ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

20-05-09

C'est pas que je ne veux point, c'est que je ne peux point

Depuis quelques semaines, je guette une nouvelle série, arrivée sur les écrans de NTV ce printemps, et intitulée Aishiteru ~Kaiyou~ (qu'on pourrait traduire par Amour et pardon, par exemple, voire même mieux si on avait le talent qui me manque pour inventer des titres).
Pourquoi cette série-là plutôt qu'une autre ? Tout simplement pour le choix de son sujet : un petit garçon de 10 ans en a tué un autre de 7, et les familles des deux enfants vont devoir vivre avec ce drame. Vous êtes déjà en train de m'imaginer me frotter les mains ? Normal, ça veut juste dire que vous commencez à cerner mes goûts.

Le problème, c'est que cette série, même avec toute la bonne volonté du monde, je ne peux pas la regarder. Pourquoi ? Eh bien pour une bête question de sous-titres, puisque je ne parle pas japonais (ou alors comme une vache espagnole, ce qui est d'autant plus contrariant que je n'ai jamais étudié l'espagnol de ma vie). C'est là que je prends la mesure de ce que ce doit être pour les téléspectateurs non-anglophones que d'attendre désespérément qu'une bonne âme fournisse les sous-titres d'une série méconnue venue des States ou autre. Je ne me rends pas compte de ma chance parfois.

Ce genre de circonstances me fait réaliser aussi combien il est difficile et peu encouragé d'être curieux culturellement parlant. Vous voulez regarder des séries ? Ne vous contentez surtout que ce qui est diffusé et/ou distribué dans vos contrées. Tant pis pour vous si la série qui a piqué votre curiosité, ou le genre que vous préférez, n'a pas les honneurs des attentions françaises. Pire encore, sitôt qu'on sort des pays habituellement fournisseurs de fictions (USA, et dans une moindre mesure Canada, Royaume-Uni, Allemagne, et encore plus loin derrière l'Italie), circulez, ya rien à voir. Vous avez décidé de donner leur chance, ne serait-ce qu'une fois, aux séries issues de pays africains, arabes, slaves ou asiatiques, tant pis pour vous. On ne vous donnera pas la moindre aide en ce domaine. Vous mourrez idiot s'il le faut.

Il existe des moyens de trouver des dorama (pas tous hélas) sous-titrés à partir du japonais, du coréen... j'ai de gros doutes en ce qui concerne d'autres nations. Pourtant chaque pays ou presque a sa production nationale, mais rien à faire, vous ne parviendrez pas à mettre la main dessus, ou alors en n'en comprenant pas un mot (voir aussi : Arslaan). Voilà qui me met absolument hors de moi. Hors de ce qui est considéré comme rentable par les diffuseurs ou les distributeurs, point de salut. Et point de légalité non plus...

Je sais bien que la découverte de séries congolaises, danoises ou russes n'intéresse qu'une partie extrêmement marginale de la population, y compris de la population téléphagique. C'est tout aussi vrai pour le cinéma, la musique ou la littérature. Mais pour ceux qui n'ont pas les moyens commerciaux, il n'y a ni les moyens légaux ni mêmes les moyens illégaux, de faire des découvertes, d'élargir leurs horizons, de tâter un peu ce qui se passer ailleurs, prendre le pouls culturel de la planète, avec ce que cela pourrait apporter de captivant comme de pitoyable, ya pas de raison, mais au moins on se ferait une idée.

On ne peut évidemment pas reprocher aux teams de fansub de ne pas traduire TOUTES les séries nippones/coréennes/peu importe de la création. Si je prends l'exemple du Japon, cette ambition serait de toutes façons invivable puisque les séries sont conçues pour être courtes et remplacées environ à chaque trimestre par une nouveauté, les prolongations sur plusieurs saisons tenant plus de l'exception que de la règle.
Mais dans ce cas que reste-t-il ? Quelle est l'alternative de ceux qui n'ont pas une vision simpliste de la culture, qui ne veulent pas juste se contenter de ce qu'on leur jette comme de la viande à des chiens affamés, et qui sont curieux ? Rien. Il ne reste rien.
Sinon l'investissement dans de la littérature Assimil.

Posté par ladyteruki à 12:46 - Point Unpleasant - Permalien [#]

Ton moulin, ton moulin...

Avec un peu de persistance, effectivement, je suis un peu plus à même de comprendre que The Tudors revête de l'intérêt.

