ladytelephagy

Purple is the new black. Un blog qui parle de séries, c'est devenu assez habituel. La question, c'est : de quelles séries ? Séries méconnues, séries anciennes, séries japonaises... mais aussi séries récentes ! Venez, la téléphagie, c'est contagieux !

14-06-07

Croyances

Ce soir, TF1 nous infligeait, comme chaque mercredi, sa soirée thématique sur le thème de la rationnalisation à l'extrême, et ce pendant 5 épisodes pour les plus courageux d'entre nous (ou, possibilité alternative, pour ceux qui sont trop crevés de leur journée pour lever leurs grosses fesses de leur canapé après s'y être crashés en rentrant du boulot). Qu'ils enquêtent au nom de la Justice ou de la médecine, les enquêteurs du mercredi soir font en effet partie de la même caste : ils sont de ceux qui se basent avant tout sur le factuel pour faire avancer leurs intrigues/enquêtes/épisodes. Certes, il arrive que le facteur humain influe. Mais toujours néfastement, et c'est un crédo infaillible : le coupable ment, le patient ment. Le facteur humain complique les choses, ne les facilite jamais. Et puis il y a tous ces sentiments, bouh, pas bien.

Pourtant ce soir, une autre thématique était aussi au programme : la confrontation de cet univers très cerveau gauche, rationnel, scientifique, cartésien, avec le surnaturel ou le divin. Et dans les deux cas, le surnaturel se prend une vilaine claque : ça n'est pas possible, et les personnages principaux des deux séries ont également ceci en commun qu'ils n'y ont pas cru un seul instant. Les seconds rôles qui servent de faire-valoir, eux, ont eu un doute, dû à leurs convictions. Les idiots.

C'est amusant car c'est à la mode depuis quelques années. En fait, depuis que le fantastique a perdu le plus gros de sa cohorte d'émissaires pour ne plus conserver qu'un petit bastion (avec, certes, Heroes comme porte-drapeau cette saison, c'est déjà pas si mal), contre l'attaque du tout-rationnel qui a déferlé ces derniers temps, notamment à cause du succès de la franchise CSI qui a créé bien des vocations (largement trop mais n'y revenons pas, je ne me rappelle plus où mais je sais que j'ai déjà évoqué le problème. Cherchez.)

Il y a quelques années, le règne du fantastique et notamment X-Files, avait fait de la confrontation entre le tangible et l'intangible, le scientifique et l'irrationnel, un véritable débat. C'était même le sel de la plupart des épisodes de la série que je viens de mentionner : presqu'à chaque fois qu'un cas étrange se présentait, et il s'en présentait quasiment toutes les semaines, c'était contractuel, Scully levait un sourcil (deux si vraiment c'était très louche), avec un regard froid et les lèvres légèrement pincées, et Mulder chaleureusement, la chemise froissée et la cravate lâche, prêchait pour sa paroisse, parce que mais si, c'est possible, on ne peut pas tout expliquer de façon rationnelle !!! Le télespectateur n'était pas pris en otage : il lui était complètement possible d'être plutôt sceptique, comme Dana, et de décréter que tout ça ne tenait pas debout. D'ailleurs, plutôt que de croire au surnaturel, le sceptique fan de X-files était meilleur public sur les phases conspirationnistes de la série : ça c'est du tangible, ça c'est du (presque) concret, là d'accord. Et ceux qui n'avaient pas envie d'être trop sérieux, et ils furent tout aussi nombreux, eh bien ils se laissaient aller à imaginer qu'il y avait vraiment un fantôme de petite fille, et vraiment une ville de vampires, et c'était très bien comme ça.

D'ailleurs, lorsqu'une série (et en raison du succès du fantastique à l'époque, elles furent nombreuse) se frottait plus ou moins exceptionnellement au surnaturel, on préservait le doute : oui, il y a eu une explication, une résolution, une fin plausible et explicable... mais le dernier plan de l'épisode permettait de voir une ombre étrange, ou un léger mouvement de rideau, enfin n'importe quoi qui nous fasse tout de même penser que la question restait ouverte et qu'après tout, peut-être qu'un même évènement peut s'expliquer rationnellement et surnaturellement. Et là encore c'était très bien comme ça.

Aujourd'hui, c'est bien simple : on ne se pose même plus la question. A quel moment ça a dépassé le cadre de l'interrogation philosophique pour devenir une donnée sûre et indiscutable que le surnaturel n'est que croyance, au mieux naïve, sur le monde ? Le surnaturel n'a plus sa place que dans quelques séries qui, d'ailleurs, elles non plus, ne le soumettent à aucun examen, le prennent pour acquis au lieu de le questionner. C'est surnaturel, point barre de la même façon que tout est rationnel, n'y revenons pas.

