devine qu'en neuf ans, sa technique en ce domaine a largement eu l'occasion de s'affiner).

Au bout de la moitié du pilote, le spectateur occidental commence toutefois à ressentir des pulsions d'homicide.
Sur l'air de :" si les chaînes japonaises se sortaient un peu la tête du cul, elles verraient qu'un tel personnage n'a pas nécessairement besoin d'être la fille impossible à marier qui fait le désespoir de sa maman, c'est pas croyable ça, les commanditaires de Magerarenai Onna sont aussi informés sur l'état de la société japonaise que TF1 sur celui de nos contrées !"
Voir Saki en indécrottable célibataire rigide relève en effet du cliché le plus navrant de la télévision japonaise. Quand on lui dit qu'une femme doit se marier et avoir des enfants, on a l'impression de lire dans son regard qu'elle se demande si elle pourrait concilier contractions et révisions, qu'elle en conclut que non, et qu'elle laisse tomber cette ridicule histoire de bonheur féminin. Alors sa maman, son patron, son petit ami, son ancienne camarade de classe, y vont chacun de leurs allusions plus ou moins fines sur ce qui rendrait Saki heureuse, et comme elle ne marque aucune émotion et semble ne jamais prendre de plaisir à rien, toute tendue qu'elle est vers son objectif, Saki accrédite la thèse du "elle est complètement barrée cette gonzesse qui ne veut pas se marier, faut surtout pas devenir comme elle". Et ça c'est rageant.

Car en plus ces deux états n'ont rien d'antithétiques : Saki aurait aussi bien pu accepter de se marier à Masato, et aurait optimisé leur vie de couple de façon à tout de même préparer son fichu examen tout en faisant tourner la maison. Mais non, il nous fallait une mauvaise élève, on est allés jusqu'au bout de la démonstration, quitte à en faire des tonnes.

On en arrive donc comme ça à la moitié du pilote et, je vais être honnête avec vous, là, j'ai décidé d'arrêter les frais. Plus précisément, quand la maman de Saki est tombée malade et que Saki, allant la visiter, entend sur le répondeur de sa mère que celle-ci a récemment eu une conversation avec une amie où elle confiait avoir vraiment envie que Saki se marie et lui donne des petits-enfants. Le seul truc qui pourrait ajouter du pathos à la situation serait que Saki se découvre un ovaire paresseux histoire de vraiment mettre la pression.
Et donc là, c'est le drame.
Saki s'en retourne dans la neige, pensant à son papa qui est mort quelques minutes après avoir enfin décroché l'examen du Barreau qu'il avait eu beaucoup de mal à décrocher (parce qu'en fait elle ne le veut même pas pour elle-même mais au nom de son père, ce fichu examen), et là arrive Masato qui lui présente une bague et lui propose de l'épouser, et on vivrait ensemble, et on s'occuperait de ta mère, et tu repriserais mes chaussettes pendant que j'ouvre mon propre cabinet, et ce serait magnifique.

Donc voilà, c'est là que, découragée par la télévision japonaise et ses odieux clichés sexistes, j'ai décidé que j'avais suffisamment subi ces conneries avec les  foutaises sur la célibataire mal-aimable qui heureusement va rentrer dans le rang grâce à un gentil garçon, et j'ai déclaré que Magerarenai Onna et moi, on n'étais pas copines. L'effet d'accumulation avait eu raison de moi.

Passent plusieurs jours. Un soir que j'ai mal à la tête mais pas envie de dormir, je me dis, comme ça, que je pourrais regarder un truc pas trop intéressant histoire de passer le temps, et que mes 10g d'anti-migraineux fassent effet. Grand bien m'a pris (pas juste pour les médicaments). Car c'est très tard que la série Magerarenai Onna montre ce qu'elle a dans le ventre.
Sans vouloir vous spoiler, disons simplement qu'après avoir longtemps joué avec l'idée d'un mariage entre Saki et Masato, et vas-y que j'essaye des robes, et vas-y qu'on va réserver une salle de réception, le pilote décide d'enfin dévoiler une information capitale, mais jusque là complètement invisible à l'œil nu : oui, Saki est un être humain. Complexe. Intéressant. Peut-être que le personnage ne plie pas mais ça ne signifie pas qu'il n'a aucun doute.

L'issue de cet épisode connaît alors un très bon moment alors que Saki, au téléphone avec sa maman, fait face à ses projets d'avenir. L'examen au Barreau, pas plus que le mariage, ne sont des garanties de bonheur, et le monde autour d'elle se charge bien de ne pas lui rendre la vie facile quel que soit son choix. Mais Saki démontre soudain que la rigueur à laquelle elle s'était astreinte ne l'empêche pas de craindre pour son avenir. Alors qu'on l'imaginait sûre d'elle et de son objectif, on comprend que son obstination ne signifie pas forcément qu'elle est certaine d'avoir raison alors que le monde a tort à son sujet.