Sur le principal, néanmoins, je n'ai absolument pas changé d'avis : pas mal de facilités voire de gratuité en font un divertissement sans grande prétention. Sept épisodes plus tard, l'aspect soapeque n'a pas cillé, il est là, fidèle au poste. Cela dit, au moins, les choses sont claires et on sait à quoi s'en tenir.

Mais The Tudors, et je m'en aperçois à présent après avoir passé plus d'épisodes d'observation (soit est-ce cela, soit ai-je cerné enfin la petite nuance qui me maintient malgré tout devant mon écran), ne vaut en fait ni par ses intrigues de cour, ni pour ses histoires de coeur ou de chair, ni pour le côté "téléfilm catastrophe" de l'épidémie de suette du dernier épisode en date, mais bien par son personnage principal, et uniquement lui.

Le Roi Henry VII est en effet le stéréotype du dirigeant trop puissant pour parvenir à ses fins. Il n'est que péché d'orgueil, il ne vit que dans le paraître et, prisonnier de ses passions, il est proprement incapable d'une vision à long terme. Si effectivement il jouit d'un pouvoir immédiat et absolu sur ses sujets, ce dernier est aussi son pire ennemi dans le sens où il l'empêche de s'apercevoir que d'aucuns, dans son entourage, ont la vue moins courte. Ils exploitent donc cette faiblesse en lui, et il leur suffit d'être outrancièrement obséquieux pour en obtenir tout ce qui leur chante, à l'instar évidemment du cardinal Wolsey.

Par-dessus le marché, comme le roi n'a aucun recul sur ses actes ou ceux des autres, il se montre d'une folle inconstance. Ses alliances diplomatiques en sont un bon exemple : il les tisse et les détruit sans vraiment réfléchir, en général suite à un coup de sang et à cause de propos rapportés, si fiant aveuglément à ce qu'on lui dit sans chercher à analyser les choses par lui-même. Et puisqu'il est toujours dans la réaction au lieu de l'action, il se sent obligé de prouver sa puissance là où souvent il lui serait préférable de faire montre de finesse, de stratégie ou juste d'autorité. D'ailleurs invariablement, s'il y a la moindre chance pour que ce jeune coq s'humilie en cherchant à prouver sa force, invariablement, il ne finira que par montrer qu'il est incapable de mesurer sa force et/ou l'ampleur du danger. A tant vivre de son ego, il le met d'ailleurs en péril, puisqu'il ne prouve que sa fougue, ainsi que son tempérament caractériel et sanguin.

Il est terrifié à l'idée de ne rien laisser à la postérité, et par association d'idées, hanté par la perspective de sa propre mort (et plus tard quand même un peu par celle de lady Boleyn), mais il se montre pourtant incapable de bâtir quoi que ce soit, justement à cause de ces travers.

Donc en fin de compte, le choix de cette gravure de mode qu'est Rhys-Meyers, tout en muscles saillants et en yeux habités par la folie, s'avère finalement cohérent. De cette façon, l'homme a l'air superficiel, pour mieux montrer qu'il l'est totalement. Tout torturé qu'il soit, il résonne creux, et cette beauté surfaite et aggressive en est finalement un élément à part entière. Cette apparence tape-à-l'oeil n'est là que pour mieux souligner, finalement, sa totale impuissance. Sa façon de perdre le peu de contrôle qu'il a de lui-même à la moindre contrariété est également révélatrice.

De ce fait, le portrait dépeint (et les éventuelles réflexions que le personnage peut apporter sur le métier de dirigeant, y compris aujourd'hui) donne une saveur insoupçonnée, sitôt qu'on considère toutes les intrigues sous cet angle.

Ainsi, je révise mon jugement : The Tudors est une plutôt bonne série, et ses faiblesses sont compensées par ce portrait sordide mais pertinent des excès et écueils qui guettent les puissants.
Je continue donc ma découverte de la saison 1, et après avoir vu le prix vert collé sur le coffret saison 2 hier, je sens arriver le tour pendable qui me guette. Il ne s'agira jamais de ma série préférée, ni même d'une de mes dix préférées, mais je suis, finalement, plutôt contente de lui avoir donné sa chance. Du moment qu'on sait qu'il ne faut pas s'attendre à des intrigues hors du commun ou à des relations d'une profondeur folle, on reste tout de même en de bonnes mains.

Et pour ceux qui manquent cruellement de culture : la fiche The Tudors de SeriesLive.

Posté par ladyteruki à 11:03 - Telephage-o-thèque - Permalien [#]