ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

20-06-09

Itadakimasu !

A la demande quasi-générale (mais sur Twitter... zavez peur d'Albanel ou quoi ?), voici un post La preuve par trois dédié à Lunch no Joou, un jour à marquer d'une pierre blanche puisque c'est la toute première fois qu'une série nippone a les honneurs de cette rubrique. A ce stade, ça relève de l'expérimental...
Mais quand il y a de la demande sur une série venant d'un pays dont les fictions sont méconnues par une majorité du public téléphagique, j'ai pas tellement envie de faire ma maligne et trainer en chemin, je me saisis de l'occasion pour apporter la bonne parole. Et si jamais à l'avenir, je parlais d'une autre série japonais qui vous intéresse, n'hésitez pas à réclamer aussi des postes La preuve par trois, ils sont aussi là pour ça. Surtout que toutes les séries nippones que je regarde ont des hardsubs en anglais, souvent ponctuées d'explications culturelles, bref c'est à la portée de beaucoup d'entre vous (hélas pas tous j'en ai conscience, mais bon).

Et n'oubliez pas que si vous voulez une présentation plus littéraire de la série, j'ai fait un post à ce sujet que vous retrouverez sans peine grâce aux tags...

LunchnoJoou___1
Comment aurais-je pu commencer ce post autrement que par une capture d'omurice ?! Dans la cuiller et à l'envers, vous pouvez voir Natsumi, aussi. Le pilote va en effet passer le plus clair de son temps à nous familiariser avec ces deux personnages principaux. La cuisine de l'omurice est montrée de façon assez détaillée et en même temps très alléchante (et entre nous soit dit, tout ce qui se prépare dans les cuisines du Kitchen Macaroni donne envie), non sans être dénuée d'une certaine poésie, et relevant de l'amour du travail bien fait, à l'ancienne, sans pour autant nous sortir les violons. La présentation de Natsumi est, si on y pense, sur le même mode... L'un serait donc fait pour l'autre, et inversement ? En tous cas tout cela donne vraiment envie, de suivre les aventures de Natsumi comme de planter sa cuiller dans un bon omurice. OMURIIIIICE.

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Ce crétin à côté de Natsumi, c'est donc son soi-disant promis. Je sais pas pour vous, mais un mec avec une tête de vainqueur pareille, je me méfierais d'instinct. Dans la famille, personne n'est dupe, cela dit, et ce qui devait être un petit mensonge sans grande importance commence à virer au lavage de linge sale en famille. Les frères sont particulièrement sceptiques vis-à-vis du fils prodigue, et Natsumi, qui devait juste rendre service en échange d'un omurice de génie (et qu'elle a su apprécier même si elle n'y a pas goûté longtemps... c'est d'ailleurs une vraie malédiction dans le pilote, elle n'a jamais le temps de finir son assiette), se retrouve au beau milieu des problèmes de la famille Nabeshima. Et touchée par la fratrie (et par le patriarche silencieux mais inspirant le respect), elle s'implique largement plus que prévu.
La leçon de Japonais du jour sera la suivante : à plusieurs reprises, vous allez être mis devant des sous-titres assez intrigants. Par exemple un personnage censé s'appeller Yujiro est appelé Yu-ni. L'explication est la suivante : oniisan, c'est le mot pour frère. Les Japonais aiment ajouter des suffixes pour indiquer leur degré d'intimité avec une personne, et "ni" est justement dérivé d'oniisan. Donc quand on appelle son frère Yujiro, on peut l'appeler "frangin Yu", soit Yu-ni. Et ainsi de suite. Dans la capture ci-dessus, vous trouverez donc "Nat-chan", chan étant la façon de montrer qu'on traite une fille (petite fille, jeune fille, jeune femme) comme une proche, c'est plutôt tendre comme suffixe (ici, évidemment, il s'agit de faire du forcing et montrer que Nat-chan est quasiment de la famille pour les frères). L'équivalent pour les garçons est le suffixe kun, employé une seule fois dans le pilote autant que je me souvienne. Considérez que vous avez gagné 1 point de QI.