Et vu que les séries s'appuyant sur la médecine, la science, sont de plus en plus nombreuses (et elles se reproduisent plus vite que des lapins), et qu'elles occupent donc une part très importante des grilles, j'ai l'impression de vivre dans un climat télévisuel qui devient très intellectuellement rigide. Ainsi donc, fini les questions ouvertes, fini les interprétations du télespectateur : bienvenue dans l'ère de la livraison clé en main du prêt-à-penser télévisuel, où deux écoles de pensée, ou deux écoles de croyances, c'est selon, ne peuvent plus coexister dans une même série...

Posté par ladyteruki à 01:38 - Série de valeurs - Permalien [#]

Série de valeurs

La téléphage que je suis aime les séries à un tel point, que je vous propose maintenant une série de posts ! Dingue non ? Bah ouais, chuis en forme en ce moment. Et on est même pas encore vendredi ! Mais où s'arrêtera-t-elle ?!

L'idée conductrice derrière "Série de valeurs" (qui se voit par la même occasion attribuer une catégorie à elle seule) c'est une envie de décrypter un certain nombre de valeurs véhiculées par les séries américaines. Et quand, comme moi, on a beaucoup de mal à consommer des séries d'autres nationalités (par snobisme ET par conviction, j'assume), c'est un sujet d'autant plus important qu'il ne touche pas seulement mon plaisir de téléphage mais, disons-le carrément, d'autres notions, plus abstraites, liées à mon quotidien, ma culture générale, et même mes propres valeurs.

Car les séries télé ont cette force, parce qu'elles sont un rendez-vous régulier, de s'inviter dans votre existence et d'y parsemer des petits éclats, comme des épines de verre, l'air de rien. On les sent à peine, jusqu'à ce qu'un jour...
Vous vous souvenez des répliques marquantes, ou d'un générique, mais le reste s'impreigne aussi en vous qui êtes téléphage et donc exposé régulièrement ; et c'est ça qui m'a posé question : quelles valeurs traversent l'Atlantique en passagères clandestines ?

Les premières questions sur ces thèmes, je ne sais pas quand j'ai commencé à me les poser. Mais je sais quand j'ai commencer à m'interroger plus en avant à leur sujet au lieu de simplement poser la question en l'air, sans chercher ne serait-ce qu'une piste de réponse. C'est devant le pilote de Desperate Houswives, lorsque dans un flashback, Bree a décrété (hélas il y a très peu de chances que vous le sachiez si vous vous êtes contenté de la VF) s'être inscrite à la NRA afin que son mari sache qu'elle sait se servir d'une arme et qu'elle n'hésitera pas à en faire usage s'il vient à la tromper. La VF a en effet édulcoré la question : Bree a simplement fait l'acquisition d'une arme. Pourtant, la différence est grande, car la NRA a une signification autre que "j'ai acheté une arme", ça signifie beaucoup sur les convictions politiques de Bree (qui d'ailleurs plus tard évoquera avec un sourire nostalgique la romantique première soirée qu'elle a passée avec son homme en discutant immigration...). C'est un peu comme si en France, quelqu'un lâchait dans une conversation qu'il a sa carte au parti communiste : c'est un trait de caractère, voire le background du personnage, et non juste un fait anecdotique qui se décrit ici.
Et en entendant cela, je me suis dit : "mais au fait, j'adore le personnage de Bree" (ah oui, je l'ai su dés le pilote que je l'adorerais) "et dans cette conversation portant principalement sur les déboires de Susan, ça paraît accessoire, mais ce n'est pas rien, et ce n'est d'autant pas rien que moi, la NRA, ça ne me fait pas chaud au cœur et que je ne raffole pas du second amendement et de ses dérives..."

Peut-on aimer un personnage de télé malgré ça ? Peut-on adhérer à une série en dépit de certaines valeurs qu'elle véhicule ? Peut-on séparer d'un côté l'intérêt de l'intrigue, et de l'autre les convictions qui nous sont données à voir pendant ce temps ? Y a-t-il des valeurs en hausse, d'autres qui tendent à disparaître, et est-ce que ça indique quelque chose ? Faut-il parfois tirer la sonnette d'alarme ?

Voilà quelques questions que je me pose, et maintenant, je vous les pose aussi, de temps à autres...

Posté par ladyteruki à 01:36 - 3615 My (So-Called) Life - Permalien [#]