ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

05-11-09

Petit enka

Je vous promettais ces derniers jours qu'on reparlerait d'Enka no Joou, voici l'heure venue. On aurait d'ailleurs pu penser que, faisant partie des 10 ou 15 personnes de moins de 30 ans qui, en France, écoutent de l'enka de leur plein gré (bien qu'à doses homéopathiques... mais quand on commence à acheter des DVD, c'est quand même un signe), je me serais ruée dessus plus tôt. Mais figurez-vous que, c'est tout bête, vous allez voir... j'en ignorais l'existence jusqu'à présent. Pourtant Enka no Joou raconte les tribulations d'une jeune femme, Himawari, qui ambitionne de devenir une grande chanteuse d'enka, et de se produire sur la scène du Kouhaku (la grand messe annuelle de la musique au Japon).

Ah, tiens, mais au fait, est-ce que vous savez ce qu'est l'enka ? Décidément, tout est à faire, dites donc. Eh bien figurez-vous que vous avez devant vous l'une des rares personnes à même de vous l'expliquer en langue française. Il ne sera pas dit que vous vous coucherez idiot ce soir ! Enfin, on va voir ce qu'on peut faire, en tous cas. Nan, je peux pas faire de miracle, non plus...

L'enka, si vous demandez au premier clampin venu, c'est ça :

YokoNagayama_YokonoTooryanse_3

Sinon, il y a la version éduquée de l'histoire. Et je la crois nécessaire pour comprendre un peu mieux ce qui se trame dans Enka no Joou, qui est, de par son thème, une série très référencée culturellement.

L'enka est un genre musical qui, bien que sonnant comme traditionnel, a en fait autour d'un siècle. Si effectivement il puise son inspiration dans les traditions musicales japonaises, il a été inventé par l'industrie phonographique. L'idée, c'était de faire appel à une imagerie volontairement stéréotypée de la culture japonaise, pour faire appel à la nostalgie de l'auditeur. Quelque part, les Japonais ont tout un genre musical dédié à faire appel à leur passé commun.
L'enka, outre ses mélodies plus ou moins ancestrales, donc, est doté de paroles qui tournent systématiquement autour de thème du même acabit : le village natal à la campagne, qu'on regrette, la ville tourbillonnante, où on a le mal du pays, les premier amour, forcément fini, etc...

Si vous croisez quelqu'un qui veut vous faire croire que l'enka, c'est LA musique que les Japonais écoutent, attention cependant, vous aurez affaire à un bonimenteur. Le genre est, certes, ancré dans l'identité nationale japonaise (c'est ptet ça qu'il faut à Éric Besson ? Un ptit coup d'enka et on sait qui on est), mais il ne touche qu'une partie bien ciblée de la population. Que je résumerai en un mot : mémés. Ce sont elles qui achètent cette musique. Je place dans cette catégorie, en fait, toutes les ménagères de plus de 50 ans. Ce qui dans un pays qui vieillit, évidemment, fait du monde, mais quand même. Car merci de ne pas oublier que la musique au Japon, c'est aussi la pop, le rock, le R'n'B, le hip hop, le rap, la dance, l'electro, le reggae, le dancehall, la bossa nova, le jazz, et j'en passe.
Et en cas de doute, vous êtes autorisés à aller le vérifier par vous-même.

Je pense que ces données sont importantes pour comprendre Enka no Joou, la princesse (déchue) de l'enka.

L'héroïne y est l'archétype du loser récidiviste, un peu poissard par-dessus le marché, et le côté éminemment ringard (pour sa tranche d'âge) du genre musical qu'elle a choisi participe à ce portrait. Il est évident que si Himawari avait choisi le R'n'B (bon, déjà son nom de scène ne serait pas Himawari, tournesol), l'histoire serait radicalement différente, et le personnage aussi.
C'est aussi, peut-être, la raison pour laquelle la seule personne qui semble comprendre vraiment l'héroïne, c'est celle qui aurait pu être sa belle-mère.

Enka no Joou
, c'est quelque part une série sur l'échec d'une certaine vision du Japon. "Si tu te donnes du mal, tu peux arriver à tout", pour une fois non. Et fi des mariages et convenances, aussi. Les malheurs de Himawari sont drôles, certes, hilarants même, mais ils donnent aussi un certain regard.