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Comme j'ai essayé de l'illustrer dans mon choix de captures (vous n'imaginez pas le travail que je fais autour de ces captures à chaque fois), l'épisode va progressivement passer du tout-léger au plutôt dramatique, dans le sens où au départ, on suit le caractère de Natsumi dans ses déboires professionnels et surtout dans sa quête culinaire, tandis qu'au fur et à mesure de son arrivée dans le monde des Nabeshima, les choses vont devenir moins caricaturales. Le portrait du père Nabeshima est par exemple superbe. C'est un homme a priori un peu difficile d'accès, mais on sent qu'il est très digne et qu'il aime ce qu'il fait, et qu'il aime le faire bien, par-dessus le marché. Ce bon Yujiro aussi est un personnage très sympathique, on sent le gars qui en bave et qui en a marre de vivre à la dure, mais qui en même temps a une haute opinion de son travail et l'investit beaucoup. Et pour finir, c'est la carapace de Natsumi elle-même qui va s'effriter. La fin de l'épisode est réellement touchante. Mais l'ensemble parvient à être drôle... C'est une jolie performance.

Bref, à vos couverts, vous pouvez attaquer pendant que c'est chaud (j'ai été obligée de recourir, exceptionnellement, à un autre moyen de cagoulage, je ne sais pas combien de temps ça restera là), et n'oubliez pas de dire au chef ce que vous aurez pensé de ce petit post mitonné avec amour !

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche Lunch no Joou de SeriesLive.
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Posté par ladyteruki à 13:12 - La preuve par trois - Permalien [#]

Assaisonné

Bonjour bonjour ! Quel temps fait-il par chez vous ? Ici il fait pas beau, c'est déprimant... Quand il fait gris comme ça, ça donne pas envie de sortir. Dire que l'été commence normalement demain, ça me flanque le bourdon. Faut que j'aille à la FNUC cet aprem, je pense que je vais devoir emmener mon pépin... Euh, bon, on va passer au vif du sujet.

A sa demande, j'ai essayé d'inculquer les bases de la jpopophilie à l'une de mes amies qui, après avoir entendu trois chansons sur mon portable, m'a invitée chez elle pour lui en faire découvrir plus. Encourager la curiosité ? C'est une mission pour superlady !!!
Comme on se doute, j'ai débarqué avec un "échantillon" de presque 2Go de chansons...

Je lui expliquai donc, au fur et à mesure que les premières chansons passaient, le contexte des chanson : "ça, c'est un titre estival qui est sorti l'an dernier", "ça c'était sa ballade de Noël en 2005". Après quelques sorties de ce type, elle a alors tourné ses grands yeux bleus innocents vers moi, façon Bambi, et m'a dit : "ah bon, ils ont des saisons pour les ballades ?". Hmmmmais non. Ya des ballades toute l'année. Elles n'ont juste pas le même style selon la saison. Des grelots en décembre, par exemple.
Ça l'a laissée de glace.

Pourtant ça me semblait tellement logique... J'ai longtemps ruminé la question. Avais-je passé trop de temps dans l'univers de la Jmusic pour me rendre compte de certaines incongruités qu'on y rencontre ? Je vous rassure, à un moment, je vais parler de séries.
Et puis l'idée ma percutée : et si je faisais la comparaison avec un univers sans rapport aucun avec l'industrie de la musique nippone ? Et, bizarrement, je comprends pas pourquoi, le sujet de la télévision s'est imposé à moi.

Pour commencer, l'emploi du terme "saison" ne peut pas être un hasard. Et puis, l'adéquation de nombreuses séries, au long de leur parcours, avec le calendrier (épisode de Thanksgiving, de Noël, de Saint-Valentin... tous de puissants marronniers) est une démonstration assez évidente que ce phénomène existe également dans le milieu des séries.

Mais il y a plus encore : les nouveautés se conforment également à la couleur du ciel. Un exemple récent ? Mais certainement : en témoigne récemment Royal Pains, dont le générique vous convaincra, et ce même si vous n'avez pas encore regardé la série en elle-même, de son opportunisme saisonnier. On parle d'ailleurs de "séries d'été", comme si elles bénéficiaient de plus de mansuétude que les séries de l'automne ou la midseason. Être une "série estivale" excuserait les faiblesses du scénario, ou l'abus de décors ensoleillés. "C'est l'été, on ne cherche pas la complication", s'exclament les défenseurs du cerveau éteint un trimestre par an (et bien qu'étant d'une mauvaise foi proverbiale, je ne dirai pas qu'ils éteignent leur cerveau le reste de l'année aussi).