Il faut beaucoup, beaucoup de patience, pour aller au bout du pilote de Magerarenai Onna. Beaucoup. Cela demande de survivre au visage de marbre de Saki pendant pas loin de 50 minutes (sur presqu'une heure d'épisode, ça fait beaucoup), de surmonter courageusement le cabotinage de Riko, proprement insupportable pendant 99% de son temps d'antenne, et surtout de serrer les dents chaque fois qu'un imbécile se croit en droit de faire remarquer à Saki qu'il sait mieux qu'elle ce qui la rendrait heureuse. De nombreuses minutes de frustration, voire de colère, sont à prévoir. A plus forte raison si vous avez le malheur d'être une femme. Mais finalement, ça en vaut assez la peine.

Magerarenai Onna nous permettra-t-elle enfin de faire le ménage dans tous les énervants clichés sur le bonheur de la femme japonaise ? Il est permis de l'espérer. Et personnellement, je suis d'avis que si la série poursuit son chemin, maintenant que je sais qu'elle est capable de plus de nuances qu'à ses débuts, elle pourrait même s'avérer nécessaire.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Magerarenai Onna de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 21:56 - Dorama Chick - Permalien [#]

23-01-10

Let the memory live again

L'an dernier, pour mon anniversaire, je vous avais offert le pilote de Ricky ou la Belle Vie, série qui était née la même année que moi. Cette année, dans le même ordre d'idée, j'avais espéré parler de Cagney & Lacey. Mais voilà : impossible de mettre la main sur le pilote. Pas une cagoule qui traine, rien. Le désert.

Bah je vais pas me laisser arrêter pour si peu. Je vais le faire de mémoire.
Sauf qu'en dépit de l'immense tendresse que j'éprouve pour cette série, je ne me souviens plus de grand'chose. Aussi, quoi de mieux, alors que je m'apprête à prendre un an de plus, que de vous proposer un post sur la mémoire du téléphage ?

CagneyLacey

Pour regarder plus de films ces dernières semaines, je n'ai que plus encore la conviction que la mémoire joue un rôle essentiel dans la téléphagie.
Quand un film est relativement intelligent (partons sur ce postulat de base, voulez-vous ?), il construit son intrigue sur la base de petits éléments qui prennent du sens au fur et à mesurte, de sorte que, lorsqu'arrive la conclusion du film, la façon dont se finit l'histoire ait du sens. C'est vrai aussi bien d'une histoire d'amuuuur ("en fait il l'a toujours aimée !") que d'un thriller ("ah mais c'est pour ça qu'il arrivait aussi vite sur les lieux du crime !"). Mais en faisant cela, le film ne joue que sur la mémoire immédiate. Dans deux heures, vous n'aurez plus besoin de vous rappeler si le tueur au masque était apparu alors que le meilleur copain était sorti de la pièce.
Et même dans le cas d'un film à suites, la plupart du temps, la réutilisations de gimmicks, ou le rappel de quelques éléments de l'intrigue par des allusions voire un flashback, suffisent amplement à rafraîchir la mémoire pour obtenir le minimum syndical. D'ailleurs, pour ce que j'en ai observé, la plupart des films comptant plusieurs volets tiennent en fait plus de la franchise que de la suite, et peuvent être vus de façon indépendante sans que cela ne bloque la compréhension. Box office oblige, j'ai envie de dire.

Avec la série, c'est évidemment différent, donc. Le principe étant qu'on va revenir entre 10 et 25 fois par an, disons, sur les écrans. La mémoire du spectateur a alors un rôle essentiel à jouer. L'exemple le plus évident étant celui du personnage mineur qu'on a totalement oublié et qui réapparait subitement pour révéler un point capital de l'intrigue. D'où le soin infini porté à la construction d'un axe ou d'un personnage dans toute série un peu sérieuse sur ses intentions.
En fait, j'ai même envie de dire que, dans le fond, écrire une série télévisée, c'est apprendre à appuyer sur les interrupteurs de la mémoire du téléphage.

Tout le jeu consiste à savoir distiller des éléments et à les réutiliser ensuite. Même pas forcément sur plusieurs épisodes, d'ailleurs. Les comédies, qui se dispensent plutôt bien d'arcs couvrant plusieurs semaines, exploitent ce procédé à l'intérieur d'un même épisode, par exemple ; cela leur permet de trouver de bonnes chutes pour un gag, ou de jouer sur le comique de répétition. Or, le comique de répétition, comment fonctionne-t-il ? Il fait de l'effet au spectateur parce que celui-ci a mémorisé le fait que telle réplique, ou tel geste, a déjà eu lieu. Un geste souvent anodin la première fois qu'il est exécuté (à plus forte raison si la série n'est pas tournée en public ni ponctuée de rires enregistrés), mais qui a été écrit et montré de telle façon qu'un marqueur invisible l'a pointé du doigt pour qu'à l'occurrence suivante, le spectateur s'en souvienne et réagisse.