Vous avez les clés pour tout comprendre de cette série, à vous d'aller y jeter un œil, car une fois que vous savez tout ça, vous n'avez plus qu'à apprécier la série pour son côté comédie, et son côté avisé. Et si jle sujet vous a plu, je recommande l'ouvrage Tears of Longing, une vraie bible sur le sujet (bien que parfois très technique)

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Enka no Joou de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:33 - Dorama Chick - Permalien [#]

Passé pas simple

Lorsqu'on regarde une fiction, on la regarde pour elle-même. Mais parfois, il arrive qu'on ne puisse s'empêcher de penser à une autre, d'établir la comparaison. Pour une raison qui ne nous apparaît pas forcément de façon évidente, d'ailleurs.
Avec Fumou Chitai, ça a été le cas. Plus l'épisode avançait et plus je pensais à Band of Brothers.

Pourtant, si toutes les deux parlent de guerre, elles n'en parlent pas du tout de la même façon. Pas seulement parce qu'il ne s'agit pas de la même guerre, mais surtout parce que le contexte comme le propos sont fondamentalement différents. Alors, quoi ?

Fumou Chitai raconte l'histoire de l'officier Iki, haut gradé qui reçoit la mission, au lendemain de la reddition sans condition japonaises, d'aller ordonner à des troupes stationnées sur le continent d'y cesser le feu et de se rendre. A l'origine, telle était la mission d'Iki ; ensuite, une fois les troupes rentrées dans le rang (même si ce devait être la tête basse), il ne lui restait plus qu'à rentrer au Japon.

Mais ce n'est pas du tout comme ça que les évènements vont tourner pour lui. En fait, il est amené à se rendre aux Russes, et devient un prisonnier guerre. Ou plutôt, un prisonnier politique, puisque d'une part la guerre est de toute évidence finie, et d'autre part, son incarcération par les Russes a un sens bien particuliers. Ceux-ci veulent en effet poursuivre l'Empereur japonais pour crimes de guerre ; aussi ils font pression sur des officiers tels que notre Iki pour qu'ils révèlent des informations incriminantes.

Mais notre soldat tient bon, ne lâche rien, pas même quand on le ramène sous bonne garde au Japon et qu'on lui donne une chance de revoir sa femme et ses deux enfants. On ne trahit pas pour si peu ! Mais du coup, Iki est envoyé en camps de travail. Et quand je dis camps, je dis mouroir, soyons clairs. Le destin, hélas, de bien des hommes de son époque.

Sauf que Fumou Chitai a un ingrédient bien particulier, c'est que tout cela, Iki se le remémore alors qu'il a bel et bien survécu à 11 ans de goulag en Sibérie, et qu'il est revenu au Japon, dans sa famille. Enfin ! pourrait-on dire. Mais le plus dur reste à faire car il est revenu abimé, physiquement et surtout moralement. Et surtout, Iki comme le Japon doivent désormais se reconstruire. Notre homme va donc intégrer une grande firme privée, puisqu'il refuse de retournée dans l'armée (ou ce qui tenait lieu d'équivalent à l'époque).

FumouChitai_standalone

Bien que sobre visuellement (on est loin des filtres et effets visuels de Band of Brothers), Fumou Chitai est esthétiquement très léché.
Mais surtout, la série décrit les horreurs de la guerre, les vraies, les psychologiques, avec une précision d'horloger. Comment ne pas comprendre l'impression que donne Iki de flotter dans sa vie, une fois revenu chez lui ? Imaginez : 11 années de sa vie ! Il revient et le pays est transfiguré, sa femme travaille (elle les fait même vivre le temps qu'il se retape), son fils ne le connaît pas... Comment pourrait-il trouver sa place dans cette société ?
C'est tout l'enjeu.

Je le confesse, j'aime les fictions sur l'après-guerre. D'ordinaire, les séries prenant le Vietnam pour contexte s'y montrent les plus efficaces pour définir l'ampleur d'un traumatisme d'après-guerre. Ici, on est dans la même optique, et ça m'a plu. L'homme est cassé, inadapté, et pourtant tout son entourage semble voir l'homme du passé, ou peut-être l'homme du futur vu le pari que sa firme fait sur lui...

Une des nouveautés les plus impressionnantes de l'automne 2009, Fumou Chitai a ce petit quelque chose, réservé à un petit nombre de séries : elle laisse une empreinte. Une empreinte dans la neige, où se déroulait la captivité d'Iki en Sibérie, et une empreinte sur le spectateur, qui se souviendra un peu mieux et plus clairement de ce morceau d'Histoire, grâce à une fiction de talent.

Ah, nous y voilà. Maintenant je comprends le rapport avec Band of Brothers.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Fumou Chitai de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 23:04 - Dorama Chick - Permalien [#]