Bien-sûr, la pratique n'est systématique ni en matière de séries, ni en matière de Jmusic. Des rebelles continuent de sortir en pleine canicule des Mad Men, d'autres nous sortent des Uragiri Gomen, bref se refusent à jouer le jeu, pour notre plus grand bonheur.
Est-ce que j'approuve ces pratiques ? C'est un autre débat. Mais le fait est qu'elles existent et que, quoi que nous fassions, nous sommes enchaînés au rythme des saisons... même quand, en dignes téléphages, nous n'avons pas mis le nez dehors depuis six mois. Mais le jour où les télés pousseront dans les arbres, on en reparlera.

Du coup c'est à se demander si les séries ne cherchent pas à imprimer un rythme en nous. Un rythme qui suivrait les saisons, mais aussi les rites sociaux qui les accompagnent... Faut-il avoir peur que notre rapport au temps soit conditionné par les séries ?

C'est le principe-même de la série de nous inculquer un rapport au temps : dans 45 minutes la fin de l'épisode, dans 1 semaine l'épisode suivant, dans 24 épisodes la fin de la saison, dans 4 mois la saison suivante, dans 2 ans la fin annoncée de la série, etc... Et ce rapport au temps est justement un élément propre au genre qui lui donne son intérêt, et crée de l'attachement. Mais ça, c'est parce que nous le voulons bien. Il y a après tout un tas de gens qui ne supportent pas de devoir revenir semaine après semaine et pour qui un bon film d'1h30 ou 2h suffit amplement, sans autre forme d'addiction (ces gens-là ont l'air de penser que commencer une série c'est forcément s'obliger à la suivre ad vitam aeternam, mais c'est un autre problème).

C'est vrai que si l'on s'en tient à une consommation strictement française de la télévision, nous ne connaissons pas le système de la saison tel qu'il a été conçu aux Etats-Unis. Dans le sens où nous savons qu'un bloc d'épisodes donné correspond à la 3e saison par exemple, mais que nous n'avons pas les repères nécessaires pour situer cette saison dans le temps. Une saison d'une série peut commencer en septembre, ou durant l'été, ou repasser en quotidienne pendant des mois (à la Urgences) et bouleverser en permanence le cycle de saisons. Les chaînes françaises se font d'ailleurs une spécialité de diffuser leurs séries de telle façon qu'au moins une fois, chaque série  connu son épisode de Noël diffusé en mars ou en juillet. Je pense que le CSA a dû faire passer une ordonnance pour ça, c'est pas possible autrement. Bref, la saison nous échappe quelque peu, à nous, en France.

C'est le contraire en pire au Japon où une saison correspond... à une saison ! Les séries font dans leur immense majorité 12 ou 13 épisodes, et très souvent une seule saison aussi. Une série sera donc encore plus soumise à l'état des arbres dans le jardin. On imagine par exemple très mal Ruri no Shima (on y reviendra) diffusée en décembre. Ainsi, si vous avez déjà eu la curiosité de cliquer dans la colonne de droite sur le lien pourtant incontournable du Tokyograph, vous vous rendrez compte que tous les trois mois arrivent de nouvelles séries amenées à remplacer celles du trimestre précédent, selon le modèle suivant :

SEASONS

Pourtant, que se passerait-il si... soyons fous... on décidait de regarder Royal Pains en plein hiver ? Y serions-nous forcément plus insensibles ? L'humour nous semblerait-il moindre ? Les personnages moins amusants et/ou attachants ? J'ose espérer que non mais ce serait une expérience à tenter.

Le temps qu'il fait et ses influences sur la pop culture...
Décidément, impossible d'échapper à ce lieu commun.

Posté par ladyteruki à 10:54 - Série de valeurs - Permalien [#]
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