C'est tout un art de jouer avec la mémoire des gens à la télévision. Parce qu'on n'est jamais sûr de ce que le spectateur a vu : il peut être en train de manger, de discuter, d'envoyer un texto, de lire ses mails, de passer un coup de balai...
La subtilité d'écriture d'une série repose en définitive sur deux choses dans un tel contexte : la capacité à inciter le spectateur à ne pas faire autre chose, et la façon de poser les marqueurs sans avoir l'air d'insister lourdement. Avec ces deux qualités, un scénariste peut emmener un spectateur n'importe où.

Pour autant, le téléspectateur ne peut pas tout mémoriser. Il a beau avoir relevé plus ou moins consciemment tous les marqueurs sur le moment, il passe aussi tout le reste de la semaine à penser à autre chose. Et même, à regarder d'autres séries, avec leurs propres marqueurs. Même le téléphage le plus absorbé ne peut se souvenir de tout. Et celui qui le prétend est soit un menteur, soit un asocial qui passe son temps à apprendre ses épisodes comme on apprenait des poèmes de Prévert à l'école primaire.
Il y a donc, nécessairement, une part d'oubli dans le visionnage d'une série.

D'ailleurs, faites l'expérience. Prenez l'une de vos séries préférées, et faites-vous l'intégrale d'une saison. Quelle que soit la série choisie, vous allez à un moment ou à un autre, au milieu des exclamations de ravissement ("ah, attends, j'adore cette scène... là, après ça"), finir par vous exclamer : "tiens, je ne me rappelais plus de ça". Une scène, une réplique, un gag... J'ai beau avoir vu Une Nounou d'Enfer une bonne douzaine de fois en intégralité (et je remercie M6 sans qui tout cela n'aurait jamais été possible), pourtant, il y a invariablement une réplique qui me surprend alors même que je récitais l'épisode par cœur.
Ainsi, même si la mémoire est un ingrédient fondamental de la téléphagie, l'oubli en fait partie aussi. Et c'est une excellente nouvelle pour l'industrie du DVD.

Nous ne sommes qu'humains, après tout. Et nous ne pouvons pas nous souvenir de tout ce que nous voyons.

On en a d'ailleurs régulièrement l'illusion ! Si vous êtes un peu comme moi, la moitié du temps, vous êtes infichus de dire ce que vous avez mangé mardi soir dernier, mais vous pouvez réciter l'intégralité des dialogues d'une scène issue d'une série donnée !
(votre entourage, souvent ignorant en matière de téléphagie, prétend alors, à tort, que vous avez la mémoire des choses inutiles. Mais peut-on qualifier un dialogue d'A la Maison Blanche d'inutile ?! Décemment non)

C'est la raison pour laquelle j'ai tellement de mal à faire ce post, qui pourtant me tenait à cœur, sur Cagney & Lacey. De mémoire, en tous cas. Les bribes de ce que j'en ai retenu, autour d'une vingtaine d'années après en avoir vu des épisodes, sont insuffisantes. Je n'étais pas la téléphage que je suis aujourd'hui, pour commencer, mais j'étais aussi moins sensible aux marqueurs parce que je ne donnais pas forcément la même attention à ce que je regardais. Qui plus est, je n'ai pas eu la chance de me rafraîchir la mémoire et, au cours de ces années de téléphagie intensive où j'aurais été complètement à même d'enregistrer un maximum de données, de voir ne serait-ce qu'un seul épisode de la série.
Pourtant, ces mêmes bribes semblent encore suffisantes pour avoir, chevillée au cœur, cette tendresse envers la série.
C'était certainement le marqueur le plus efficace, en fin de compte.

Posté par ladyteruki à 23:17 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]

22-01-10

Dans la ligne de mire

Elle vous avait manqué ? Le soir, dans votre lit froid, vous vous retourniez sans trouver le sommeil, désespérant de sa disparition ? Ne perdez pas espoir : la première Twittereview de l'année se tiendra demain, soit le samedi 23 janvier, à 17h00 ! Pas tapantes, parce qu'on n'est pas des machines...

Vos deux revieweuses préférées s'attaqueront à Human Target, et comme de nombreuses Twittereviews avant elle, celle de ce samedi promet du saignant ! D'après ce que j'ai entendu dire, la série n'est pas aussi convaincante que prévu, ce qui fait tout-à-fait mon affaire quand on sait que les séries précédemment écorchées vives par nos soins ont été Make it or Break it ou HawthoRNe !

Comme toujours, mais en début d'année il est parfois bon de rappeler les bases, la Twittereview s'effectue en direct, sur Twitter (qui l'eût cru ?), par nos bons soins, sur la base d'un épisode que nous n'avons vu ni l'une ni l'autre, en l'occurrence ici, le pilote de Human Target, donc. Si vous voulez suivre nos réactions à chaud, au fur et à mesure, n'hésitez pas à nous suivre !

Twittereview_icon           Logo_bigger

Et si en plus, vous avez envie de vous joindre à nous, aucun problème ! Plus on est de fous, etc... Nous donnerons le compte à rebours pour que vous puissiez lancer l'épisode en même temps que nous !

Posté par ladyteruki à 14:22 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]